L’université de Lille organise l’usage de l’IA dans ses services et expérimente de nouveaux outils

Après une première charte consacrée aux usages pédagogiques de l’intelligence artificielle, validée par la CFVU en mars 2025, l’université de Lille poursuit l’encadrement de ces technologies. Le 21 mai 2026, son conseil d’administration a approuvé un nouveau texte destiné aux personnels administratifs. Celui-ci autorise le recours aux outils d’IA générative, tout en fixant un cadre précis. Une troisième charte doit être soumise au conseil scientifique pour les laboratoires. Selon Christophe Mondou, vice-président chargé de l’IA et de la stratégie numérique, ces trois documents devraient être réunis lorsque l’EPE deviendra un grand établissement.
D’après deux enquêtes internes réalisées à la fin de l’année 2025 puis au début de 2026, la moitié des personnels administratifs de l’université de Lille utilisent déjà l’IA dans leur activité professionnelle. À l’inverse, 30 % déclarent ne jamais s’en servir. ChatGPT et Gemini figurent parmi les solutions les plus souvent citées. Lors d’un échange avec AEF info à la mi-juin 2026, Anne-Valérie Chiris-Fabre, directrice générale des services, a rappelé que l’intelligence artificielle faisait désormais partie du quotidien, notamment à travers les smartphones. L’établissement estime donc nécessaire d’adopter une approche pragmatique.
La direction générale des services précise que la charte votée en mai 2026 n’a pas été pensée comme un texte défensif. Elle vise surtout à fournir des repères aux agents, quitte à avancer progressivement. Sur deux pages, le document invite les personnels à ne pas cacher leur recours à l’IA et à indiquer les solutions mobilisées ainsi que les objectifs poursuivis. Il privilégie les outils souverains et déconseille fortement les services grand public. L’intelligence artificielle y est présentée comme un appui au travail, et non comme un remplacement de l’expertise humaine. Les utilisateurs sont ainsi encouragés à construire leur propre réflexion et à conserver la maîtrise de leur raisonnement.
Des tests menés sur des usages bien définis
L’université a déjà lancé plusieurs expérimentations sur des missions précises. Parmi elles figurent la production de synthèses et la rédaction de comptes rendus de réunion, deux besoins identifiés par les équipes d’encadrement. Pour cet usage, la direction du numérique a choisi Dicte.ai. L’entreprise met en avant des serveurs dédiés situés à Paris, une anonymisation activée par défaut et un chiffrement post-quantique. L’établissement a acquis 300 licences et plus de 1 000 réunions ont été retranscrites entre janvier et juin 2025.
Une autre expérimentation, prévue sur six mois, est conduite avec Mistral et l’agence Amue. Elle porte sur la commande publique et sur certains usages pédagogiques.
L’établissement pose toutefois une limite claire concernant le traitement des dossiers de ressources humaines. L’université alerte sur les biais que l’IA pourrait introduire dans les recrutements et rappelle l’obligation de protéger la confidentialité des données personnelles. D’autres applications restent envisagées. L’IA pourrait, par exemple, aider les agents à préparer des entretiens de concours grâce à des simulations en vidéo.
Un chatbot destiné aux étudiants dès la prochaine rentrée
L’université prévoit également de développer plusieurs agents conversationnels. Un premier chatbot doit être mis en service à la rentrée afin de répondre aux questions les plus fréquentes des étudiants. Anne-Valérie Chiris-Fabre précise que ce dispositif ne remplacera pas l’accueil téléphonique ou physique, mais offrira un canal d’information complémentaire.
Un deuxième agent conversationnel sera conçu pour les personnels. Il doit simplifier les échanges avec la direction du numérique, notamment pour accéder à des tutoriels, réinitialiser un mot de passe ou utiliser les applications métiers. Christophe Mondou annonce que, d’ici à la fin de l’année 2026, l’université disposera de son propre agent conversationnel. Celui-ci regroupera les informations disponibles sur l’environnement numérique de travail.
Des formations pour accompagner les personnels
L’université mise aussi sur la montée en compétences de ses agents dans le cadre de son plan de développement des compétences. Une convention a été conclue avec l’université Laval, au Québec, pour intégrer un outil permettant à chacun d’évaluer son niveau de connaissance des technologies d’intelligence artificielle. Les personnels intéressés peuvent également suivre un module d’autoformation en ligne d’une durée de quatre heures.
Des ateliers présentent par ailleurs les principes fondamentaux de l’IA et leurs applications professionnelles. Les cadres sont encouragés à suivre ces formations et à inciter leurs équipes à s’y inscrire afin de développer des pratiques mieux maîtrisées.
La question de l’évolution des métiers, voire de la disparition de certaines fonctions, demeure ouverte. Aucun travail spécifique n’a encore été engagé sur ce sujet. La directrice générale des services reconnaît qu’il n’est pas possible d’ignorer cette interrogation, tout en réaffirmant que l’humain restera central. Jamal El Khattabi, vice-président chargé du dialogue social et des conditions de travail, s’interroge également sur la transformation des pratiques. Selon lui, des garde-fous permettent aujourd’hui d’identifier certaines dérives. Ses inquiétudes portent davantage sur les futurs agents et leur capacité à exercer leur esprit critique face à des outils qu’ils auront pris l’habitude d’utiliser.
L’empreinte écologique de l’IA reste à mesurer
Christophe Mondou rappelle enfin que le coût environnemental de l’intelligence artificielle est réel, même s’il reste difficile à évaluer précisément malgré la publication de nouvelles études. Titulaire du label DD&RS, l’université souhaite respecter ses engagements en faveur d’un numérique sobre. Elle entend pour cela favoriser des solutions ciblées, locales et moins consommatrices d’énergie.

SOURCE : AEFINFO

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