Campus étrangers, IA, vie étudiante... l'université Paris Dauphine dévoile sa stratégie ambitieuse pour l'horizon 2030

Bruno Bouchard, président de l’université Paris Dauphine-PSL depuis décembre 2024, a présenté la stratégie de son établissement jusqu’en 2030 lors d’une conférence de presse organisée le 2 juillet 2026. Baptisée « Dauphine 2030 », cette feuille de route s’articule autour de trois grands piliers : l’innovation, l’international et l’ouverture sociale. Pour poursuivre son développement, l’université souhaite notamment s’appuyer sur ses trois campus internationaux de Londres, Tunis et Dakar. En parallèle, elle entend continuer à rationaliser son réseau de partenaires étrangers afin de privilégier les établissements considérés comme les plus prestigieux à l’échelle mondiale.
« Nous avons beaucoup d’ambition pour Dauphine », affirme Bruno Bouchard. Élu à la tête de l’établissement parisien en novembre 2024, l’ancien vice-président chargé de la recherche a dévoilé les grandes orientations qui guideront l’université jusqu’en 2030. Cette nouvelle stratégie repose sur trois axes majeurs : renforcer l’innovation, développer encore l’international et favoriser davantage l’ouverture sociale.
L’université Paris Dauphine-PSL en chiffres
Paris Dauphine-PSL accueille aujourd’hui 15 000 étudiants. Parmi eux, 11 000 suivent une formation initiale classique ou en apprentissage, avec plus de 1 600 apprentis chaque année, tandis que 4 000 personnes sont inscrites en formation continue.
L’établissement compte également sept centres de recherche, dont cinq unités mixtes de recherche associées au CNRS, répartis dans six grands domaines scientifiques. Il rassemble 445 enseignants, enseignants-chercheurs et chercheurs, 341 doctorants et postdoctorants ainsi que 2 373 enseignants vacataires.
À cela s’ajoutent 560 personnels administratifs, un réseau de plus de 115 000 alumni et un budget supérieur à 120 millions d’euros.
L’intelligence artificielle au cœur de la stratégie d’innovation
Sur le volet de l’innovation, Paris Dauphine-PSL s’est engagée, comme de nombreux établissements d’enseignement supérieur, dans le développement de l’intelligence artificielle. L’université bénéficie notamment de son intégration à PSL, qui accueille l’un des quatre instituts 3IA français.
Cet institut est devenu le cluster IA Prairie, doté du budget le plus important parmi les structures de ce type en France. Pour Bruno Bouchard, l’acculturation à l’intelligence artificielle est donc déjà bien engagée, mais l’établissement doit désormais aller plus loin.
Le président souhaite notamment lutter contre les risques « d’appauvrissement cognitif » associés à certains usages de l’IA. Selon lui, le problème ne vient pas directement de la technologie, mais davantage de son utilisation lorsqu’elle remplace la réflexion personnelle.
L’université étudie ainsi la création de dispositifs et de cadres de référence destinés à aider les étudiants à mieux comprendre les usages possibles de l’intelligence artificielle. L’objectif est de leur permettre d’utiliser ces outils sans renoncer à leur capacité d’analyse et de réflexion.
Paris Dauphine entend également faire évoluer les maquettes pédagogiques de ses masters afin de mieux intégrer cette nouvelle technologie. L’établissement dispose déjà d’une double licence « IA et sciences des organisations », lancée en 2022.
Cette adaptation apparaît essentielle pour répondre aux nouvelles attentes des entreprises, même si Bruno Bouchard souligne que les diplômés de l’université continuent à s’insérer facilement sur le marché du travail.
L’enjeu concerne aussi les recrutements. Paris Dauphine poursuit sa recherche de profils d’enseignants-chercheurs disposant de compétences en intelligence artificielle, y compris dans les sciences humaines et sociales.
Développer la recherche et augmenter les financements européens
La recherche occupe également une place importante dans la stratégie « Dauphine 2030 ». Depuis 2018, l’université a renforcé son accompagnement dans ce domaine avec la création d’une direction spécifiquement consacrée au soutien à la recherche.
Pour Bruno Bouchard, cette évolution a permis de professionnaliser davantage les démarches de l’établissement et d’accompagner plus efficacement les équipes scientifiques.
À l’horizon 2030, Paris Dauphine ambitionne notamment d’augmenter la part de financements européens dans ses activités de recherche. L’objectif est de permettre aux enseignants-chercheurs de développer davantage de projets à l’échelle internationale et de renforcer la visibilité scientifique de l’université.
Un « media training » pour les enseignants-chercheurs dès 2027
L’établissement souhaite également développer deux nouveaux axes dans le domaine de l’entrepreneuriat et de l’ouverture vers l’extérieur.
