Comment les universités européennes financent-elles leur développement ?

À l’occasion des Assises du financement des universités, Enora Bennetot Pruvot, présidente de Association européenne des universités, a présenté en mars un état des lieux des modèles de financement de l’enseignement supérieur en Europe. Malgré des systèmes variés selon les pays, plusieurs constats reviennent : un sous-financement durable, une gestion administrative complexe et une montée progressive des financements liés à la performance.
Pour l’Association européenne des universités, la stabilité des financements publics reste un élément essentiel pour assurer la viabilité de l’enseignement supérieur. Toutefois, les différents États européens adoptent aujourd’hui des approches de plus en plus diversifiées pour répartir les ressources entre les établissements, entre dotations fixes, financements compétitifs et recherche de ressources complémentaires.
Un sous-financement partagé à l’échelle européenne
Depuis plusieurs années, les universités européennes doivent composer avec un manque de financements structurels. La crise financière de 2008 a fortement réduit les budgets publics dédiés à l’enseignement supérieur. Une reprise avait commencé à apparaître autour de 2013, mais la pandémie de Covid-19 a brutalement interrompu cette dynamique.
Dans un premier temps, les financements accordés dans le cadre des appels à projets ont permis de compenser temporairement certaines difficultés budgétaires. Les plans de relance ont également apporté un soutien ponctuel aux établissements. Cependant, la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine à partir de 2022 a de nouveau fragilisé les équilibres financiers des universités européennes.
Au-delà des enjeux budgétaires, les établissements doivent aussi faire face à une forte complexité administrative. Les mécanismes de financement, qu’ils soient publics ou privés, restent souvent difficiles à piloter. Chaque pays cherche ainsi son propre équilibre entre dotations pérennes et financements attribués sur des critères compétitifs, en fonction de son histoire politique et de sa culture institutionnelle.
Des financements calculés selon les effectifs ou les performances
Le financement basé sur les moyens alloués demeure aujourd’hui le modèle le plus répandu en Europe. Contrairement à une idée reçue, ce système n’est pas propre à la France. Plusieurs pays, comme l’Islande, la Croatie ou encore la Hongrie, déterminent une partie importante des budgets universitaires en fonction du nombre d’étudiants accueillis.
En Belgique également, le fonctionnement repose sur une logique similaire, même si les modalités varient légèrement selon les communautés. Les établissements disposent généralement d’une part fixe de financement, complétée par une part variable majoritaire qui peut représenter jusqu’à 80 % de l’enveloppe totale. Cette part prend notamment en compte le profil des étudiants, les filières proposées ou encore les résultats en matière de recherche.
À l’inverse, certains pays privilégient davantage une logique fondée sur les résultats des établissements. C’est notamment le cas de la Finlande ou du Danemark. En Autriche, les universités signent depuis 2018 des accords de performance d’une durée de trois ans. Ces contrats intègrent des objectifs liés à l’enseignement, à la recherche ou encore aux infrastructures. Des indicateurs précis, comme le nombre d’étudiants, de doctorants ou d’enseignants-chercheurs, servent alors de base pour évaluer les engagements pris par les établissements.
Le développement de modèles hybrides en Europe
Dans de nombreux pays européens, les modèles de financement deviennent progressivement hybrides. Même si le critère du nombre d’étudiants reste central, plusieurs États associent désormais des critères liés à la performance ou à la diversification des ressources.
La Pologne et l’Italie illustrent particulièrement cette tendance. En Italie, les universités publiques reçoivent principalement des financements annuels versés par le ministère, auxquels s’ajoutent des aides nationales et régionales destinées aux bourses ou à la mobilité étudiante.
Les étudiants participent également au financement des établissements via les frais d’inscription. Ceux-ci comprennent une taxe régionale dédiée à la vie étudiante ainsi qu’une contribution propre à chaque université. Les montants varient donc selon les établissements et les profils des étudiants. En moyenne, les frais d’inscription atteignent environ 1 178 euros par an.
Les universités italiennes peuvent aussi adapter ces montants selon différents critères sociaux ou académiques. Parallèlement, les financements externes, notamment issus de partenariats ou de conventions, occupent une place de plus en plus importante dans les ressources des établissements.
La montée des contrats de performance dans l’enseignement supérieur
À l’image des contrats d’objectifs et de moyens développés en France, de nombreux pays européens expérimentent désormais des contrats de performance entre l’État et les universités. Ces dispositifs permettent un pilotage plus précis des politiques publiques, mais soulèvent aussi certaines limites concernant l’autonomie des établissements.
La Croatie a adopté ce système en 2025. Chaque université signe un contrat de programmation sur quatre ans comprenant une part fixe, calculée selon le nombre d’étudiants, et une part variable liée à des objectifs de performance. Cette part variable reste toutefois plafonnée à 20 % du financement fixe. Cette réforme s’est accompagnée d’une augmentation significative du budget des universités croates.
En Autriche, certains contrats comportent jusqu’à une centaine d’objectifs à atteindre. En Écosse, ces accords deviennent de plus en plus détaillés et servent directement de relais aux politiques publiques nationales. À l’inverse, au Danemark ou en Norvège, ces contrats existent mais n’ont pas d’incidence financière directe sur les établissements.
Des outils utiles mais qui présentent aussi des limites
Les contrats de performance offrent plusieurs avantages. Ils favorisent le dialogue entre les universités et les pouvoirs publics, permettent de fixer des objectifs clairs et renforcent la cohérence globale du système d’enseignement supérieur.
Cependant, ces dispositifs peuvent également entraîner certains effets négatifs. Parmi les risques identifiés figurent le micro-management, l’accumulation d’indicateurs de suivi ou encore une surcharge administrative qui limite la marge de manœuvre des établissements.
Pour Enora Bennetot Pruvot, ces mécanismes ne doivent pas remplacer les financements stables accordés aux universités. Ils doivent rester complémentaires, avec un nombre limité d’objectifs et des procédures de reporting simplifiées. L’expérience de certains pays montre d’ailleurs qu’un financement reposant presque exclusivement sur les appels à projets ne constitue pas une solution durable pour soutenir l’enseignement supérieur sur le long terme.

SOURCE : letudiant.fr

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