Orthographe, raisonnement, fin des textes à trous : le plan du ministre de l'Éducation pour durcir le baccalauréat

Dans sa circulaire de rentrée, publiée ce jeudi 7 mai, Édouard Geffray exige de tous les personnels de l'éducation nationale qu'ils placent « l'exigence au cœur » de leurs missions.
Édouard Geffray ambitionne de replacer « l'exigence » au centre de l'Éducation nationale en insistant sur la maîtrise du langage, le raisonnement scientifique et la qualité rédactionnelle au baccalauréat, quitte à froisser la conscience professionnelle de syndicats laissés à l'écart des discussions.
« L'exigence doit être au cœur de votre mission », a inscrit le ministre de l'Éducation nationale dans la circulaire de rentrée, parue ce jeudi 7 mai au bulletin officiel et destinée à « tous les personnels de l'éducation nationale ».
Un document « élaboré sans concertation » qui « relève clairement d'un exercice de communication de la part du ministre », a dénoncé auprès de l'AFP Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, première force syndicale du second degré. « Il n'y a eu aucun dialogue », renchérit Aurélie Gagnier, secrétaire générale du SNUipp-FSU, premier syndicat du primaire.
En vue de la prochaine rentrée, le ministre a réclamé que la pédagogie en primaire, au collège et au lycée se trouve « principalement concentrée sur la maîtrise de ces deux conventions sociales "premières" qui rendent possibles toutes les autres : le langage et le raisonnement scientifique ».
« L'acquisition du langage, autrement dit la capacité croissante à construire une pensée complexe, constitue notre tout premier objectif pédagogique, dans l'ensemble des disciplines », ajoute-t-il.
Il bannit les « textes à trous », « sauf besoins particuliers, au profit du geste scripteur et de la rédaction de phrases complètes, qui améliorent la mémorisation et permettent à l'élève de développer une pensée complexe ». « À l'heure où nos élèves s'appuient de plus en plus sur l'intelligence artificielle, entretenir cette maîtrise est le meilleur moyen de leur assurer une autonomie intellectuelle et mentale dans le maniement de ces outils, et, le moment venu, d'en exploiter pleinement le potentiel », juge-t-il.
« Les élèves qui rendent des copies mal rédigées ne peuvent pas avoir le bac »
« Depuis une trentaine d'années, la pratique de l'écrit s'est considérablement érodée à l'école primaire. Or, écrire favorise le développement des facultés cognitives », a martelé le ministre dans une interview accordée ce jeudi 7 mai au Figaro. « Ne pas maîtriser » l'orthographe « ferme des portes », a-t-il complété, soulignant que les notes du bac 2026 devront intégrer la « qualité rédactionnelle ».
L'inspection générale planche actuellement sur un barème applicable à toutes les épreuves, « y compris dans les disciplines scientifiques, où l'orthographe n'était jusqu'ici pas tenue pour prioritaire », détaille-t-il. « Les élèves qui rendent des copies mal rédigées ne peuvent pas obtenir le bac. Ce serait leur mentir sur leur niveau réel », affirme Édouard Geffray.
« Nous n'avons pas patienté l'arrivée du ministre pour intégrer l'orthographe dans la notation des examens. Les fautes compliquent la compréhension de la copie et cela transparaît déjà dans la note », réplique Sophie Vénétitay.
Miser sur les mathématiques… au détriment d'autres matières ?
Le raisonnement scientifique et les mathématiques figurent comme « la seconde priorité », en particulier « l'acquisition des automatismes en mathématiques et la résolution de problèmes » dès le primaire. « Certes, travailler le langage et le raisonnement scientifique s'impose, mais cela ne peut ni ne doit être coupé des autres apprentissages », alerte Aurélie Gagnier. Elle regrette que « l'histoire, les arts visuels, l'EPS ne soient pas jugés essentiels alors qu'ils permettent de développer l'esprit critique, d'enrichir la culture, de construire les compétences psycho-sociales et le vivre ensemble ».
Réduction des inégalités entre filles et garçons
Édouard Geffray plaide aussi pour un « travail accru sur la réduction des inégalités » entre filles et garçons, et mise sur une amélioration du climat scolaire, portée par le rôle éducatif des parents et par l'interdiction du téléphone portable au lycée actuellement en débat au Parlement. « Cela suppose également le nécessaire retour à une forme de civilité trop souvent malmenée par le comportement de certains élèves et parfois même de certains parents », écrit-il. Concernant les personnels, il compte « améliorer et humaniser » la gestion des « ressources humaines ». « Nous ne sommes condamnés ni à l'impuissance, ni au fatalisme », assure-t-il, en insistant sur le « cadre dont la neutralité et la laïcité sont, avec le savoir et l'usage de la raison, les garanties du libre-arbitre ».

SOURCE : rtl.fr

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