Le premier consiste à renforcer les relations avec les acteurs publics. Paris Dauphine a déjà signé plusieurs conventions, notamment avec la préfecture des Hauts-de-Seine et la Gendarmerie nationale.
Ces partenariats doivent permettre de développer de nouvelles collaborations en matière de formation continue et de recherche.
En parallèle, l’université souhaite lancer un « plan média » à destination des enseignants-chercheurs peu habitués à répondre aux sollicitations des journalistes.
L’objectif est de former davantage de chercheurs à la prise de parole médiatique afin qu’ils puissent intervenir plus régulièrement dans le débat public. Bruno Bouchard estime que de nombreuses compétences présentes au sein de l’université restent aujourd’hui insuffisamment valorisées.
À l’approche de la prochaine campagne présidentielle, le président considère également que les universitaires doivent pouvoir contribuer aux débats en apportant une parole fondée sur des faits et des connaissances scientifiques.
Les campus internationaux au centre du développement de Dauphine
Pour renforcer sa présence à l’international, Paris Dauphine souhaite s’appuyer sur ses trois campus étrangers installés à Londres, Tunis et Dakar.
Le campus sénégalais, le plus récent, a ouvert en 2025. Bruno Bouchard estime qu’il dispose d’un potentiel particulièrement important. L’université souhaite y développer de nouvelles formations initiales, mais aussi renforcer son offre de formation continue.
Le campus de Londres représente également un axe majeur de développement. Près de la moitié des étudiants qui y suivent actuellement leur cursus sont étrangers.
Dauphine ambitionne d’en faire une véritable petite université londonienne en élargissant progressivement le nombre de formations proposées.
Dès la prochaine rentrée, les étudiants présents à Londres pourront notamment suivre un LLM destiné aux juristes qui souhaitent préparer le barreau londonien.
En 2027, l’université prévoit aussi d’y lancer sa double licence « IA et sciences des organisations », déjà proposée en France.
Entre 30 et 35 % d’étudiants internationaux visés
Bruno Bouchard estime que les campus de Londres et Dakar pourraient atteindre à terme les 500 étudiants, soit un effectif comparable à celui déjà accueilli à Tunis.
Une telle croissance nécessitera toutefois de nouveaux investissements immobiliers. L’université recherche notamment un bâtiment supplémentaire à Londres afin de pouvoir accueillir davantage d’étudiants et de formations.
Grâce à ses campus et à sa stratégie internationale, Paris Dauphine espère que les étudiants étrangers pourront représenter entre 30 et 35 % de ses effectifs dans les prochaines années.
En parallèle, l’établissement poursuit la rationalisation de son portefeuille de partenaires internationaux. Paris Dauphine comptait 302 partenariats en 2018, contre 160 en 2025.
L’objectif n’est donc plus de multiplier les accords, mais de se concentrer sur des partenariats considérés comme stratégiques et de premier plan à l’échelle mondiale.
Bruno Bouchard cite notamment les accords déjà conclus avec l’université de New York, McGill, Fudan ou encore la Hong Kong University of Science and Technology.
Pour le président, les futurs partenariats devront atteindre un niveau comparable afin de renforcer véritablement le rayonnement international de Paris Dauphine.
Davantage de formations entièrement proposées en anglais
Attirer plus d’étudiants internationaux suppose également de proposer suffisamment d’enseignements adaptés à leurs profils.
À la prochaine rentrée, Paris Dauphine lancera ainsi un parcours de management entièrement enseigné en anglais en troisième année de licence.
La moitié des étudiants locaux devrait rester dans le parcours classique, tandis que l’autre moitié pourra rejoindre ce nouveau cursus anglophone aux côtés des étudiants internationaux.
Cette évolution doit permettre d’accroître la mixité des profils et de renforcer l’attractivité de l’université auprès des candidats étrangers.
Les droits d’inscription des étudiants étrangers en débat
Bruno Bouchard a également abordé le décret restreignant les possibilités d’exonération des droits d’inscription pour les étudiants internationaux.
L’université a lancé un groupe de réflexion sur cette question. Une des pistes envisagées consisterait à faire payer davantage les étudiants étrangers disposant de ressources financières importantes, notamment certains candidats américains.
Les sommes collectées pourraient ensuite être redistribuées sous forme de bourses ou d’exonérations aux étudiants internationaux rencontrant des difficultés financières.
Le président de Paris Dauphine-PSL s’interroge toutefois sur le calendrier choisi pour mettre en œuvre cette réforme.
L’établissement souhaitait initialement faire aboutir ses réflexions en 2027. L’annonce du décret est venue modifier ce calendrier et intervenir en pleine période de Parcoursup et de Mon Master.
