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ÉDUCATION
5
March 2026

Intelligence artificielle dans les EPLE : comment la piloter ?

Quelle stratégie adopter pour intégrer l’intelligence artificielle dans les EPLE ? Le troisième webinaire de l’IH2EF, organisé début février dans le cadre d’un cycle consacré au pilotage de l’IA dans les établissements scolaires, a réuni inspecteurs, chefs d’établissement et chercheurs afin de partager leurs analyses et leurs retours d’expérience. Les échanges ont notamment mis en évidence l’importance de réaliser d’abord une cartographie des usages avant de déployer l’IA avec méthode. Cette mise en œuvre doit s’inscrire dans une approche multi-acteurs et s’accompagner de formations et d’un accompagnement différencié afin de construire un socle commun de compétences.

« L’IA n’est pas arrivée progressivement mais de manière presque instantanée. Cela a été brutal pour nous comme pour nos équipes », témoigne Corine Benucci, doyenne du collège des IA-IPR dans l’académie de Lyon, lors de cette troisième conférence en ligne de l’IH2EF consacrée au pilotage de l’intelligence artificielle dans les EPLE, organisée début février 2026.

Après deux premiers webinaires consacrés aux enjeux éducatifs, aux opportunités et aux points de vigilance liés à l’IA, puis au développement cognitif, psychologique et social des élèves à l’ère du numérique, ce cycle de huit rencontres se concentre désormais davantage sur les questions de management et de pilotage de l’intelligence artificielle pour les acteurs du système éducatif, qu’il s’agisse d’approches théoriques ou de pratiques concrètes.

Accompagner les personnels face à l’arrivée rapide de l’IA

Face à la multiplication des informations disponibles sur l’IA, et aux interrogations sur leur fiabilité, Corine Benucci souligne l’importance « d’accompagner les personnels aux usages de l’intelligence artificielle dans le cadre d’une stratégie institutionnelle adossée à la recherche ». Elle évoque notamment la mise en place de groupes de travail réunissant inspecteurs et acteurs de l’éducation au sein de comités régionaux et de réflexion académique. Ces espaces permettent de faire dialoguer des inspecteurs très familiers des outils numériques avec d’autres qui le sont beaucoup moins.

Un sondage réalisé auprès des personnels met en évidence plusieurs besoins concrets. L’IA pourrait par exemple être mobilisée pour la préparation des examens et concours, notamment pour la création de sujets ou de corrigés. Elle pourrait également faciliter certaines missions administratives, comme le contrôle des établissements hors contrat grâce à l’analyse automatisée d’emplois du temps parfois complexes. Les personnels évoquent aussi un intérêt pour les outils d’aide à la rédaction et à la communication, comme la génération de comptes rendus à partir de réunions.

« Avec les réformes qui arrivent régulièrement et la charge de travail supplémentaire qu’elles génèrent, nous devons absolument gagner du temps », souligne Corine Benucci.

De son côté, Frédéric Lerognon, inspecteur de l’éducation nationale dans l’académie de Strasbourg, estime qu’il est désormais impossible d’ignorer l’IA dans le système éducatif. Selon lui, l’enjeu principal ne réside pas dans la maîtrise technique des outils mais dans l’évolution de la posture professionnelle. Défenseur depuis plusieurs années d’une pédagogie individualisée et différenciée, il considère que l’IA pourrait justement permettre de mieux répondre à ces objectifs. Dans cette perspective, l’élève n’est plus mis à l’écart mais devient acteur de son apprentissage.

Il observe toutefois des inégalités importantes dans l’appropriation de ces outils, aussi bien chez les adultes que chez les élèves. Certains enseignants peuvent se sentir déstabilisés face à des élèves déjà familiers avec ces technologies. Cela implique parfois d’accepter que les élèves eux-mêmes puissent transmettre certaines connaissances à leurs enseignants.

Pour cette raison, Frédéric Lerognon estime que la stratégie IA doit être pensée comme un véritable projet d’établissement, avec un accompagnement différencié destiné à construire progressivement un socle commun de compétences. Lorsque l’ensemble des acteurs, inspecteurs, équipes pédagogiques et chefs d’établissement, travaillent ensemble, il devient possible de faire progresser les compétences collectives, avec en perspective la formation des citoyens de demain.

L’IA comme outil d’aide au pilotage des établissements

Dans les établissements scolaires, l’intelligence artificielle peut déjà être mobilisée dans plusieurs domaines. « Qu’est-il possible de faire concrètement avec l’IA au quotidien et quelle valeur ajoutée peut-elle apporter au pilotage d’un établissement ? », interroge Pierre Pompier, chef d’établissement à Beauvais, en partageant plusieurs exemples d’usages.

L’IA peut par exemple servir à constituer un corpus documentaire et à produire des synthèses pour élaborer un plan d’action. Dans son établissement, elle a ainsi été utilisée comme point de départ pour travailler sur l’Evars (éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle). « C’est un facilitateur, mais nous devons garder une connaissance très précise des documents que nous lui soumettons », explique-t-il. L’outil permet de gagner du temps et de disposer d’une première base de travail, mais l’analyse finale doit toujours rester humaine.

