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ÉDUCATION
16
June 2026

Au plus bas depuis 2005, l'insertion des diplômés de grandes écoles est en net recul

Dans son enquête annuelle, la Conférence des grandes écoles (CGE) fait état de nouvelles difficultés pour les jeunes diplômés à décrocher un emploi. Les ingénieurs, en particulier, accusent un net repli.

Le marché du travail se montre nettement moins favorable aux jeunes diplômés de l'enseignement supérieur. D'après la dernière enquête annuelle sur leur insertion professionnelle, dévoilée le 11 juin par la Conférence des grandes écoles (CGE), 20,5 % des diplômés de la promotion 2025 sont encore en quête d'un poste, soit 3,6 points de plus qu'un an plus tôt. C'est le plus mauvais score enregistré depuis 2005. Menée auprès de plus de 50 000 étudiants sortis des 210 établissements adhérents de la CGE – dont HEC Paris, Sciences Po ou CentraleSupélec –, l'étude dresse un état des lieux complet du marché de l'emploi.

Les diplômés des promotions antérieures ont eux aussi été interrogés… et les signaux ne sont guère plus encourageants pour eux. Si le taux d'emploi atteint 90 % douze mois après la sortie d'école, ce chiffre régresse par rapport aux enquêtes précédentes. Un effritement que la CGE relie à une « période assez intense sur le plan international et économique », jugée peu propice aux créations de postes.

Les ingénieurs plus impactés que les managers

L'élément le plus inattendu de cette enquête touche les ingénieurs, pourtant habitués à intégrer le marché du travail sans accroc : leur entrée dans la vie active devient plus ardue. Le taux net d'emploi des ingénieurs, qui écarte les diplômés poursuivant leurs études, dégringole ainsi de 4,9 points pour s'établir à 77,5 %, là où le repli n'est que de 3,8 points chez les managers et de 1,1 point dans les autres cursus, comme les écoles d'architecture, de journalisme ou les diplômés de Sciences-Po. Face à ce constat préoccupant, la CGE veut malgré tout rassurer en soulignant que les ingénieurs partaient de très haut. Ils conservent d'ailleurs le taux net d'emploi le plus élevé – la moyenne se situant à 76 %.

Mais une autre hypothèse que le contexte international émerge : l'intelligence artificielle. Le premier débouché des jeunes ingénieurs reste en effet le conseil, qui attire près d'un quart d'entre eux (24,3 %). « C'est un secteur extrêmement sensible au cycle économique, décrypte un membre de la CGE, notamment les sociétés de services en ingénierie, où les dépenses informatiques figurent parmi les variables d'ajustement. Il peut aussi y avoir des gains de productivité attendus grâce à l'IA », reconnaît-il.

Dans une enquête parue en mai, The Economist signalait que les métiers les plus exposés à l'IA recouvraient « l'informatique, le génie informatique et les sciences de l'information ». Les data analysts du magazine avaient relevé une chute de 6,6 points du taux d'emploi des jeunes diplômés de ces filières entre 2022 et 2024 aux États-Unis. La vague semble désormais franchir l'Atlantique.

Ce reflux contrarie les ambitions de réindustrialisation de la France. Selon un rapport publié par l'Institut Montaigne fin mai, le pays devrait former 100 000 ingénieurs par an pour renforcer le poids de l'industrie dans le PIB. Pour l'heure, pourtant, les 44 000 diplômés de la promotion 2025 ne trouvent pas tous preneur.

La part des CDI diminue pour les nouveaux embauchés

Et même ceux qui décrochent un poste y accèdent dans des conditions moins avantageuses, avec une proportion de contrats à durée indéterminée (CDI) en baisse par rapport aux années passées. Elle recule de 4,6 points par rapport au record de 2023, qui culminait à 85,5 %.

En revanche, les rémunérations demeurent quasiment inchangées. Le salaire brut annuel moyen d'un jeune diplômé s'élève à 39 679 euros, hors primes, soit environ 3 300 euros par mois – encore loin des 75 000 euros de frais de scolarité sur trois ans réclamés par les écoles de commerce les plus prestigieuses. La légère progression de 0,2 % sur un an relevée par la CGE est portée par les diplômés des autres spécialités (+ 2,4 %) et par les ingénieurs (+ 0,4 %). De quoi resserrer l'écart avec les managers, même si ces derniers conservent de meilleures rémunérations à la sortie de l'école.

Un autre paramètre ne bouge pas : l'écart salarial entre les femmes et les hommes. Il s'établit à 5,8 % pour la promotion 2025, dans la fourchette observée depuis 2009 par l'enquête insertion de la CGE, et ce quel que soit le diplôme. Cette inégalité salariale se creuse même au fil du temps en entreprise pour les femmes, avec un écart de 17,7 % parmi les cadres, d'après les données publiées par l'Insee en 2023. Moins bien rémunérées, les diplômées s'insèrent aussi plus lentement, avec un taux net d'emploi de 74 % contre 77,4 % pour les hommes. Et sur ce point, l'IA n'y est pour rien.

SOURCE : challenges.fr

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