Pour Bruno Bouchard, une telle décision aurait dû être annoncée avant Noël afin de permettre aux universités de mieux anticiper ses conséquences.
Il relativise également les 250 millions d’euros d’économies annoncés par le gouvernement. Selon lui, ce montant représente une part extrêmement faible des moyens de l’État au regard de l’importance stratégique de l’enseignement supérieur.
Accueillir et soutenir davantage de talents
Le dernier volet de la stratégie « Dauphine 2030 » porte sur l’ouverture sociale. L’université souhaite accueillir et accompagner davantage de talents, quels que soient leur origine ou leur niveau de ressources.
Aujourd’hui, près de 22 % des étudiants de Paris Dauphine sont boursiers sur l’ensemble des programmes. Bruno Bouchard souhaite encore renforcer cette proportion.
L’université possède déjà deux résidences étudiantes et ambitionne d’en acquérir une troisième. Elle propose actuellement environ 800 logements à ses étudiants.
Dans les cinq prochaines années, Dauphine veut également doubler le nombre de lycéens accompagnés dans le cadre de son programme d’égalité des chances.
L’objectif est de passer à 1 700 jeunes bénéficiaires. Pour y parvenir, l’établissement prévoit un nouveau plan d’actions ainsi qu’une campagne de levée de fonds.
Bruno Bouchard considère par ailleurs que le modèle de PSL peut parfois se révéler trop sélectif, notamment dans le cadre des « Schools » créées par le grand établissement.
Il propose d’étudier la possibilité d’accueillir une partie des candidats situés juste en dessous de la barre d’admission, évoquant une proportion pouvant atteindre 20 %.
Le financement des universités reste une question centrale
La stratégie de développement de Paris Dauphine pose inévitablement la question des moyens financiers.
Aujourd’hui, 50 % du budget de l’université provient de ressources propres. Les frais de scolarité représentent à eux seuls 15 % du budget et leur part augmente chaque année.
Bruno Bouchard reconnaît que le soutien des alumni et des entreprises joue un rôle essentiel dans le fonctionnement et le développement de l’établissement.
Le président est également revenu sur les Assises consacrées au financement des universités, dont le rapport a été publié le 24 juin 2026.
S’il salue le travail réalisé par les deux rapporteurs, Gilles Roussel et Jérôme Fournel, il estime qu’une confusion persiste entre les financements consacrés au fonctionnement quotidien des universités et ceux issus des programmes d’investissements d’avenir.
Selon lui, d’importantes sommes ont été injectées dans l’enseignement supérieur ces dernières années, sans pour autant résoudre les difficultés financières structurelles rencontrées par les établissements.
Le principal problème reste, à ses yeux, le financement de l’activité socle et des dépenses récurrentes des universités.
La hausse des frais de scolarité pose la question du modèle universitaire
La question d’une éventuelle augmentation des droits de scolarité continue également de faire débat.
Bruno Bouchard reconnaît que Paris Dauphine ne peut pas s’opposer totalement à une hausse des frais, compte tenu de son propre modèle de financement. Il estime toutefois que le débat doit être replacé dans une réflexion plus large sur la mission de l’enseignement supérieur.
Deux visions s’opposent régulièrement. Pour certains, augmenter les droits de scolarité profiterait finalement aux étudiants, qui pourraient financer leurs études ou emprunter avant de bénéficier ensuite d’un meilleur salaire grâce à leur diplôme.
Le président de Paris Dauphine rejette cette logique. Selon lui, la formation supérieure constitue avant tout une politique publique destinée à préparer les générations qui prendront progressivement le relais de celles qui quittent le marché du travail.
Dans un contexte où le financement des retraites suscite déjà de nombreuses inquiétudes, il considère qu’il serait particulièrement risqué de réduire les investissements consacrés à la formation.
Une telle évolution pourrait, selon lui, affaiblir la compétitivité du pays à long terme.
Pour Bruno Bouchard, l’enseignement supérieur doit donc rester considéré comme un bien commun et une politique publique financée par l’État. L’étudiant ne peut pas être réduit au statut de client.
À l’horizon 2030, Paris Dauphine-PSL affiche ainsi une stratégie ambitieuse : accélérer sur l’intelligence artificielle, renforcer la recherche, développer ses campus internationaux, sélectionner des partenariats de premier plan, accueillir davantage d’étudiants étrangers et poursuivre ses efforts en faveur de l’ouverture sociale. Des objectifs qui dépendront toutefois largement de la capacité de l’université à trouver les moyens humains, immobiliers et financiers nécessaires pour les concrétiser.

SOURCE : AEFINFO

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