Jeunes sans emploi ni formation : « Il faut agir contre le décrochage scolaire »

La question des jeunes sans emploi existe depuis plusieurs décennies
La France compte aujourd’hui environ 1,5 million de jeunes sans emploi, sans formation et non scolarisés, souvent désignés sous le terme de « Neets ». Même si leur nombre reste relativement stable depuis plusieurs années, le gouvernement souhaite renforcer les dispositifs d’accompagnement vers l’emploi et les métiers qui recrutent.
Pour Nicolas Farvaque, socio-économiste spécialiste des politiques d’insertion, ce phénomène n’est pourtant pas nouveau. Selon lui, les difficultés d’insertion des jeunes existent en France depuis le début des années 1980, bien avant l’apparition du terme « Neets ».
Le chercheur rappelle que les missions locales ont justement été créées à cette période pour répondre aux difficultés rencontrées par les jeunes lors du passage entre l’école et le monde du travail.
Selon lui, la problématique dépasse largement la seule question de l’emploi. Elle concerne aussi le logement, la santé, la mobilité ou encore les inégalités sociales qui compliquent l’entrée dans la vie active.
La France reste confrontée au chômage longue durée des jeunes
D’après Nicolas Farvaque, la France n’est pas forcément plus en difficulté que ses voisins européens concernant le nombre de jeunes sans activité. Le pays se situe globalement dans la moyenne européenne.
En revanche, il estime que la France souffre davantage d’un chômage longue durée particulièrement élevé chez les jeunes peu qualifiés, ainsi que d’une forte précarité pour ceux qui rencontrent des difficultés scolaires.
Le spécialiste souligne que certains pays européens parviennent à mieux intégrer les jeunes grâce à des systèmes éducatifs plus connectés au monde professionnel.
Il cite notamment l’exemple de l’Allemagne avec son modèle d’apprentissage, qui facilite la transition entre l’école et l’emploi, ainsi que les pays scandinaves où les étudiants occupent plus fréquemment de petits emplois pendant leurs études.
Une stratégie de l’apprentissage jugée mal ciblée
Alors que la France a fortement augmenté les aides à l’apprentissage après la crise sanitaire avant de commencer à les réduire, Nicolas Farvaque estime que la stratégie française manque de cohérence.
Selon lui, les aides ont principalement bénéficié aux formations de l’enseignement supérieur, notamment jusqu’au niveau master, alors que l’apprentissage devrait d’abord servir à accompagner les jeunes les plus fragiles ou les moins qualifiés.
Le socio-économiste considère que l’apprentissage doit avant tout rester centré sur les métiers manuels et techniques historiquement liés à ce système, comme la plomberie, la boulangerie ou la boucherie.
Il s’interroge notamment sur la pertinence des financements accordés à certaines formations de grandes écoles ou de management à bac +5 dans le cadre de cette politique.
Pour lui, les jeunes en situation de décrochage scolaire restent les plus exposés au risque de devenir durablement sans emploi ni formation.
Mieux prévenir le décrochage scolaire
Nicolas Farvaque estime que plusieurs dispositifs français peuvent déjà produire des résultats positifs, comme le contrat d’engagement jeune proposé par France Travail et les missions locales aux 16-25 ans.
Ce programme prévoit entre quinze et vingt heures d’activité hebdomadaire afin d’aider les jeunes à retrouver une dynamique professionnelle ou de formation.
Mais le spécialiste regrette dans le même temps la baisse des moyens accordés aux missions locales, pourtant en première ligne dans l’accompagnement des jeunes en difficulté.
Selon lui, la priorité devrait surtout être donnée à la prévention de l’échec scolaire dès les premières difficultés rencontrées par les élèves.
Il appelle ainsi à renforcer les moyens consacrés à l’école afin de mieux anticiper le décrochage scolaire et éviter que certains jeunes ne sortent durablement du système éducatif sans qualification.
Construire des parcours durables dans les métiers en tension
Pour Nicolas Farvaque, orienter massivement les jeunes vers les secteurs qui recrutent ne suffit pas à résoudre le problème.
Il explique que toutes les personnes formées dans des métiers en tension ne poursuivent pas forcément ensuite leur carrière dans ces secteurs, notamment en raison des conditions de travail parfois difficiles.
Le chercheur estime donc nécessaire de construire de véritables parcours professionnels durables dans des domaines comme le soin, l’aide à domicile ou certains métiers industriels.
Selon lui, les partenaires sociaux et les institutions doivent travailler ensemble pour améliorer l’attractivité de ces professions et garantir des conditions d’emploi plus stables.
À ses yeux, encourager simplement les jeunes à se former ne sera pas suffisant sans réflexion plus large sur la qualité des parcours proposés.

SOURCE : Liberation

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