Conditions de travail dans l'ESR : près d'un personnel sur deux estime sa santé en danger

65 % des personnels de l'ESR et 75 % des étudiants déclarent « vivre bien » leur travail ou leurs études, selon la 8ᵉ édition du baromètre AEF info-FNCAS. Mais derrière ce chiffre globalement positif, les signaux d'alerte se multiplient : avec une note de 5,7/10, le ressenti des personnels recule, et le mal-être progresse, en particulier chez les enseignants. La FNCAS appelle à un « courage politique » pour passer enfin à des actions concrètes. Du côté de la stratégie DD&RSE, le constat est sévère : seuls 6 % des personnels et 4,4 % des étudiants la jugent « transformatrice ».
Comment les personnels de l'ESR perçoivent-ils leurs conditions de travail ? Qu'en est-il des étudiants et de leurs conditions d'études ? Pour la 8ᵉ année consécutive, AEF info et la FNCAS leur ont proposé de répondre à 18 questions.
"Pas d'excellence académique sans bien-être des personnels", insiste la FNCAS
« Une personne sur trois ne vit pas bien son travail ou ses études. Une personne sur deux se dit même à risque, parmi les personnels. Et la tendance ne cesse de se détériorer », alerte Cyril Garnier, vice-président de la FNCAS, lors d'un entretien accordé à AEF info le 22 mai 2026. Dans les établissements, « la prise de conscience est bien réelle, mais il faut désormais du courage politique pour passer du constat à l'intervention. Certains établissements mettent en place des baromètres sociaux internes... C'est presque pire, quand les résultats indiquent du mal-être et qu'aucune action ne suit. On vous interroge pour savoir comment vous allez mal, et après ? »
« Qu'est-ce que ce serait, si on ne faisait rien du tout ? », s'interroge de son côté Joël Guernevou, président de la FNCAS, lors du même entretien. Cela semble pourtant le cas dans plus de 85 % des pays du monde, du moins pour les personnels enseignants, si l'on en croit le rapport sur les tendances mondiales de l'enseignement supérieur publié par l'Unesco le 12 mai 2026. « Selon les données de l'Observatoire des politiques de l'enseignement supérieur (HEPO), l'amélioration du bien-être du personnel enseignant ne figure que rarement dans les plans nationaux relatifs à l'enseignement supérieur », précise ce rapport.
Le contexte de forte contrainte budgétaire n'aide pas les établissements, notamment les universités, à sortir « la tête du guidon » pour mener une véritable politique de prévention, reconnaissent les deux responsables de la FNCAS. Mais à l'heure où une commission d'enquête du Sénat travaille sur la « capacité des universités françaises à garantir l'excellence académique du service public de l'enseignement supérieur », Cyril Garnier insiste : « Il n'y aura pas d'excellence académique sans bien-être des personnels ! Parler de réussite étudiante sans se soucier de ceux avec qui les étudiants sont en contact direct est un non-sens. » Joël Guernevou fait le parallèle avec « une entreprise qui accueille du public et dont les agents de guichet vont mal. Comment voulez-vous alors que la relation client soit bonne, et que le client soit satisfait ? »
Un quart des enseignants du supérieur en situation de mal-être
Avec une note moyenne de 5,7, les personnels affichent un ressenti moins bon que lors de l'édition précédente du baromètre (5,9). Sur les 2 004 répondants au questionnaire AEF info-FNCAS, près de la moitié (45,7 %) évaluent leur ressenti entre 7 et 10 sur une échelle allant de 0 (très mal) à 10 (très bien). C'est un peu moins qu'en 2025 (46,9 %). À l'autre extrémité de ce « thermomètre », ils sont 43,9 % à se situer en dessous de la moyenne. À noter que la part s'estimant entre 0 et 3 augmente, passant de 16,8 % en 2025 à 20,9 % en 2026.
