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ÉDUCATION
22
September 2026

IA et métiers : la formation professionnelle face à une nouvelle transformation

L’intelligence artificielle transforme progressivement les façons de travailler, y compris dans les métiers fondés sur des compétences techniques, manuelles ou relationnelles. Dans une tribune, Sabrina Roubache, ministre déléguée chargée de l’Enseignement, de la Formation professionnelle et de l’Apprentissage, défend une intégration de ces nouveaux outils qui ne se fasse pas au détriment des savoir-faire.

Selon elle, l’enjeu n’est pas d’opposer les compétences professionnelles à l’intelligence artificielle, mais d’apprendre à utiliser cette technologie tout en conservant la maîtrise de son métier, son jugement et sa capacité à agir.

Cette évolution implique également de faire évoluer les formations. L’IA ne concerne plus uniquement les spécialistes du numérique : elle commence à modifier les pratiques dans de nombreux secteurs déjà existants.

Des métiers confrontés à de profondes transformations

L’intelligence artificielle s’inscrit dans un contexte plus large de mutations économiques et sociales.

Vieillissement de la population, transformations industrielles, transition énergétique ou encore évolution démographique : plusieurs changements obligent déjà les entreprises et les professionnels à adapter leurs compétences.

Pour Sabrina Roubache, ces transformations ont des conséquences directes sur la compétitivité du pays, sa souveraineté économique et les perspectives professionnelles proposées aux nouvelles générations.

L’IA vient désormais s’ajouter à ces évolutions et peut intervenir dans de très nombreux domaines. La France a notamment cherché à structurer sa stratégie autour de cette technologie, avec entre autres l’organisation du Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle à Paris en février 2025.

Mais au-delà des investissements, des entreprises spécialisées et des nouveaux métiers directement liés à l’IA, cette technologie modifie également des professions beaucoup plus traditionnelles.

C’est donc la manière de préparer les futurs professionnels à leurs métiers qui doit, selon la ministre, évoluer.

La voie professionnelle directement concernée par l’essor de l’IA

Cette question prend une dimension particulière dans la voie professionnelle.

Les formations professionnelles reposent largement sur l’apprentissage par la pratique. Les élèves et apprentis apprennent à travailler une matière, réparer un équipement, préparer un produit, accueillir un client ou réaliser une prestation.

Les connaissances théoriques prennent alors tout leur sens lorsqu’elles sont confrontées à une situation concrète.

Cette voie prépare aussi bien aux nouveaux métiers qu’aux professions historiques de l’artisanat, de l’industrie, des métiers d’art ou des services.

L’arrivée de technologies plus avancées ne signifie pas nécessairement la disparition de ces compétences. Dans une forge, par exemple, les nouveaux équipements n’ont pas supprimé la nécessité de connaître la matière et de maîtriser les gestes professionnels.

Même lorsqu’un outil automatise une partie du travail, l’expérience reste nécessaire pour comprendre une situation, interpréter un résultat et adapter son intervention.

Maîtriser son métier pour pouvoir utiliser correctement l’IA

Pour Sabrina Roubache, la maîtrise du métier constitue justement une condition essentielle pour utiliser efficacement l’intelligence artificielle.

Un outil d’aide à la conception peut proposer une solution, mais il ne dispense pas le professionnel de comprendre les propriétés de la matière avec laquelle il travaille.

De la même manière, un système capable de suggérer un diagnostic technique ne permet pas automatiquement de savoir comment réaliser une réparation.

Le professionnel doit rester capable d’évaluer la proposition produite par la machine, d’en identifier les limites et de déterminer si elle est réellement adaptée à la situation.

L’IA peut donc venir compléter un savoir-faire sans nécessairement le remplacer.

Cette logique repose sur une idée centrale : plus un professionnel maîtrise son domaine, plus il est en mesure d’utiliser les outils d’intelligence artificielle avec discernement.

Des applications concrètes dans de nombreux métiers

L’utilisation de l’IA ne se limite pas aux métiers technologiques.

Un artisan peut par exemple s’en servir pour l’aider à préparer un devis ou organiser certaines tâches administratives.

Un technicien peut utiliser ces outils pour parcourir une documentation complexe et retrouver plus rapidement une information utile.

Dans la restauration, l’intelligence artificielle peut intervenir dans l’organisation des commandes ou certaines tâches de gestion.

Le temps éventuellement gagné grâce à ces outils pourrait alors être consacré à d’autres dimensions du métier : améliorer la précision d’un geste, développer la création, transmettre des compétences à un apprenti ou renforcer la relation avec les clients.

L’intérêt potentiel de ces outils dépasse donc la simple automatisation.

Dans les métiers où l’accueil, le conseil ou l’accompagnement occupent une place importante, une réduction de certaines tâches répétitives peut aussi permettre de consacrer davantage de temps aux interactions humaines.

Accompagner les professionnels plutôt que leur demander de s’adapter seuls

Cette transformation ne doit cependant pas être abordée comme si tous les professionnels pouvaient spontanément s’adapter aux nouveaux outils.

Certaines tâches vont évoluer et les compétences attendues dans plusieurs métiers vont probablement se transformer.

Pour la ministre, il serait donc insuffisant d’encourager simplement les professionnels à utiliser l’intelligence artificielle tout en les laissant seuls face à leur besoin de formation.

Le développement de ces technologies peut également créer de nouvelles inégalités entre ceux qui savent déjà les utiliser et ceux qui n’ont ni les connaissances, ni les moyens, ni l’accompagnement nécessaire pour se former.

La formation doit ainsi jouer un rôle central pour éviter que cette nouvelle transformation technologique ne renforce certaines fractures existantes.

