Mentorat : un accompagnement clé pour faciliter l’insertion des jeunes

Trouver sa voie, choisir une formation, préparer un CV, décrocher un stage ou réussir un entretien d’embauche ne sont pas toujours des démarches simples lorsqu’on débute sa vie professionnelle. Pour les jeunes qui disposent de peu de contacts dans leur entourage ou connaissent mal les codes du monde du travail, ces étapes peuvent être encore plus difficiles.
Le mentorat cherche justement à réduire ces écarts. Le principe repose sur un accompagnement gratuit assuré pendant plusieurs mois par un bénévole, qui peut être salarié, entrepreneur ou retraité. Son rôle est d’aider le jeune à avancer dans son parcours, à mieux comprendre les possibilités qui s’offrent à lui et à gagner progressivement en autonomie.
Le dispositif s’adresse principalement aux jeunes jusqu’à 30 ans. Il peut cependant débuter beaucoup plus tôt dans certains cas, notamment dès l’âge de 5 ans pour des actions liées à l’aide aux devoirs.
Un accompagnement pour mieux préparer son avenir
Le mentorat peut intervenir à différentes étapes d’un parcours scolaire ou professionnel.
Pour certains jeunes, l’enjeu sera avant tout de découvrir des métiers et de mieux comprendre les secteurs qui recrutent. Pour d’autres, l’accompagnement portera davantage sur le choix d’une orientation ou d’une formation.
Le mentor peut également aider à préparer des démarches très concrètes : rédiger ou améliorer un CV, organiser une recherche de stage, préparer un entretien d’embauche ou encore identifier les compétences à mettre en avant lors d’une candidature.
L’objectif n’est pas de décider à la place du jeune, mais de lui apporter un regard extérieur et de l’aider à se poser les bonnes questions.
Cet accompagnement personnalisé peut notamment permettre de mieux identifier ses envies, ses points forts et les différentes possibilités accessibles après le collège, le lycée ou les études supérieures.
Un soutien qui peut avoir des effets concrets
Les résultats communiqués autour du dispositif montrent que cet accompagnement peut produire des effets importants sur l’orientation des jeunes.
Selon une évaluation du gouvernement, 85 % des jeunes accompagnés pendant six mois déclarent avoir une idée précise de ce qu’ils souhaitent faire plus tard.
Le mentorat peut également favoriser l’accès aux premières expériences professionnelles. Toujours selon cette évaluation, 68 % des jeunes concernés ont réussi à obtenir un stage grâce à leur accompagnant.
Ces chiffres illustrent notamment l’importance du réseau dans l’insertion professionnelle.
Le mentor peut aider à identifier les entreprises à contacter, expliquer les attentes des recruteurs ou orienter le jeune vers des secteurs qu’il n’aurait pas envisagés seul.
Pour certains bénéficiaires, cet accompagnement sert donc autant à acquérir des méthodes qu’à découvrir des opportunités jusque-là inconnues.
Réduire les inégalités liées au réseau familial
Le mentorat vise particulièrement les jeunes issus de milieux modestes ou ceux qui ne disposent pas dans leur entourage d’une connaissance approfondie du système éducatif et du marché du travail.
Tous les jeunes ne bénéficient en effet pas des mêmes ressources au moment de choisir leur orientation.
Certains peuvent facilement échanger avec leurs parents ou leurs proches sur les différentes formations, les écoles, les métiers ou les entreprises. Ils peuvent également profiter d’un réseau permettant d’obtenir plus facilement un stage ou de rencontrer des professionnels.
D’autres disposent de beaucoup moins de contacts et d’informations.
C’est précisément cette différence que le mentorat cherche à réduire.
Pour Nicolas Viennot, directeur du Collectif mentorat, l’objectif est notamment de toucher les jeunes qui ne disposent pas, par leur entourage familial, d’une connaissance suffisante des formations disponibles ou des secteurs offrant des débouchés.
Ouvrir des perspectives parfois éloignées du milieu d’origine
Le dispositif cherche également à lutter contre certains mécanismes d’autocensure.
Un jeune vivant dans une commune rurale ou dans un quartier défavorisé peut parfois considérer que certaines études ou certains métiers ne lui sont pas destinés, faute de modèles dans son entourage ou simplement parce qu’il connaît mal les parcours permettant d’y accéder.
Un mentor peut alors jouer un rôle important en présentant d’autres possibilités.
Il peut par exemple expliquer comment intégrer une formation d’ingénieur, comment candidater à certaines écoles ou encore quels métiers existent dans un secteur professionnel particulier.
L’idée est donc de permettre aux jeunes d’élargir leur horizon et de ne pas limiter leurs choix à ce qu’ils connaissent déjà.
Le mentorat ne garantit évidemment pas l’accès à une formation ou à un emploi, mais il peut aider à mieux comprendre les démarches nécessaires pour construire un projet.
Un dispositif lancé en 2021
Le développement du mentorat pour les jeunes a été accéléré en 2021 à l’initiative d’Emmanuel Macron.
Depuis, le dispositif s’est progressivement structuré autour d’un réseau d’associations réparties sur le territoire.
Le Collectif mentorat fédère aujourd’hui 80 associations participant à son déploiement en France.
Ces structures organisent la mise en relation entre les jeunes et leurs mentors, accompagnent les binômes et proposent différentes formes de suivi en fonction des besoins des bénéficiaires.
Les mentors sont des bénévoles issus de profils très différents.
Il peut s’agir de salariés en activité, d’entrepreneurs ou encore de retraités souhaitant transmettre leur expérience et consacrer du temps à l’accompagnement d’un jeune.
Environ 700 000 jeunes accompagnés en cinq ans
Le dispositif a progressivement pris de l’ampleur depuis son lancement.