Ce sont les enseignants qui notent le plus sévèrement leur ressenti, avec 25,6 % d'entre eux qui se situent entre 0 et 3. Parmi eux, 6 % répondent même par un 0 pointé. Un mal-être qui correspond à « ce que nous observons dans les établissements, du côté des Prag et Prce », soulignent les responsables de la FNCAS, faisant notamment référence aux actions du collectif 384. Ce collectif revendique la revalorisation du statut des enseignants du secondaire, ainsi qu'une meilleure reconnaissance du travail effectué par rapport aux enseignants-chercheurs. Ces derniers sont aussi 23,3 % à se situer entre 0 et 3.
Concernant les établissements des répondants, les personnels d'université se situent dans la moyenne, ceux des écoles d'ingénieurs affichent un ressenti sensiblement meilleur, avec 48,4 % d'entre eux se situant entre 7 et 10. À l'inverse, les répondants issus d'organismes de recherche, certes très peu nombreux (57), sont bien plus nombreux à déclarer un mal-être prononcé : 31,5 % d'entre eux se situent entre 0 et 3. Un tiers préfère aussi ne pas préciser son ONR d'origine.
Le ressenti est plus négatif chez les hommes que chez les femmes (24,2 % entre 0 et 3, contre 17,1 %), ainsi que parmi les répondants issus du champ disciplinaire des arts, lettres et langues (28 % entre 0 et 3). Côté SHS, 4,3 % des personnels notent leur ressenti par un 0. Quant aux tranches d'âge, les personnels de 35 ans et moins sont globalement plus positifs.
48 % des personnels signalent un risque pour leur santé physique ou mentale
Ils sont 52 % à déclarer des difficultés à assurer leur charge de travail (contre 50 % lors de l'édition précédente), et même 48 % à signaler que leurs conditions de travail présentent un risque pour leur santé physique et/ou mentale (contre 45 %). Un risque qui monte à 51 % chez les enseignants-chercheurs (contre 49 %), 54 % chez les enseignants (contre 48 %), 52 % dans les universités (contre 47 %) et jusqu'à 60 % dans les organismes de recherche (contre 49 %).
65 % des personnels vivent bien leur travail malgré tout
Malgré ces constats préoccupants, les personnels vivent majoritairement bien leur travail : 65 % d'entre eux sont d'accord, voire tout à fait d'accord, avec l'affirmation « Je vis bien mon travail ». Une proportion stable par rapport aux éditions 2025 et 2024. Les enseignants sont moins positifs (54 %) que les enseignants-chercheurs (63 %). Les chercheurs, très peu nombreux (31), restent la population qui vit le mieux son travail (71 %), soit un point de plus que dans l'édition 2025.
Là encore, les personnels des écoles semblent vivre mieux leur travail que ceux des universités : 70 % de ceux d'écoles d'ingénieurs et 81 % de ceux d'écoles de commerce (seulement 43 répondants) répondent positivement, contre 63 % parmi les personnels d'université. Les personnels de SHS, malgré leur ressenti déclaré très négatif auparavant, vivent aussi bien leur travail que ceux de sciences, technologies et santé.
DD&RSE : une posture « engagée » pour 32 %, mais « transformatrice » pour seulement 6 %
L'édition 2026 du questionnaire AEF info-FNCAS comprenait pour la première fois une question sur la stratégie DD&RSE des établissements : « Comment décririez-vous la posture actuelle de votre établissement vis-à-vis de la stratégie DD&RSE annoncée ? » Premier enseignement : un quart des répondants n'a pas choisi parmi les quatre adjectifs proposés (transformatrice, engagée, prudente ou contrainte). Un score élevé qui peut traduire un désintérêt, une méconnaissance, une incompréhension ou un rejet sur le sujet.
La posture des établissements est jugée « engagée » par 32 % des répondants, mais « transformatrice » par seulement 6 % d'entre eux. Les établissements font « beaucoup de sensibilisation, mais peu d'actions transformatrices, dans leur organisation ou leur fonctionnement », commente Joël Guernevou. Ils restent cantonnés aux « économies d'énergie ou aux mobilités douces, mais rien de transformant profondément ».
