Assises du financement des universités : premières pistes et enjeux encore ouverts

Un peu plus de trois mois après le lancement des Assises du financement des universités, leurs coprésidents, Gilles Roussel et Jérôme Fournel, ont partagé une première synthèse de leurs travaux devant les présidents d’université, en présence de Philippe Baptiste. Si certaines orientations émergent, de nombreuses questions structurantes restent en suspens, notamment concernant la réforme du modèle d’allocation ou encore les frais d’inscription.
« Il s’agit aujourd’hui d’un point d’étape », rappellent conjointement Jérôme Fournel, inspecteur général des finances, et Gilles Roussel, président de l’université Gustave Eiffel. Le jeudi 26 mars, dans l’amphithéâtre du Musée du Quai Branly, ils ont présenté les premières analyses issues des travaux engagés. Le rapport final est attendu début mai. « Il n’y aura pas de solution unique, mais plusieurs pistes possibles », précisent-ils.
Ces Assises constituent « un exercice complexe mais indispensable », souligne Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, en ouverture. L’ambition est claire : dépasser les débats purement chiffrés et proposer « des réponses collectives aux universités ». Une nécessité également rappelée par David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics, qui évoque des besoins croissants tout en insistant sur la nécessité de consolider les budgets.
La question centrale des données
L’un des premiers enjeux identifiés consiste à construire un diagnostic partagé entre tous les acteurs. La question des données apparaît alors centrale. « Nous nous sommes appuyés sur les comptes financiers des universités entre 2018 et 2024 », explique Jérôme Fournel, précisant qu’il s’agit de données certifiées, encore trop peu exploitées.
Les coprésidents pointent notamment les limites des calculs basés sur la subvention pour charge de service public (SCSP), qui mesure la dépense de l’État par étudiant. Selon eux, cet indicateur ne reflète qu’une partie des missions des universités, en se concentrant sur l’accueil des étudiants, sans intégrer pleinement la recherche ou les infrastructures.
Gilles Roussel insiste ainsi sur la nécessité de renforcer le partage et la qualité des données avant de construire de nouveaux indicateurs capables de guider la répartition des financements.
Des ressources en hausse, mais des charges en forte progression
L’analyse des données met en évidence une augmentation globale des ressources des universités sur la période étudiée. Cette évolution s’explique à la fois par la hausse de la SCSP et par le développement de ressources propres, notamment via les appels à projets, dont la part a progressé de 89 %, ainsi que par l’apprentissage et la formation professionnelle (+115 %).
Toutefois, ces ressources restent majoritairement d’origine publique, puisqu’elles proviennent directement ou indirectement de l’État, rappelle Jérôme Fournel.
Dans le même temps, les charges ont fortement augmenté. Les dépenses de personnel ont progressé de 29 %, en raison notamment du glissement vieillissement technicité (GVT), de la revalorisation du point d’indice et des contributions aux pensions. Mais ce sont surtout les coûts liés aux fluides qui ont connu une hausse spectaculaire de 60 %, dans un contexte de crise énergétique. Au total, les charges des établissements ont augmenté de 24 %.
Une diversification des ressources qui montre ses limites
Depuis 2022, les universités font face à une dégradation de leur capacité de financement. Ce phénomène s’explique en partie par un effet ciseaux entre l’évolution des ressources et celle des dépenses.
Les établissements ont multiplié les initiatives pour diversifier leurs financements, mais ces ressources restent souvent fléchées vers des projets spécifiques. Par conséquent, elles ne peuvent pas être mobilisées librement pour financer les missions principales, comme l’encadrement des étudiants.
Par ailleurs, ces financements, notamment ceux liés à la recherche, impliquent des contraintes importantes et ne garantissent pas une stabilité à long terme. Le recours à des personnels contractuels pour porter certains projets engendre également des coûts supplémentaires.
Cette fragmentation des ressources limite leur efficacité globale et accentue les tensions budgétaires, un constat largement partagé par les présidents d’université, à l’image d’Éric Blond, président de l’université d’Orléans, qui évoque un diagnostic fidèle à la réalité du terrain.
Des sujets sensibles encore en débat
Malgré la volonté affichée d’aborder tous les sujets sans tabou, plusieurs questions majeures restent ouvertes. Le modèle d’allocation des universités constitue l’un des principaux points de tension. Le recours à la SCSP comme base de comparaison est perçu comme générateur d’inégalités, ce qui appelle à la construction d’un modèle plus lisible et équitable.
Philippe Roingeard, de l’université de Tours, souligne ainsi la nécessité d’un système de répartition plus transparent. De son côté, Lamri Adoui, président de France Universités, évoque des pistes de réforme visant à couvrir l’ensemble des missions des établissements. Toutefois, une telle transformation nécessiterait des moyens supplémentaires.
Autre sujet sensible : l’évolution des frais d’inscription. Olivier Laigneau, représentant de l’ADGS, indique que le débat est ouvert. Un récent rapport de l’IGESR et de l’IGF souligne d’ailleurs que l’augmentation des droits d’inscription constitue l’un des leviers les plus directs pour améliorer le modèle économique des universités, bien que cette option reste particulièrement délicate sur le plan politique et social.

SOURCE : letudiant.fr

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