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ÉDUCATION
31
March 2026

Lycéens travailleurs : une réalité encore largement méconnue

« La surprise est quasi générale » au sein du personnel éducatif : près d’un lycéen sur quatre exerce une activité rémunérée en parallèle de ses cours, souvent plus de 10 heures par semaine, et en retire une certaine fierté. Selon une étude scientifique récente, un quart des lycéens travaille pendant les périodes scolaires (soir ou week-end), un tiers au cours de l’année (hors été), et 56 % exercent une activité sur l’ensemble de l’année, vacances comprises. Un phénomène encore largement invisible.

Les recherches sur ce sujet restent rares, notamment parce que cette réalité demeure peu reconnue par l’Éducation nationale et la société. Une étude inédite du CNRS met pourtant en lumière l’ampleur du phénomène : un lycéen sur quatre travaille durant la semaine de cours, un sur trois sur l’année scolaire, et plus d’un sur deux au moins une fois dans l’année.

Cette proportion est encore plus élevée dans les lycées professionnels, avec une hausse de 5 points. À noter que ces chiffres excluent les élèves en alternance ou en apprentissage, et concernent uniquement ceux qui cumulent travail et scolarité sans aménagement spécifique.

Des formes d’emploi variées et souvent informelles

Les activités exercées par les lycéens sont nombreuses et reflètent une grande diversité de situations. Babysitting, restauration rapide, livraison, travail familial dans l’agriculture, le bâtiment ou le tourisme, ou encore vente en ligne : ces emplois sont souvent obtenus via des réseaux de proximité, notamment familiaux.

L’étude prend en compte l’ensemble des formes de travail, qu’elles soient déclarées ou non. Elle inclut également des activités illégales, comme le trafic de stupéfiants ou la prostitution de mineurs, qui font actuellement l’objet d’autres recherches spécifiques.

Selon Thierry Berthet, directeur de recherche au CNRS et co-auteur de l’étude, la dimension informelle est particulièrement marquée. Une majorité d’élèves commence à travailler dès le collège, entre 14 et 16 ans, souvent avant l’âge légal.

Une implication régulière qui peut peser sur le quotidien

Contrairement à certaines idées reçues, le travail des lycéens ne se limite pas à des missions ponctuelles. Plus de la moitié des élèves concernés travaillent de manière régulière, au moins une semaine sur deux, et près de 48 % y consacrent plus de 10 heures par semaine.

Les effets sur la scolarité sont variables. Comme le souligne Thierry Berthet, il n’existe pas de lien systématique entre travail et décrochage scolaire. Pour certains élèves, l’activité professionnelle peut même renforcer leur engagement scolaire.

Cependant, des travaux antérieurs menés auprès d’étudiants montrent qu’au-delà de 12 à 15 heures hebdomadaires, le travail devient un facteur de risque pour la réussite académique. Chez les lycéens, les chercheurs poursuivent leurs analyses pour identifier les situations les plus sensibles.

La gestion du temps constitue un enjeu central. Avec une moyenne de 28 heures de cours par semaine, les élèves doivent souvent arbitrer entre devoirs, loisirs et vie sociale, ce qui peut générer fatigue et déséquilibre.

Le travail peut également être plus contraignant lorsqu’il répond à une nécessité économique, certains lycéens contribuant directement aux revenus de leur famille.

Entre fierté, autonomie et construction de l’avenir

Fait notable, toutes les catégories sociales sont concernées par ce phénomène. L’étude a été menée dans des établissements très variés, situés en centre-ville, en banlieue, en zones rurales ou encore en territoire littoral et montagneux, révélant une présence du travail lycéen dans tous les contextes.

Les chercheurs ont également réalisé 230 entretiens avec des lycéens travailleurs. Il en ressort que beaucoup d’entre eux ne travaillent pas uniquement pour consommer, mais pour anticiper leur avenir. Ils cherchent à épargner pour financer le permis de conduire, acheter un moyen de transport ou préparer leur entrée dans l’enseignement supérieur.

Cette démarche traduit une forte volonté d’autonomie et d’indépendance. Contrairement aux idées reçues, les jeunes entretiennent un rapport positif au travail. Ils expriment une réelle fierté à exercer une activité rémunérée, souvent partagée par leurs parents, même si ces derniers restent attentifs à l’équilibre avec la scolarité.

Un phénomène encore peu pris en compte par le système éducatif

Malgré son ampleur, le travail des lycéens reste largement ignoré dans le système éducatif. Les équipes pédagogiques découvrent souvent ces chiffres avec surprise, révélant un angle mort dans la compréhension des parcours élèves.

Cette situation interroge les représentations traditionnelles de la scolarité en France, encore centrées sur un modèle où les élèves seraient entièrement dédiés à leurs études. Or, cette vision ne correspond plus à la réalité vécue par de nombreux jeunes.

Pour les chercheurs, il devient nécessaire de mieux intégrer cette dimension dans les politiques éducatives. Cela implique de reconnaître les compétences développées à travers ces expériences, mais aussi de mieux encadrer et sécuriser ces pratiques afin d’en limiter les risques.

SOURCE : bfmtv.com

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