Parcoursup face aux bacheliers professionnels : une plateforme vraiment adaptée ?

En 2025, 116 924 néo-bacheliers professionnels se sont inscrits sur Parcoursup. Un chiffre en hausse constante depuis 2018, où ils étaient 102 625. Pourtant, malgré cette progression, ces candidats semblent moins favorisés que les bacheliers généraux et technologiques : moins de choix d’orientation, moins de propositions d’admission et des réponses plus tardives.
Alors, la plateforme est-elle réellement pensée pour les élèves issus de la voie professionnelle ?
Des choix d’orientation après le bac pro encore limités
À l’origine, le bac professionnel visait prioritairement l’insertion sur le marché du travail. Quarante ans plus tard, les aspirations ont évolué : de plus en plus d’élèves souhaitent poursuivre leurs études.
Mais les perspectives restent restreintes. En dehors du BTS, les taux de réussite dans l’enseignement supérieur demeurent faibles. En licence, seuls 4,2 % des bacheliers professionnels obtiennent leur diplôme en trois ans.
Certains certificats de spécialisation sont accessibles via Parcoursup. Toutefois, comme le souligne Axel Benoist, co-secrétaire général du Snuep-FSU, ces formations n’élèvent pas le niveau de qualification. Présentées comme des cursus bac+1, elles ne délivrent pas de crédits ECTS. À l’issue du parcours, les étudiants conservent donc un niveau bac, même s’ils acquièrent une spécialisation supplémentaire.
Le BTS demeure ainsi la voie privilégiée. En 2025, 101 286 bacheliers professionnels ont confirmé au moins un vœu en BTS. Un éventail de choix réduit, mais rarement vécu comme une frustration, selon Axel Benoist, qui observe que les élèves et leurs familles connaissent parfois mal l’ensemble des possibilités post-bac.
Pour Pascal Vivier, secrétaire général du Snetaa-FO, certains élèves peuvent néanmoins ressentir une forme de discrimination lorsqu’ils se retrouvent en concurrence avec des bacheliers généraux ou technologiques, y compris dans des BTS où des places leur sont théoriquement réservées via des quotas académiques.
Des propositions d’admission moins nombreuses et plus lentes
Les chiffres confirment un écart. En 2025, 80 % des candidats issus du bac pro ont reçu au moins une proposition d’admission, contre 90 % des bacheliers technologiques et 96 % des bacheliers généraux.
Selon Jérôme Teillard, chef de projet Parcoursup, cette différence s’explique en partie par la nature des vœux formulés. Les élèves de bac pro ciblent majoritairement les BTS, formations sélectives et moins nombreuses que l’ensemble des cursus accessibles aux autres profils.
La répartition territoriale joue également un rôle : certaines régions disposent d’une offre plus restreinte pour les bacheliers professionnels. Historiquement, l’enseignement supérieur ne s’est pas structuré pour accueillir massivement ces publics.
Le délai de réponse constitue un autre point sensible. En moyenne, un élève de bac pro attend 5,6 jours pour recevoir sa première proposition, soit environ trois fois plus qu’un bachelier général. Les critères académiques, souvent déterminants dans la sélection, peuvent pénaliser des candidats dont les notes sont en moyenne plus faibles que celles des filières générales ou technologiques.
Une hausse des inscriptions portée par l’apprentissage
Malgré ces obstacles, le nombre de bacheliers professionnels sur Parcoursup continue d’augmenter. Entre 2024 et 2025, plus de 11 000 candidats supplémentaires issus de la voie pro se sont inscrits.
Plusieurs facteurs expliquent cette dynamique. D’une part, le profil des élèves a évolué : ils obtiennent désormais leur bac plus jeunes et envisagent davantage la poursuite d’études. D’autre part, le développement de l’alternance a joué un rôle majeur. En 2018, 2 624 formations en apprentissage étaient proposées sur Parcoursup ; elles sont aujourd’hui plus de 10 000.
Cependant, la réduction des aides aux entreprises pourrait freiner cet essor. Si les places en alternance diminuent, davantage de jeunes pourraient se tourner vers les BTS en formation initiale, sans que le nombre de places disponibles n’augmente significativement.
Par ailleurs, tous les candidats ne concrétisent pas leur projet d’études. En 2025, sur 72 000 bacheliers professionnels ayant reçu une proposition en BTS, environ 40 000 seulement l’ont acceptée. Ce public reste plus volatil, certains privilégiant l’entrée directe dans l’emploi ou d’autres projets.
Un système supérieur encore peu adapté ?
Pour Jérôme Teillard, Parcoursup n’est pas la cause des difficultés rencontrées : la plateforme reflète les tensions structurelles du système. Le manque de places et l’inadéquation de certaines formations aux profils des bacheliers professionnels expliquent en grande partie les écarts observés.
Les chiffres sont préoccupants : en BTS, un bachelier professionnel sur deux n’achève pas les deux années de formation. Axel Benoist pointe notamment les effets de la réforme du bac pro, qui aurait réduit le volume horaire consacré aux enseignements généraux, fragilisant les élèves en français ou en mathématiques.
Pascal Vivier souligne également l’impossibilité d’adapter la première année de BTS en renforçant les matières générales. Les élèves issus de la voie pro disposent souvent de solides compétences techniques grâce à leurs périodes de formation en milieu professionnel, mais rencontrent davantage de difficultés académiques.
À ces enjeux pédagogiques s’ajoutent des contraintes sociales. Les bacheliers professionnels appartiennent fréquemment à des milieux plus modestes et peuvent être contraints d’interrompre leurs études pour travailler.
Certains imaginent une orientation distincte, hors Parcoursup, pour sécuriser leur accès aux BTS de proximité. D’autres craignent qu’un tel dispositif n’instaure une différenciation contraire au principe d’égalité entre les trois voies du baccalauréat.
Le débat reste ouvert : entre volonté d’égalité formelle et besoin d’adaptation réelle, la question de l’accueil des bacheliers professionnels dans l’enseignement supérieur demeure un défi majeur.

SOURCE : L'ÉTUDIANT

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