Faire de la formation à l’IA un enjeu éducatif et économique

Sabrina Roubache défend ainsi l’idée d’une place beaucoup plus importante accordée à l’intelligence artificielle dans les politiques de formation.

Selon elle, cet apprentissage devrait concerner aussi bien la formation initiale que la formation continue.

L’enjeu n’est pas uniquement de former des ingénieurs, des développeurs ou des spécialistes directement chargés de concevoir des systèmes d’intelligence artificielle.

Les futurs professionnels devraient également apprendre à utiliser ces technologies dans leur propre domaine.

Chaque secteur pourrait donc être amené à identifier progressivement les usages de l’IA réellement pertinents pour ses métiers et à intégrer ces compétences dans ses parcours de formation.

Intégrer l’IA dans les apprentissages de chaque métier

Pour illustrer cette évolution, la ministre établit un parallèle avec la transition écologique.

Aujourd’hui, un plombier peut être amené à se former à la performance énergétique des installations. Un professionnel de la restauration peut apprendre à limiter le gaspillage ou à mieux gérer certaines ressources.

Ces problématiques ont progressivement été intégrées aux compétences attendues dans les différents métiers.

L’intelligence artificielle pourrait suivre une trajectoire comparable.

Plutôt que d’être enseignée uniquement comme une discipline isolée, elle pourrait être intégrée directement aux situations professionnelles auxquelles seront confrontés les élèves et les apprentis.

L’enjeu serait alors de comprendre quand utiliser l’IA, dans quel objectif et avec quelles limites.

Former les enseignants et les formateurs avant de généraliser les usages

Pour intégrer l’intelligence artificielle dans les formations, encore faut-il permettre aux enseignants et aux formateurs de maîtriser eux-mêmes ces outils.

Sabrina Roubache estime qu’ils doivent bénéficier de temps, de ressources et de possibilités d’expérimentation.

Ils doivent pouvoir tester différents usages, observer leur pertinence avec les élèves et les apprentis et identifier les situations dans lesquelles l’IA peut réellement améliorer les apprentissages.

Les entreprises ont également un rôle à jouer.

En échangeant avec les enseignants, les formateurs, les élèves et les apprentis, elles peuvent contribuer à identifier les nouveaux usages qui apparaissent dans les métiers et les compétences qui devront progressivement être intégrées aux formations.

L’objectif est que les professionnels chargés de transmettre les métiers participent directement à la transformation des apprentissages, plutôt que de devoir adopter des outils qui auraient été conçus sans eux.

L’intégration de l’IA ne signifie pas davantage d’écrans

La ministre souligne toutefois que former les jeunes à l’intelligence artificielle ne signifie pas augmenter systématiquement leur exposition aux écrans.

Les usages doivent selon elle rester progressifs, correspondre à l’âge des élèves et répondre à un objectif pédagogique clairement identifié.

L’intégration d’un outil numérique ne doit donc pas devenir une finalité en elle-même.

Avant d’utiliser une intelligence artificielle, il faut déterminer ce qu’elle apporte réellement à l’apprentissage et dans quelles situations son utilisation est pertinente.

Cette approche suppose également de préserver une place importante aux apprentissages réalisés sans assistance numérique.

Les savoirs fondamentaux restent indispensables

L’essor de l’intelligence artificielle peut même renforcer l’importance de certaines compétences fondamentales.

Pour contrôler une réponse produite par une machine, encore faut-il être capable de comprendre ce qu’elle affirme.

Lire, écrire, calculer, raisonner et analyser restent ainsi indispensables pour évaluer la qualité d’une production générée par une IA.

Un utilisateur qui ne maîtrise pas suffisamment un sujet peut difficilement déterminer si une réponse est exacte ou repérer une erreur.

De la même manière, contester un raisonnement suppose d’être capable d’en construire un soi-même.

Dans cette perspective, les savoirs fondamentaux ne deviennent pas moins importants avec le développement de l’IA. Ils constituent au contraire une condition nécessaire pour pouvoir utiliser ces outils avec suffisamment de recul.

Apprendre à rester maître des réponses produites

Former à l’intelligence artificielle ne consiste donc pas simplement à apprendre à utiliser un logiciel ou à formuler une requête efficace.

L’enjeu consiste aussi à savoir ce que l’on accepte de déléguer à la technologie.

L’utilisateur doit rester capable de vérifier les informations obtenues, d’identifier les erreurs éventuelles et de décider de ce qu’il souhaite réellement conserver.

Cette capacité de jugement devient particulièrement importante dans les métiers professionnels, où une mauvaise décision peut avoir des conséquences très concrètes.

L’intelligence artificielle peut apporter une aide, accélérer certaines recherches ou proposer une première solution. Mais le professionnel doit rester responsable de l’utilisation qu’il en fait.

Faire de l’IA un outil au service des compétences professionnelles

Pour Sabrina Roubache, la formation doit donc occuper une place centrale dans la stratégie française autour de l’intelligence artificielle.

La voie professionnelle est directement concernée puisqu’elle forme aux métiers qui devront eux aussi intégrer progressivement ces nouvelles technologies.

L’objectif défendu n’est pas de remplacer les compétences existantes, mais de permettre aux futurs professionnels de disposer de nouveaux outils tout en conservant leur expertise.

L’intelligence artificielle pourra modifier certaines tâches, accélérer des processus ou faciliter l’accès à l’information. Elle ne doit cependant pas conduire à négliger l’apprentissage des gestes, la connaissance des matières, l’expérience professionnelle ou la capacité à prendre une décision.

L’enjeu sera donc de trouver un équilibre entre maîtrise technologique et maîtrise du métier. Dans cette approche, l’IA n’a pas vocation à devenir le métier de tous, mais à devenir progressivement un outil supplémentaire dans de nombreuses professions.

SOURCE : LA TRIBUNE

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