Parcoursup : comment certaines écoles privées profitent du stress des lycéens

À l’approche des résultats Parcoursup, de nombreux lycéens se retrouvent confrontés à l’incertitude, aux listes d’attente ou aux refus. Une situation qui constitue, selon plusieurs enquêtes, une véritable opportunité commerciale pour certains établissements privés lucratifs. Face aux critiques grandissantes, le gouvernement souhaite désormais renforcer l’encadrement du secteur.
Une période d’incertitude pour des milliers de candidats
Chaque année, le début du mois de juin marque une étape particulièrement attendue pour les élèves de terminale. Les premiers résultats de Parcoursup tombent et avec eux leur lot de satisfactions, mais aussi de déceptions.
Pour de nombreux candidats, les réponses obtenues ne correspondent pas aux attentes formulées au cours de l’année scolaire. Certains se retrouvent sur liste d’attente pendant plusieurs semaines tandis que d’autres ne reçoivent aucune proposition jugée satisfaisante.
Cette période génère une forte pression psychologique. Derrière chaque réponse se joue souvent une partie importante de l’avenir académique et professionnel des jeunes concernés.
L’angoisse de l’orientation devenue un argument commercial
Cette vulnérabilité n’a pas échappé à certains acteurs de l’enseignement supérieur privé.
Dans son livre-enquête Le Cube, publié en 2025, la journaliste Claire Marchal décrit les méthodes de recrutement développées par certains établissements privés lucratifs afin de capter les étudiants en situation d’incertitude après les résultats Parcoursup.
Après plusieurs années d’investigation au sein du groupe Galileo Global Education, elle met en lumière un système où les inquiétudes liées à l’orientation peuvent parfois être utilisées comme levier de prospection.
Selon son analyse, certains établissements adaptent leurs campagnes de communication précisément au calendrier de Parcoursup afin de toucher les candidats les plus fragilisés par les refus ou les listes d’attente.
Des campagnes ciblées au moment des résultats
Le timing de ces opérations de recrutement est loin d’être anodin.
Alors que les élèves découvrent les premières réponses sur la plateforme, certaines écoles multiplient les prises de contact, les journées portes ouvertes, les campagnes publicitaires et les promesses d’inscription rapide.
L’objectif consiste à proposer une solution immédiate à des jeunes parfois déstabilisés par leur situation sur Parcoursup.
Pour certains établissements, cette période représente une opportunité stratégique importante pour attirer de nouveaux étudiants qui cherchent rapidement une alternative à leurs choix initiaux.
Un phénomène qui interpelle les pouvoirs publics
Face aux critiques récurrentes concernant certaines pratiques du secteur privé lucratif, le sujet a progressivement gagné en visibilité auprès des responsables politiques.
Le Sénat examine ainsi une proposition de loi destinée à renforcer l’encadrement de l’enseignement supérieur privé lucratif.
Pour Stéphane Piednoir, rapporteur du texte, cette initiative répond à plusieurs signalements concernant le fonctionnement de certains établissements.
Selon lui, des acteurs privés auraient profité de certaines évolutions réglementaires pour développer rapidement leur activité tout en bénéficiant de financements publics qui ne correspondaient pas toujours à l’esprit initial des réformes engagées.
Cette situation alimente aujourd’hui les débats autour de la transparence, de la qualité des formations et de la protection des étudiants.
Les limites du système Parcoursup
Si Parcoursup a permis de mieux organiser l’accès à l’enseignement supérieur, la plateforme ne supprime pas totalement les situations de frustration.
Chaque année, des candidats se retrouvent sans affectation immédiate ou doivent patienter plusieurs semaines avant d’obtenir une place dans une formation souhaitée.
Cette réalité crée un contexte particulièrement favorable au développement d’offres alternatives proposées en dehors de la plateforme nationale.
Les établissements privés qui recrutent directement peuvent ainsi apparaître comme une solution rapide pour des familles soucieuses de sécuriser l’avenir de leur enfant.
Une stratégie de recrutement décrite dans une enquête
Dans son ouvrage, Claire Marchal évoque notamment plusieurs dispositifs mis en place pour attirer les étudiants confrontés à des difficultés sur Parcoursup.
L’un des épisodes relatés concerne une réunion interne organisée au sein du groupe Galileo en février 2023. Selon l’enquête, des stratégies spécifiques auraient alors été présentées afin d’identifier et de recruter des candidats déçus par les résultats de la plateforme.
Ces révélations ont contribué à alimenter les interrogations sur certaines pratiques commerciales dans l’enseignement supérieur privé lucratif.
Vers un encadrement renforcé du secteur privé lucratif ?
L’examen du projet de loi au Sénat témoigne de la volonté des pouvoirs publics d’apporter davantage de garanties aux étudiants et à leurs familles.
Les débats portent notamment sur les conditions d’information des candidats, la transparence des formations proposées ainsi que les modalités de contrôle des établissements privés lucratifs.
Dans un contexte où l’enseignement supérieur privé accueille chaque année un nombre croissant d’étudiants, l’enjeu consiste à garantir que les choix d’orientation reposent sur une information claire et non sur l’urgence créée par les difficultés rencontrées sur Parcoursup.
Alors que les premiers résultats de la plateforme continuent d’alimenter stress et incertitudes, la question de l’encadrement des pratiques de recrutement dans l’enseignement supérieur privé s’impose désormais comme un sujet majeur du débat éducatif.

SOURCE : LEBERRY

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