Selon le ministère du Travail, environ 700 000 jeunes ont bénéficié d’un accompagnement en cinq ans.
Ce volume montre que le mentorat a déjà touché un nombre important de bénéficiaires, mais sa notoriété reste encore relativement faible auprès du public auquel il s’adresse.
Seuls 16 % des jeunes âgés de 15 à 30 ans déclarent savoir précisément ce qu’est le mentorat.
À cela s’ajoutent 25 % qui indiquent en avoir déjà entendu parler sans nécessairement connaître le fonctionnement exact du dispositif.
Une grande partie des jeunes ne connaît donc toujours pas précisément cette possibilité d’accompagnement.
Le mentorat encore peu présent dans les lycées professionnels
Le manque de visibilité apparaît également dans certains établissements scolaires.
En 2024, seuls 4 300 élèves de lycées professionnels avaient bénéficié d’un mentorat, alors que ces établissements accueillaient environ 651 000 élèves.
Cette différence montre que le potentiel de développement reste important auprès de publics qui pourraient pourtant bénéficier directement d’un accompagnement vers les stages, l’alternance et l’emploi.
Les lycéens professionnels doivent souvent entrer rapidement en contact avec les entreprises au cours de leur formation.
Ils sont notamment amenés à rechercher des périodes de formation en milieu professionnel, une alternance ou un premier emploi à la sortie de leur diplôme.
Dans ce contexte, disposer d’un interlocuteur extérieur capable de les conseiller et de leur transmettre certains codes professionnels peut constituer un soutien supplémentaire.
Un dispositif parmi plusieurs solutions pour l’emploi des jeunes
Le mentorat s’inscrit plus largement dans un ensemble de dispositifs visant à faciliter l’accès des jeunes au marché du travail.
Les CFA créés directement par certaines entreprises, l’apprentissage dans la fonction publique, l’entrepreneuriat ou encore le CDI intérimaire constituent d’autres solutions pouvant permettre aux jeunes d’acquérir de l’expérience et de se rapprocher de l’emploi.
Ces dispositifs répondent à des problématiques différentes, mais partagent un même objectif : faciliter la transition entre la formation et la vie professionnelle.
Le mentorat se distingue notamment par son fonctionnement individualisé.
Il ne repose pas directement sur un contrat de travail ou une formation professionnelle. Il apporte avant tout un accompagnement humain permettant au jeune de mieux comprendre son environnement et de construire progressivement son projet.
Une baisse des crédits publics en 2026
Alors que le mentorat continue de se développer, son financement connaît cependant une évolution moins favorable.
En 2026, les crédits publics consacrés au dispositif ont diminué de 15,5 %.
Cette baisse intervient alors même que le mentorat reste encore relativement méconnu et que les associations doivent poursuivre leurs actions pour toucher de nouveaux bénéficiaires.
La réduction des financements publics renforce donc l’importance des autres sources de soutien, notamment celles provenant des entreprises.
Ces dernières peuvent jouer un rôle financier mais également participer directement au fonctionnement du dispositif en mobilisant leurs salariés.
Les entreprises de plus en plus impliquées
Plus de 1 600 entreprises soutiennent aujourd’hui au moins l’une des 80 associations participant au dispositif.
Les grandes entreprises sont particulièrement présentes.
Selon les chiffres présentés, 80 % des entreprises du CAC 40 sont déjà engagées dans des actions liées au mentorat.
Des groupes comme Accenture, BNP Paribas, SNCF, Sanofi ou Schneider Electric ont également rejoint le comité stratégique du dispositif.
Leur participation peut prendre plusieurs formes.
Certaines entreprises apportent directement des financements aux associations. D’autres encouragent leurs collaborateurs à consacrer une partie de leur temps à l’accompagnement d’un jeune.
Les salariés mobilisés comme mentors
Pour les entreprises, l’engagement dans le mentorat ne se limite donc pas au mécénat financier.
Les salariés peuvent eux-mêmes devenir mentors et transmettre leur expérience professionnelle.
Ils peuvent notamment aider un jeune à mieux comprendre le fonctionnement d’une entreprise, les attentes lors d’un recrutement ou les compétences nécessaires pour exercer certains métiers.
Cette relation permet également aux jeunes d’échanger directement avec une personne déjà insérée dans le monde professionnel.
Pour ceux qui ne disposent pas de tels contacts dans leur entourage, cette rencontre peut représenter une première porte d’entrée vers un univers parfois difficile à appréhender.
Un enjeu de visibilité pour toucher davantage de jeunes
Malgré les centaines de milliers de bénéficiaires déjà accompagnés, le principal défi du mentorat reste donc sa visibilité.
Une grande partie des jeunes susceptibles d’en bénéficier ne connaît toujours pas précisément le dispositif ni les démarches permettant d’y accéder.
Les associations, les établissements scolaires et les entreprises ont ainsi un rôle important à jouer pour mieux faire connaître ces possibilités d’accompagnement.
L’enjeu est particulièrement fort pour les jeunes les plus éloignés des réseaux professionnels.
Ce sont précisément eux qui peuvent avoir le plus besoin d’un interlocuteur extérieur capable de les conseiller, de leur faire découvrir de nouvelles perspectives et de les accompagner dans leurs premières démarches.
Dans un contexte où les premières expériences professionnelles et le réseau peuvent peser fortement sur un parcours, le mentorat cherche ainsi à donner davantage de repères aux jeunes et à réduire les écarts liés à leur environnement familial ou social.

SOURCE : CHALLENGES

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