Et si le problème n’était pas Parcoursup mais la carte des formations universitaires

Chaque printemps, la même scène se reproduit : inquiétude des familles, attentes interminables derrière un écran, désarroi des lycéens face aux classements. À chaque vague d’admissions, Parcoursup cristallise les critiques. Trop opaque, trop stressant, trop algorithmique. Mais ces tensions, bien réelles, ne seraient-elles pas les manifestations d’un déséquilibre plus structurel ?
En focalisant le débat sur la plateforme, ses délais ou ses critères de classement, on occulte la question centrale. Pour comprendre les difficultés actuelles, il faut remonter en amont, à l’organisation même de l’offre universitaire. Depuis la loi de 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités, les établissements élaborent leurs maquettes pédagogiques. Toutefois, dans les faits, la carte des formations demeure largement influencée par les arbitrages de l’État, notamment via les procédures d’accréditation et les dotations financières. Il en résulte un pilotage essentiellement vertical, sans réelle vision territoriale intégrée, où certaines décisions semblent davantage dictées par des contraintes budgétaires que par une stratégie régionale cohérente. Cette logique peut même engendrer, implicitement, une forme de concurrence entre sites universitaires.
Une stratégie régionale encore insuffisamment articulée
En Bretagne, comme ailleurs, les Régions ne disposent pas pleinement de ce levier pourtant déterminant pour leur développement. Alors même que des priorités sont clairement affichées – économie maritime, cybersécurité, agroalimentaire, santé, transitions énergétiques –, l’évolution de l’offre de formation ne s’inscrit pas toujours dans une coordination stratégique globale.
On observe ainsi un déséquilibre : certaines filières sont saturées, tandis que d’autres, en tension, peinent à recruter. L’absence d’alignement entre besoins économiques territoriaux et structuration des cursus universitaires nourrit un décalage préoccupant.
Une massification qui ne garantit pas la réussite
L’augmentation du nombre de bacheliers s’est traduite mécaniquement par une hausse du nombre d’étudiants. Pourtant, cette massification ne s’est pas accompagnée d’une refonte profonde des parcours ni d’une adaptation suffisante des capacités d’accueil.
Moins de la moitié des étudiants inscrits en première année de licence obtiennent leur diplôme en trois ou quatre ans. Les autres se réorientent, redoublent, abandonnent ou quittent le système sans diplôme dans ce délai. Environ 22 % sortent même de l’enseignement supérieur sans aucune certification. Ces chiffres interrogent la pertinence d’un modèle qui ouvre largement l’accès sans toujours sécuriser les trajectoires.
Concilier liberté académique et responsabilité territoriale
Il ne s’agit évidemment pas de réduire l’université à un simple instrument au service du marché du travail. Elle demeure un espace d’émancipation intellectuelle, de recherche fondamentale et de liberté académique. Toutefois, la liberté ne saurait signifier absence de vision stratégique.
Former massivement dans des disciplines sans débouchés clairement identifiés peut entretenir une illusion collective et fragiliser les parcours individuels. La question n’est pas de restreindre l’offre, mais de mieux l’articuler aux réalités économiques et sociales des territoires.
Vers une conférence régionale stratégique des formations ?
Lorsque la Région investit dans l’immobilier universitaire ou dans la recherche, une cohérence accrue pourrait être recherchée entre ces investissements et les priorités stratégiques régionales. Plusieurs pistes sont évoquées : création d’une conférence régionale dédiée à la carte des formations, conditionnement de certains financements, développement de spécialisations complémentaires plutôt que concurrentielles, ou encore meilleure articulation entre formation initiale et formation continue.
L’objectif ne serait pas de « régionaliser » l’université au sens strict, mais de reconnaître que la carte des formations n’est jamais neutre. Elle façonne les compétences disponibles, oriente les dynamiques économiques et dessine, en creux, le territoire de demain.

SOURCE : LE TÉLÉGRAMME

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