Réorientation : un coût immédiat mais des bénéfices nets majeurs pour l’État

La réorientation encore perçue comme un échec
La réorientation, phénomène en forte croissance, est trop souvent considérée comme un "échec" et évaluée uniquement sur son coût pour les finances publiques, sans prendre en compte ses effets sur la diplomation et les gains liés au fait que ces jeunes ne deviennent pas des Neet, souligne une étude de l’IPP publiée le 22 janvier 2026. Selon l’étude, "69 % des candidats admis à une réorientation obtiennent un diplôme dans les six ans, contre 46 % des candidats refusés", ce qui conduit les auteurs à préconiser "une politique d’ouverture de places supplémentaires" dédiées à la réorientation.
Nagui Bechichi, doctorant à l’École d’économie de Paris et chercheur affilié à l’IPP, s’est penché sur les conséquences de la réorientation dans le supérieur : "les bénéfices observés compensent-ils les dépenses éducatives ?" L’étude analyse les cohortes d’étudiants ayant demandé une réorientation entre 2012 et 2017, soit 46 000 personnes.
Un néobachelier sur trois réoriente dès l’année suivante
D’après les résultats, "un étudiant sur trois admis en 2022 a formulé des vœux de réorientation dès la campagne suivante". Ce phénomène s’est amplifié au fil des années : seulement 7 % des places étaient attribuées à des réorientés en 2012 (33 000 étudiants), contre 16 % en 2022 (105 000 étudiants).
Les motivations sont diverses : refus d’un choix initial, mauvaise appréciation du contenu d’une formation ou volonté de rebondir après une situation proche de l’échec académique. Pourtant, "dans le débat public, la réorientation post-bac est assimilée à un accident de parcours ou un échec", ce qui minimise les bénéfices potentiels sur la réussite dans l’enseignement supérieur, note l’étude.
Une forte hausse de la diplomation pour les réorientés
Premier enseignement majeur : "69 % des candidats admis à une réorientation obtiennent un diplôme dans les six ans, contre 46 % des candidats refusés". Cette différence est liée à un taux d’obtention plus élevé de BTS (48 % contre 23 %), ainsi qu’à une probabilité supérieure d’obtenir un DUT ou une licence professionnelle.
Les gains compensent largement la baisse d’obtention d’une licence générale parmi les réorientés (11 % contre 17 % pour les refusés).
Des gains plus élevés dans une filière voisine mais distincte
L’étude souligne que les effets de la réorientation varient selon la proximité entre la formation initiale et la nouvelle. Les bénéfices sont plus importants lorsqu’il s’agit d’une filière voisine mais distincte, et plus limités lorsqu’elle est très proche ou très éloignée. Un changement modéré de trajectoire semble donc le plus efficace pour améliorer la réussite.
Réorientation : un investissement rentable pour l’État
La réorientation a un coût, puisqu’elle augmente la durée dans le supérieur, portant le coût moyen par étudiant réorienté à 30 100 euros, soit 13 200 euros de plus que pour un candidat refusé. À titre de comparaison, le coût moyen d’un étudiant dans le supérieur est d’environ 22 000 euros pour 3,5 années.
Cependant, en utilisant l’indice d’efficacité de la dépense publique (EDP), l’étude montre que "un réorienté diplômé ne deviendra pas un Neet, s’insérera mieux et paiera plus d’impôts".
Chaque euro investi peut rapporter 2,7 euros
L’étude estime que le gain salarial actualisé d’une réorientation est d’environ 13 000 euros, équivalent au surcoût d’un étudiant réorienté. En ajoutant les recettes fiscales supplémentaires (8 400 euros), le coût net pour l’État tombe à 4 800 euros.
Les auteurs recommandent donc "une politique d’ouverture de places supplémentaires", qui pourrait générer des bénéfices sociaux supérieurs aux dépenses : chaque euro net investi pourrait rapporter 2,7 euros à long terme. Le développement d’années universitaires propédeutiques pluridisciplinaires, comme Paréo, est également présenté comme un levier pour accroître la flexibilité des parcours.

SOURCE : AEFINFO

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