Emploi : 41 % des jeunes diplômés ne privilégient plus le CDI

Management, équilibre de vie, organisation du travail… Une étude révèle les nouvelles attentes des jeunes diplômés face au monde de l’entreprise.
Les jeunes diplômés gardent une vision positive de l’entreprise
91 % des jeunes diplômés déclarent avoir une perception positive de l’entreprise, qu’ils considèrent comme un espace capable de favoriser l’innovation, le progrès et l’épanouissement personnel. L’étude menée par le New Gen Talent Center de l’EDHEC et Forvis Mazars vient ainsi contredire certains clichés sur une génération jugée parfois « désengagée » ou « inadaptée » au monde du travail.
Contrairement à l’idée d’un rejet croissant de l’entreprise, les jeunes interrogés mettent au contraire en avant la dimension collective et collaborative du travail. Seuls 9 % d’entre eux expriment une vision négative, évoquant notamment le greenwashing ou le manque d’adaptation de certaines entreprises face aux enjeux environnementaux et sociétaux actuels.
Pour Manuelle Malot, directrice de l’EDHEC New Gen Talent Center, cette étude montre clairement que les jeunes restent attachés au modèle de l’entreprise. Elle souligne notamment que plusieurs témoignages recueillis décrivent l’entreprise comme « une aventure collective », une idée largement partagée par les diplômés interrogés.
Une relation au travail entre confiance et esprit critique
Même si leur regard sur l’entreprise reste globalement positif, les jeunes diplômés gardent une certaine lucidité sur ses limites. 58 % estiment que l’entreprise est aujourd’hui plus juste qu’auparavant. Selon Manuelle Malot, les évolutions récentes ont amélioré certains aspects du monde professionnel, même si des critiques persistent concernant le stress et les organisations jugées encore trop hiérarchiques.
Certaines perceptions restent en effet très présentes. Les trois quarts des jeunes diplômés considèrent toujours l’entreprise comme un environnement stressant, tandis que 69 % la jugent encore trop verticale dans son fonctionnement. Deux tiers des répondants estiment également que certaines méthodes de travail restent anciennes ou trop standardisées.
Les jeunes interrogés constatent ainsi un décalage entre des entreprises innovantes dans leurs produits et services, mais parfois plus traditionnelles dans leur organisation interne. Pour autant, cette génération ne rejette pas l’entreprise : elle en perçoit simplement les limites et souhaite voir évoluer certains modes de fonctionnement.
Les jeunes attendent un management plus humain
Depuis plusieurs années, le phénomène du « conscious unbossing » prend de l’ampleur en France et à l’international. Cette tendance désigne le refus volontaire d’occuper des fonctions managériales traditionnelles, un choix particulièrement visible chez les jeunes générations.
Pour autant, ce phénomène ne traduit pas un manque d’engagement envers l’entreprise. Selon Manuelle Malot, il reflète surtout une transformation profonde de la vision du management. Les jeunes diplômés ne rejettent pas les responsabilités, mais souhaitent un modèle managérial plus humain et moins autoritaire.
Loin de l’image du manager uniquement basé sur le statut hiérarchique, les jeunes valorisent désormais des responsables capables d’accompagner leurs équipes, de favoriser le bien-être au travail et de créer davantage de confiance. Flexibilité, cohésion d’équipe et écoute apparaissent comme des attentes majeures. Beaucoup souhaitent ainsi « un manager qui veille plutôt qu’un manager qui surveille ».
Certaines entreprises commencent déjà à adapter leurs pratiques. Forvis Mazars, partenaire de l’étude, expérimente depuis un an des postes de « managers du care », davantage centrés sur l’accompagnement humain que sur la seule expertise technique. Ces profils ont pour mission d’aider les collaborateurs à évoluer et à trouver leur place dans l’entreprise.
Le CDI n’est plus la priorité absolue des jeunes diplômés
Le rapport au premier emploi évolue lui aussi fortement chez les jeunes générations. Longtemps considéré comme une étape décisive et durable, le premier poste est désormais vu de manière plus flexible. En 2024, les jeunes diplômés estimaient qu’un premier emploi idéal devait durer environ 20 mois. Aujourd’hui, cette durée moyenne est descendue à 17 mois, avec des différences selon les profils.
Les étudiants universitaires adoptent davantage un profil qualifié « d’explorateur pragmatique ». Ils considèrent souvent manquer d’expérience concrète et recherchent donc un premier emploi capable de leur offrir un cadre rassurant et structurant afin de construire progressivement leur parcours professionnel.
Chez ces profils universitaires, la durée moyenne du premier emploi descend même à 13 mois. Selon l’étude, cette mobilité ne traduit pas un rejet de l’entreprise mais plutôt une crainte de faire un mauvais choix professionnel dès le départ.
À l’inverse, les étudiants issus d’écoles de management voient davantage leur premier emploi comme un accélérateur de carrière. 58 % d’entre eux considèrent leur premier poste comme un tremplin vers de futures opportunités professionnelles, contre 38 % des étudiants universitaires.
Du côté des ingénieurs, le premier emploi est principalement perçu comme une phase de montée en compétences techniques. Enfin, la vision du CDI évolue elle aussi fortement : si 59 % des jeunes diplômés souhaitent encore privilégier ce contrat, 41 % n’en recherchent plus forcément dès leur premier emploi.

SOURCE : Leparisien

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