Frédéric Lerognon partage ce point de vue et rappelle que l’expertise humaine constitue une limite non négociable dans l’usage de l’intelligence artificielle.

Autre exemple d’utilisation : l’analyse des données issues de Parcoursup afin d’aider les élèves encore sans affectation à mieux orienter leurs choix. Pierre Pompier explique avoir étudié les choix d’orientation de ses élèves ainsi que les formations dans lesquelles ils sont finalement admis. Cette analyse lui a notamment permis de constater une forte orientation vers les filières scientifiques dans son établissement.

Le chef d’établissement souligne également l’intérêt du travail collaboratif entre établissements d’un même territoire. Le partage de pratiques entre chefs d’établissement peut par exemple porter sur l’analyse des choix de spécialités et des résultats d’affectation ou encore sur l’étude de situations de harcèlement. Dans ce dernier cas, certains établissements ont testé l’analyse de documents par l’IA afin d’observer comment ces situations pouvaient être interprétées.

Ces expérimentations posent toutefois une question essentielle : l’IA doit-elle être utilisée en permanence dans les pratiques professionnelles ou de manière raisonnée ?

Une stratégie IA qui repose sur un pilotage collectif

Jean-Denis Poignet, adjoint au Dane de Nouvelle-Aquitaine, explique que des outils ont été développés pour accompagner les personnels de direction dans la mise en place d’une stratégie IA dans les EPLE. Les chefs d’établissement occupent en effet une position centrale dans ce déploiement, comme l’a également souligné un rapport de l’IGESR publié en juillet 2025.

Pour autant, une stratégie IA ne repose pas uniquement sur la maîtrise technique des outils par le chef d’établissement. Elle implique avant tout le déploiement d’une stratégie collective au sein de l’ensemble de la communauté éducative. Le pilotage doit donc être multi-acteurs.

Il est essentiel que l’équipe de direction soit unie et travaille en concertation avec l’ensemble des personnels de l’établissement, qu’il s’agisse des enseignants, des personnels administratifs ou techniques. Les parents doivent également être associés à ces réflexions, car ils expriment souvent de nombreuses interrogations sur l’usage de l’intelligence artificielle à l’école. Quant aux élèves, s’ils utilisent largement ces technologies dans leur quotidien, leur relation à l’IA dans le cadre scolaire reste encore peu discutée.

Jean-Denis Poignet estime toutefois que la mise en place d’une stratégie IA dans un établissement n’est pas nécessairement complexe. Elle demande avant tout de la méthode. Cela implique notamment de réaliser un état des lieux des représentations et des usages de l’IA au sein de la communauté éducative, de fixer des objectifs clairs, d’organiser des collectifs de travail, de prévoir des formations adaptées et d’accompagner les équipes dans la durée.

Éviter le piège du déterminisme technologique

Marc Trestini, professeur des universités en sciences de l’information et de la communication à l’université de Strasbourg, souligne pour sa part l’importance d’adopter une véritable démarche stratégique globale. Selon lui, les équipes de direction doivent se poser une question centrale : comment, pourquoi et avec qui utiliser l’intelligence artificielle dans leur établissement ?

Il met en garde contre le risque d’adopter des outils uniquement parce qu’ils existent. L’histoire de l’éducation montre en effet que les technologies n’ont jamais déterminé à elles seules les évolutions pédagogiques. Les pratiques éducatives se sont toujours appuyées avant tout sur les avancées des sciences cognitives.

Si l’IA peut offrir de nombreuses applications, soutien aux apprentissages, aide à la préparation des cours, différenciation pédagogique ou amélioration du fonctionnement administratif, il est essentiel de commencer par analyser les usages existants. Cartographier les pratiques permet de comprendre comment les différents acteurs utilisent déjà ces outils et comment ils pourraient les mobiliser de manière complémentaire.

L’objectif est alors d’ajuster le choix des outils et de cibler plus efficacement les contenus de formation, afin de favoriser un usage raisonné et pertinent de l’intelligence artificielle et d’éviter les effets de mode.

Les recherches menées auprès d’enseignants et d’élèves mettent d’ailleurs en évidence une tension entre deux logiques : d’un côté, une approche pragmatique centrée sur l’efficacité et le gain de temps ; de l’autre, une volonté de préserver certaines valeurs éducatives et éthiques. Les résultats montrent que le risque perçu, le besoin de transparence et l’influence sociale jouent un rôle important dans l’acceptation ou le rejet de ces technologies.

Dans cette perspective, un pilotage efficace de l’IA suppose notamment de mettre en place des formations différenciées selon les niveaux d’enseignement et les disciplines, en tenant compte des écarts de culture numérique entre enseignants. Il s’agit également de mettre en avant les bénéfices concrets de l’IA, comme le gain de temps ou l’enrichissement pédagogique, tout en sensibilisant les équipes aux risques et aux enjeux éthiques.

Le prochain webinaire du cycle, consacré aux transformations des gestes professionnels des personnels éducatifs à l’ère de l’intelligence artificielle, se tiendra le 11 mars 2026.

SOURCE : aefinfo.fr

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