Santé mentale : la dégradation du bien-être touche tous les niveaux de l'enseignement

La santé mentale s'impose comme l'un des principaux défis du système éducatif. Dans son rapport annuel, la médiatrice de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur, Catherine Becchetti-Bizot, alerte sur une dégradation du bien-être psychologique qui concerne aussi bien les élèves que les personnels. Face à cette situation, elle appelle à renforcer l'accompagnement, le dialogue et la formation au sein des établissements.
Une santé mentale devenue un enjeu majeur pour l'école
Dans son rapport annuel intitulé Photographie de l'état de l'école, publié le 8 juillet 2026, Catherine Becchetti-Bizot consacre une large place à la santé mentale, désignée comme grande cause nationale. La médiatrice de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur y dresse le bilan des près de 28 500 saisines traitées par ses équipes en 2025.
Ce volume représente une hausse de 20 % par rapport à l'année précédente et de 51 % en cinq ans. Selon la médiatrice, cette progression reflète une dégradation profonde du bien-être psychologique au sein du système éducatif.
Violences envers les enfants, harcèlement scolaire, souffrance des personnels, conflits entre les familles et les établissements, démotivation ou encore discriminations : ces problématiques reviennent régulièrement dans les dossiers examinés. Même lorsque la santé mentale n'est pas explicitement évoquée, Catherine Becchetti-Bizot estime qu'elle apparaît en filigrane dans une grande partie des situations signalées.
Des relations de plus en plus difficiles entre les familles et l'école
Depuis plusieurs années, les usagers de l'Éducation nationale — élèves, étudiants et parents — représentent désormais la majorité des recours adressés à la médiatrice. Ils comptent pour 76 % des saisines, contre 24 % pour les personnels.
En 2025, 6 628 dossiers provenaient toutefois des agents de l'Éducation nationale. Les réclamations concernent principalement des questions de rémunération, qui représentent 43 % des saisines, ainsi que les évolutions de carrière (15 %).
La médiatrice met en avant un manque de communication administrative qui alimente un sentiment de faible reconnaissance chez certains personnels. Plusieurs agents disent avoir le sentiment d'être insuffisamment accompagnés ou même abandonnés par leur administration.
Les personnels contractuels sont particulièrement concernés. Les saisines les concernant ont progressé de 42 %, une évolution qui s'explique notamment par la précarité de leur statut et les difficultés spécifiques qu'ils rencontrent.
Former les équipes pour mieux accompagner les élèves
Le rapport insiste également sur la nécessité de mieux préparer les enseignants à accompagner les élèves en souffrance psychologique.
Pour Catherine Becchetti-Bizot, les équipes éducatives doivent bénéficier d'une formation renforcée afin de construire des parcours réellement adaptés aux besoins de chaque enfant. Elle souligne également que les tensions entre les familles et les établissements se multiplient depuis plusieurs années, ce qui nécessite une vigilance accrue et un dialogue plus constructif.
Selon la médiatrice, une meilleure coopération entre les différents acteurs de la communauté éducative constitue une condition essentielle pour prévenir les situations de mal-être et favoriser une prise en charge plus efficace.
Une forte progression des signalements de violences
Les dossiers liés aux violences ou aux atteintes aux droits, à la dignité ou à la sécurité des enfants connaissent une hausse particulièrement marquée.
Le nombre de réclamations est passé de 400 dossiers en 2024 à 1 000 en 2025. Parmi ces situations, 70 % concernent des violences commises par des élèves ou des étudiants sur leurs camarades, tandis que 30 % impliquent des adultes envers des élèves ou des étudiants.
Le rapport relève également que 3 % des dossiers concernent des violences sexistes ou sexuelles. Un chiffre que Catherine Becchetti-Bizot juge déjà beaucoup trop élevé.
Face à cette évolution, une nouvelle fonction de déléguée à la protection des enfants à l'école a été créée. Juriste de formation, Cristelle Gillard a été nommée à ce poste le 15 avril 2026. Elle aura pour mission d'accompagner le réseau des médiateurs dans le traitement de toutes les situations de violences visant les enfants. Son dispositif sera pleinement opérationnel à partir de l'année prochaine.
Une inclusion encore insuffisante des élèves en situation de handicap
Le rapport met également en lumière les difficultés persistantes rencontrées par les élèves en situation de handicap, aussi bien dans les établissements que lors des examens.
La médiatrice cite notamment le cas d'un élève autorisé à utiliser un ordinateur dans le cadre de ses aménagements. Malgré cette autorisation, son correcteur l'a soupçonné de fraude. Face à cette situation, l'élève a finalement renoncé à bénéficier de son matériel adapté lors des épreuves suivantes.
Pour Catherine Becchetti-Bizot, ce type de situation illustre les insuffisances du système en matière d'inclusion. Au-delà des difficultés liées aux examens, ces incompréhensions peuvent accentuer la souffrance psychologique des élèves déjà fragilisés.

SOURCE : LES ECHOS

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