Ils restent « dans l'application des schémas directeurs et la réponse aux directives, au lieu d'anticiper », complète Cyril Garnier. Résultat : 21 % des répondants qualifient la posture de leur établissement de « prudente », voire « contrainte » pour 14 % d'entre eux. « On pourrait pourtant attendre de ces structures qu'elles soient moins attentistes et plus porteuses d'innovation, elles font de la recherche », pointe-t-il encore.
À noter que les écoles d'ingénieurs semblent plus « engagées » (41 %) et transformatrices (10 %) aux yeux des personnels. Des résultats qui font écho à leur « politique d'attractivité », rappellent les responsables de la FNCAS. Les moins de 25 ans et les plus de 66 ans sont plus sensibles à cet engagement (45 % et 50 %), tout en convenant que le mouvement reste « contraint » (pour 21 % des plus de 66 ans).
Les autres enseignements du baromètre
Parmi les autres enseignements du questionnaire, la plupart des indicateurs montrent une amélioration des réponses des personnels par rapport à l'édition 2025 du baromètre. Plus de la moitié des personnels estiment que :
- leur établissement reconnaît la qualité de leur travail (65 % contre 61 % en 2025) ;
- leur établissement leur permet d'évoluer dans leur vie professionnelle (53 % contre 51 %) ;
- leur établissement reconnaît leurs compétences (65 % contre 63 %) ;
- leur établissement leur permet d'accroître leurs compétences (70 % contre 69 %) ;
- leur avis est pris en compte par leurs responsables hiérarchiques (67 % contre 65 %) ;
- les relations de travail sont agréables dans leur service, composante ou laboratoire (74 % contre 73 %) ;
- ils peuvent compter sur le soutien de leurs collègues (80 %, comme en 2025) ;
- une politique de QVCT est déployée dans leur établissement (61 % contre 50 %) ;
- le télétravail participe à leur qualité de vie au travail (69 % contre 64 %) ;
- leur établissement les aide à concilier vie personnelle et vie professionnelle (62 % contre 57 %) ;
- leur établissement développe une vie de campus pour l'ensemble de la communauté (59 % contre 54 %) ;
- la transition écologique et le développement soutenable sont une préoccupation majeure de leur établissement (66 % contre 60 %).
Un quart des personnels estiment se trouver dans une situation difficile (mal-être, harcèlement, VSS, discrimination...) : 25 %, contre 27 % en 2025.
Le détail des réponses des personnels, question par question
Retrouvez ci-dessous les réponses apportées à chaque question, détaillées en fonction du genre, du statut, de l'établissement et du champ disciplinaire. Vous pouvez utiliser les flèches en haut à gauche de l'infographie pour faire défiler les questions.
60 % des étudiants se sentent bien ou très bien dans leurs études
Pour cette 8ᵉ édition, la note moyenne du ressenti des 938 étudiants ayant répondu au baromètre AEF info-FNCAS s'établit à 6,6, soit une légère amélioration par rapport à 2025 (6,4). Ils sont 60 % à se situer entre 7 et 10 sur l'échelle proposée, contre seulement 9,9 % qui déclarent un ressenti très lourd, entre 0 et 3. Ces deux catégories représentaient respectivement 56,4 % et 10,6 % en 2025.
Les étudiants d'écoles d'ingénieurs déclarent un ressenti encore meilleur, avec 62 % au-dessus de la note de 7. Les inscrits en deuxième cycle se sentent globalement moins bien que ceux en premier ou troisième cycle, avec 11,8 % de notes situées entre 0 et 3. Les 23-25 ans notent plus sévèrement leur ressenti : 14,4 % d'entre eux se sentent mal ou très mal dans leurs études, soit davantage que les plus jeunes (6,7 % chez les moins de 20 ans).

SOURCE : aefinfo.fr

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