PISA 2025 : le système scolaire français continue de creuser les inégalités

Le professeur de psychologie du développement et de neurosciences cognitives à l’université Paris Cité, Grégoire Borst, analyse les enseignements de l’enquête PISA 2025. Il revient sur la baisse des résultats des élèves français, met en perspective la situation de la France avec celle d’autres pays et interroge les explications avancées pour comprendre ce recul des compétences scolaires.
Les résultats des élèves français reculent
Les résultats de l’étude PISA, le Programme international pour le suivi des acquis des élèves, viennent d’être publiés. En France, les élèves âgés de 15 ans, principalement scolarisés en classe de 3e et de 2de, enregistrent une diminution de leurs performances par rapport à l’édition 2022.
Cette baisse concerne plusieurs domaines évalués par l’enquête : la compréhension de l’écrit, la culture mathématique ainsi que les sciences. Une évolution qui alimente de nouveau les interrogations autour du niveau scolaire des élèves français et, plus largement, de la capacité du système éducatif à faire progresser l’ensemble des jeunes.
La France n’est cependant pas un cas isolé. Une majorité des élèves issus des 91 autres pays ayant participé à cette nouvelle édition connaissent également un recul de leurs résultats. L’enquête, pilotée tous les trois ans par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), permet ainsi de comparer les performances des différents systèmes éducatifs tout en observant leur évolution dans le temps.
Un classement international à remettre dans son contexte
Le positionnement de la France dans le classement PISA suscite régulièrement de nombreux commentaires. Pourtant, la comparaison avec les autres pays mérite d’être nuancée et replacée dans un contexte plus large.
La France obtient notamment des résultats comparables à ceux de l’Allemagne. Or, après le « choc PISA » rencontré au début des années 2000, le pays a engagé d’importantes réformes de son système éducatif, accompagnées notamment d’une augmentation significative des moyens consacrés à l’éducation.
Les conditions d’enseignement diffèrent également. En Allemagne, le taux d’encadrement est d’environ un enseignant pour 14,9 élèves, alors qu’il atteint un enseignant pour 18,2 élèves en France. Ces écarts permettent de rappeler que les résultats d’un pays ne peuvent pas être analysés uniquement à partir de sa position dans un classement international.
La situation de Singapour offre un autre point de comparaison. Le pays figure parmi les systèmes scolaires les plus performants, avec notamment une deuxième place en mathématiques. Mais les conditions de formation des enseignants y sont très différentes : ceux-ci bénéficient d’environ cent heures de formation professionnelle chaque année. En comparaison, les enseignants français du premier degré disposent d’environ dix-huit heures de formation.
Ces données montrent que les résultats observés dans PISA doivent être mis en relation avec l’organisation du système scolaire, les moyens disponibles, la formation des professionnels et les politiques éducatives menées sur le long terme.
Les écrans peuvent-ils vraiment expliquer la baisse des résultats ?
Dans un contexte marqué par les débats autour de l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, les écrans sont régulièrement désignés comme l’une des principales causes possibles de la baisse des performances scolaires.
L’hypothèse semble intuitive : plus les adolescents passeraient de temps sur leurs écrans, notamment pour des activités de loisirs, plus leurs résultats scolaires pourraient se dégrader. Les données disponibles invitent toutefois à ne pas établir un lien aussi direct.
Si l’utilisation des écrans constituait à elle seule l’explication principale du recul observé dans PISA, les pays dans lesquels les adolescents les utilisent le plus à des fins récréatives devraient logiquement connaître les baisses de résultats les plus importantes. Or, les comparaisons internationales ne permettent pas d’établir une relation aussi simple.
Les adolescents français passent ainsi moins de temps devant les écrans que certains de leurs voisins européens. En France, leur utilisation quotidienne est estimée à environ 4,9 heures, dont trois heures consacrées à des usages récréatifs les jours d’école.
À titre de comparaison, les élèves polonais atteignent environ 7,7 heures d’utilisation quotidienne, parmi lesquelles 4,9 heures sont consacrées aux loisirs pendant les jours de semaine. Leur exposition aux écrans est donc nettement supérieure à celle observée chez les jeunes Français.
Pour autant, cette différence ne se traduit pas mécaniquement par une dégradation plus importante de leurs compétences scolaires. Les performances moyennes des élèves polonais en compréhension de l’écrit restent notamment stables sur la période observée, malgré un temps d’écran sensiblement supérieur.
Ces comparaisons invitent donc à dépasser une lecture centrée uniquement sur les usages numériques. Les résultats de PISA mettent en jeu des facteurs multiples : conditions d’apprentissage, politiques éducatives, formation des enseignants, encadrement des élèves ou encore capacité du système scolaire à réduire les écarts entre les différents milieux sociaux.

SOURCE : LE MONDE

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