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ÉDUCATION
26
May 2026

IA, data, sciences : les écoles de commerce changent-elles de modèle ?

Entre intelligence artificielle, data et enjeux environnementaux, les grandes écoles de commerce accélèrent leur transformation. Face à la montée en puissance des compétences scientifiques et technologiques dans les entreprises, les business schools doivent désormais adapter leurs programmes pour former des managers capables de comprendre et piloter des environnements complexes, sans pour autant devenir des écoles d’ingénieurs.

Pour Jean Charroin, directeur général de ESSCA, cette évolution ne remet pas en cause l’identité des écoles de management mais marque plutôt une adaptation nécessaire aux nouvelles réalités économiques, technologiques et sociétales.

Les écoles de commerce intègrent de plus en plus les sciences

Selon Jean Charroin, les écoles de commerce n’ont pas vocation à former des scientifiques au sens classique du terme. Leur rôle n’est pas de remplacer les écoles d’ingénieurs ni de former des spécialistes en mécanique, électronique ou génie civil.

En revanche, les managers de demain doivent désormais posséder une véritable culture scientifique pour évoluer dans des environnements où la technologie influence toutes les décisions stratégiques.

L’essor de l’intelligence artificielle, des données, des sciences cognitives ou encore des enjeux environnementaux transforme profondément les organisations. Les futurs cadres doivent être capables de comprendre les outils technologiques, d’échanger avec des experts techniques et d’anticiper les impacts économiques, sociaux ou éthiques des innovations.

Dans cette logique, les écoles de management développent progressivement des enseignements liés aux mathématiques appliquées, à la data, à la modélisation ou à l’analyse des systèmes complexes.

Former des managers capables de piloter la technologie

Pour autant, cette évolution ne signifie pas que les écoles de commerce deviennent des écoles d’ingénieurs. Jean Charroin insiste sur une distinction essentielle : les écoles d’ingénieurs forment des spécialistes capables de concevoir et optimiser des systèmes techniques, tandis que les business schools préparent avant tout des profils capables de piloter et d’intégrer ces technologies dans les organisations.

Les formations autour de la cybersécurité, des systèmes d’information ou de l’intelligence artificielle répondent ainsi à une logique de compréhension avancée des outils technologiques plutôt qu’à une expertise purement technique.

L’objectif est de former des professionnels capables d’interpréter des données, d’évaluer des risques, de prendre des décisions stratégiques et d’accompagner les transformations numériques des entreprises.

Cette complémentarité entre compétences technologiques et management explique le développement de nombreux cursus hybrides dans les grandes écoles françaises et internationales.

Des méthodes pédagogiques profondément transformées

Cette évolution modifie également les critères de recrutement et les méthodes pédagogiques des écoles de commerce.

Les établissements recherchent désormais des profils dotés de solides capacités analytiques, logiques et quantitatives, même sans spécialisation scientifique avancée. L’enjeu est moins de sélectionner des experts précoces que des étudiants capables de résoudre des problèmes complexes et de raisonner dans des environnements incertains.

Dans les salles de classe, les approches pédagogiques évoluent elles aussi rapidement. Les cours magistraux traditionnels laissent progressivement place à des pédagogies fondées sur les projets, les études de cas, les simulations et l’utilisation de données réelles.

Les outils d’intelligence artificielle deviennent progressivement des supports d’apprentissage à part entière. Les étudiants sont amenés à travailler sur des situations concrètes mêlant données, enjeux éthiques, contraintes environnementales et décisions stratégiques.

Une nouvelle manière d’évaluer les compétences

L’évolution des formations conduit également à repenser les modes d’évaluation des étudiants.

Les écoles accordent de moins en moins d’importance à la simple restitution de connaissances théoriques et cherchent davantage à mesurer la capacité d’analyse, la qualité du raisonnement ou encore la prise de décision collective.

Cette transformation rapproche progressivement les méthodes d’évaluation du fonctionnement réel des entreprises, où les compétences d’adaptation, de coopération et de gestion de l’incertitude deviennent essentielles.

Pour autant, les établissements affirment vouloir conserver un haut niveau d’exigence académique malgré ces nouvelles approches pédagogiques.

Les écoles de management redéfinissent leur rôle

Pour Jean Charroin, les écoles de commerce ne changent pas fondamentalement de vocation, mais elles redéfinissent leur mission dans un monde devenu plus complexe.

Les business schools ne se limitent plus uniquement à enseigner les techniques de gestion traditionnelles. Elles cherchent désormais à former des managers capables d’accompagner les grandes transitions numériques, environnementales et sociétales.

Cette évolution s’inscrit dans une vision plus large du management, où la performance économique doit aussi intégrer les questions éthiques, sociales et environnementales.

Les accréditations internationales, les nouveaux classements et le développement de la recherche autour des grandes transitions montrent d’ailleurs que cette transformation est désormais largement attendue par les entreprises comme par les pouvoirs publics.

Pourquoi les écoles de commerce ne fusionnent pas avec les écoles d’ingénieurs

Face à ce rapprochement croissant entre management et technologie, la question d’une fusion entre écoles de commerce et écoles d’ingénieurs revient régulièrement.

Pour Jean Charroin, cette solution n’est ni indispensable ni forcément souhaitable. Les deux types d’établissements reposent sur des cultures académiques, des méthodes pédagogiques et des identités historiques très différentes.

Une fusion pourrait entraîner une perte de lisibilité et fragiliser les spécificités de chaque modèle. À l’inverse, les partenariats, doubles diplômes, laboratoires communs ou programmes hybrides permettent déjà de créer des passerelles efficaces entre les deux univers.

La stratégie privilégiée aujourd’hui consiste donc à développer des coopérations fortes tout en conservant des missions distinctes. Cette capacité à faire dialoguer management, sciences et technologies constitue désormais l’une des principales forces des grandes écoles de commerce.

SOURCE : leparisien.fr

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