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ÉDUCATION
1
September 2026

Bac professionnel : le gouvernement prépare un nouveau parcours vers le supérieur

Les ministres Edouard Geffray et Sabrina Roubache souhaitent faire évoluer les actuels certificats de spécialisation à bac +1 afin d’en faire de véritables formations intégrées à l’enseignement supérieur. L’objectif est de faciliter la poursuite d’études des bacheliers professionnels, mais aussi de renforcer l’attractivité de cette année supplémentaire après le bac.

Il s’agit de la principale réforme portée pour cette rentrée 2026 par Edouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, et Sabrina Roubache, ministre chargée de l’enseignement professionnel.

Présentée lors de leur conférence de rentrée organisée mardi après-midi, cette évolution doit venir prolonger la réforme du lycée professionnel engagée par Emmanuel Macron au début de son deuxième quinquennat.

Le chef de l’État avait alors qualifié cette transformation d’« immense chantier » et même de « cause nationale ». Dans un contexte marqué par les difficultés de recrutement et les pénuries de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs, Emmanuel Macron présentait également cette réforme comme l’un des leviers permettant d’accompagner la réindustrialisation du pays.

Seulement 4 000 places créées sur les 20 000 annoncées

À huit mois de l’élection présidentielle, le gouvernement souhaite désormais faire le point sur les engagements pris depuis le lancement de cette réforme.

Emmanuel Macron avait notamment promis de transformer 25 % de la carte des formations professionnelles d’ici septembre 2027.

Selon Sabrina Roubache, cet objectif pourrait être atteint dès l’année prochaine. À ce jour, environ 18 % de la carte des formations aurait déjà été « transformée », en intégrant dans ce calcul les opérations dites de « coloration » des formations.

Ces colorations consistent à faire évoluer environ 30 % du contenu d’une formation afin de mieux l’adapter aux besoins d’un secteur professionnel ou d’un territoire, sans pour autant modifier entièrement le diplôme concerné.

Au début du deuxième quinquennat, l’exécutif avait également annoncé la création de 20 000 places de formation à bac +1 destinées aux lycéens professionnels grâce aux « certificats de spécialisation ».

Ces diplômes accessibles en un an après un baccalauréat professionnel ont remplacé les anciennes « mentions complémentaires ». Ils doivent permettre aux jeunes d’approfondir leurs compétences dans un domaine précis avant d’entrer sur le marché du travail ou de poursuivre leurs études.

Mais le bilan reste pour le moment très éloigné des objectifs initiaux.

Sur les 20 000 places annoncées, seules 4 000 ont effectivement été créées. Et toutes ne trouvent pas nécessairement de candidats.

« Comment voulez-vous attirer des jeunes vers une formation à bac +1 si elle ne vous donne pas accès à un bac +2 et qu’elle vous maintient dans l’enseignement scolaire ? », s’interroge un fin connaisseur du dossier.

Le gouvernement souhaite donc désormais revoir la philosophie même de ces formations plutôt que de poursuivre uniquement un objectif quantitatif de 20 000 places.

Faire du bac +1 une véritable formation du supérieur

L’ambition est de proposer aux futurs bacheliers professionnels une année de bac +1 leur permettant d’être officiellement intégrés dans l’enseignement supérieur.

Les jeunes inscrits dans ces certificats de spécialisation pourraient ainsi disposer d’une véritable carte d’étudiant et bénéficier du statut associé à l’enseignement supérieur.

Pour les étudiants dont les ressources le permettent, cette évolution ouvrirait également l’accès aux bourses de l’enseignement supérieur.

Un changement loin d’être anodin puisque les montants proposés dans le supérieur sont plus importants que ceux des aides actuellement accessibles dans l’enseignement scolaire.

Pour Sabrina Roubache, cette reconnaissance symbolique et administrative est essentielle pour rendre ces formations plus attractives.

« On ne peut pas dire à un jeune qui passe son bac professionnel qu’il est encore dans le scolaire un an après parce que, sinon, il a l’impression de ne pas avoir fini le lycée », explique la ministre.

Elle souhaite donc créer une rupture plus nette entre la fin du lycée et cette année supplémentaire : « Il faut lui dire que, ça y est, il est dans le sup ! »

Cette évolution intervient alors que la part des bacheliers professionnels continue d’augmenter.

Sabrina Roubache rappelle ainsi que les bacheliers professionnels représentaient 32 % des diplômés en 2019, contre 36,2 % en 2026.

Lors de la dernière session du baccalauréat, environ 194 000 jeunes ont obtenu un bac professionnel.

23 000 nouvelles places de formation ouvertes depuis 2023

Depuis 2023, 23 000 nouvelles places de formation professionnelle initiale ont été ouvertes.

La moitié d’entre elles, soit 50 %, concernent des formations liées à l’industrie.

Un quart, soit 25 %, est consacré aux métiers des services à la personne.

Cette évolution de l’offre doit permettre de mieux rapprocher les formations professionnelles des besoins réels des entreprises et des secteurs rencontrant des difficultés de recrutement.

Le gouvernement veut notamment s’assurer que les nouveaux diplômes à bac +1 correspondent à des métiers pour lesquels les débouchés sont suffisamment importants.

Les certificats de spécialisation devraient ainsi être davantage développés dans les secteurs en tension, notamment l’industrie, les services à la personne et le médico-social.

L’objectif est que les jeunes disposent, à l’issue de leur formation, de compétences directement recherchées par les employeurs.

Une passerelle plus claire vers le BTS

Après cette année de transition correspondant au certificat de spécialisation, les bacheliers professionnels pourraient disposer de deux possibilités principales.

La première serait d’entrer directement dans la vie professionnelle avec une spécialisation supplémentaire acquise après le bac.

La seconde consisterait à poursuivre leurs études dans l’enseignement supérieur.

Ces jeunes pourraient notamment utiliser Parcoursup pour candidater ensuite en première année de BTS.

Dans cette configuration, un bachelier professionnel effectuerait d’abord son année de certificat de spécialisation, avant d’intégrer un BTS de deux ans.

Il obtiendrait ainsi un diplôme de niveau bac +2 en trois années après son baccalauréat, en intégrant cette première année de transition.

Les modalités exactes devront encore être précisées, notamment concernant les passerelles entre les différents diplômes.

L’entourage de Sabrina Roubache assure néanmoins qu’« il y aura une entrée en BTS qui sera potentiellement facilitée dans tous les cas ».

Cette nouvelle organisation doit donc permettre au certificat de spécialisation de ne plus apparaître comme une impasse ou une année supplémentaire isolée, mais comme une étape pouvant mener vers d’autres diplômes de l’enseignement supérieur.

Une année supplémentaire pour gagner en maturité professionnelle

Pour la ministre, l’intérêt de cette année après le baccalauréat ne se limite pas à l’acquisition de connaissances techniques supplémentaires.

Elle doit également permettre aux jeunes de gagner en maturité avant leur entrée dans le monde professionnel.

« Avant, les lycéens faisaient leur bac pro en quatre ans », rappelle Sabrina Roubache.

Selon elle, une année supplémentaire après le baccalauréat peut avoir des conséquences importantes sur la préparation des jeunes au monde du travail.

« Un an de plus après le bac, c’est énorme en termes de maturité et ça change tout pour un chef d’entreprise car après leur bac, les lycéens n’ont pas encore acquis les codes de l’entreprise et de savoir-être. »

L’année de spécialisation permettrait ainsi de travailler à la fois les compétences techniques et les comportements attendus dans le monde professionnel.

Le gouvernement souhaite donc renforcer le lien entre ces formations, les besoins des entreprises et les possibilités de poursuite d’études.

L’accès aux bourses du supérieur comme levier d’attractivité

L’un des changements les plus importants concerne donc l’accès aux aides réservées aux étudiants.

Sabrina Roubache souhaite que les jeunes suivant un certificat de spécialisation soient pleinement reconnus comme étudiants de l’enseignement supérieur.

« Mon intention est claire : au-delà de la question des bourses, qui est un élément majeur d’attractivité et de reconnaissance, le certificat de spécialisation doit compter parmi les voies privilégiées de poursuite d’études et d’insertion professionnelle des bacheliers de la voie professionnelle », a-t-elle déclaré mardi matin devant les recteurs.

Le bénéfice potentiel des bourses pourrait notamment rendre ces formations plus accessibles à des jeunes issus de familles modestes.

Mais au-delà de l’aspect financier, le changement de statut doit aussi permettre de mieux valoriser cette année après le bac auprès des élèves.

Une réforme dont les arbitrages sont attendus en novembre

Pour parvenir à cette transformation, Sabrina Roubache souhaite désormais « réinterroger le référentiel actuel » des certificats de spécialisation.

Le contenu des formations, leur reconnaissance et leurs passerelles vers les autres cursus du supérieur pourraient donc être amenés à évoluer.

Les arbitrages définitifs sont attendus d’ici à la fin du mois de novembre.

Le coût de la réforme est évalué à environ 4 millions d’euros, principalement en raison du financement des nouvelles bourses étudiantes auxquelles les jeunes concernés pourraient devenir éligibles.

La ministre souhaite parallèlement développer ces nouveaux diplômes dans les métiers rencontrant les plus fortes difficultés de recrutement.

L’objectif est que les bacheliers professionnels puissent bénéficier d’une véritable employabilité dès leur sortie du certificat de spécialisation ou, s’ils poursuivent leurs études, après leur BTS.

L’industrie, les services à la personne et le secteur médico-social devraient notamment faire partie des domaines prioritaires.

Pour Sabrina Roubache, cette transformation constitue « le dernier kilomètre » de la réforme du lycée professionnel lancée par Emmanuel Macron.

Elle doit également donner lieu à l’organisation d’un Conseil national de la refondation consacré à l’attractivité de la voie professionnelle.

Celui-ci doit se tenir au mois d’octobre afin de poursuivre les discussions sur la manière de rendre ces formations plus attractives, de renforcer leurs débouchés et de faciliter les parcours des bacheliers professionnels vers l’emploi comme vers l’enseignement supérieur.

SOURCE : lesechos.fr

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