Prépa-métiers, internats, CNR... Sabrina Roubache détaille sa feuille de route aux acteurs de la voie professionnelle

Présentée aux représentants de la voie professionnelle le 16 juin 2026, la feuille de route de Sabrina Roubache repose sur trois axes majeurs : la sécurisation des parcours, l’égalité des chances et l’insertion professionnelle. La ministre déléguée chargée de l’Enseignement et de la Formation professionnels et de l’Apprentissage souhaite notamment travailler avec les académies et les régions afin d’identifier les places encore disponibles dans les internats. Pour favoriser l’égalité des chances, elle entend également renforcer les classes de 3e « prépa-métiers » et faciliter les passerelles entre le CAP et la première professionnelle. Elle prévoit enfin la création d’un Conseil national de la refondation consacré à l’attractivité de la voie professionnelle.
« Sécurisation des parcours, égalité des chances et insertion professionnelle » : telles sont les trois grandes priorités présentées par Sabrina Roubache devant les principaux acteurs de la voie professionnelle, parmi lesquels les organisations syndicales, les régions et les entreprises, le 16 juin 2026.
La ministre déléguée chargée de l’Enseignement et de la Formation professionnels et de l’Apprentissage avait déjà exposé les premières orientations de son programme au mois de mai, à l’occasion d’une réunion réunissant les préfets de région, les recteurs de régions académiques et les directions régionales de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités.
Nommée en février dernier, Sabrina Roubache a cette fois souhaité insister sur la concertation qu’elle entend engager avec les organisations syndicales. Ces dernières attendaient la présentation d’une feuille de route suffisamment structurée pour donner une direction claire à la voie professionnelle au cours des prochaines années, comme l’a notamment rappelé le Snetaa-FO.
Identifier les places encore disponibles dans les internats
La sécurisation des parcours professionnels doit tout d’abord passer par une meilleure compréhension de l’offre de formation. L’objectif affiché par la ministre est de proposer des parcours plus simples à appréhender, plus cohérents et plus stables, aussi bien pour les jeunes que pour leurs familles.
Cette ambition suppose de clarifier les formations accessibles, de mieux présenter leurs débouchés et de rendre plus visibles les différentes possibilités de poursuite d’études. Chaque jeune doit être en mesure de comprendre les parcours qui s’offrent à lui, les passerelles qu’il peut emprunter et les perspectives professionnelles associées aux diplômes préparés dans la voie professionnelle.
La ministre souhaite également agir sur les difficultés de mobilité, qui peuvent empêcher certains élèves d’intégrer la formation correspondant réellement à leur projet. De nombreux jeunes renoncent encore à une orientation ou à un établissement en raison de l’éloignement géographique et de l’impossibilité de trouver une solution de logement adaptée.
Pour répondre à cette problématique, Sabrina Roubache prévoit de lancer un travail conjoint avec les académies et les régions. Celui-ci devra permettre de recenser précisément les places vacantes dans les internats et de mieux informer les familles sur leur disponibilité. Une attention spécifique devra être accordée aux jeunes accompagnés par l’Aide sociale à l’enfance, qui rencontrent souvent des difficultés supplémentaires en matière de logement et de mobilité.
Interrogé par AEF info, Pascal Vivier, secrétaire général du Snetaa-FO, rappelle que les élèves de la voie professionnelle figurent parmi les publics les moins mobiles. Selon lui, le travail d’information réalisé en amont reste insuffisant pour montrer aux jeunes et à leurs familles que l’internat peut représenter une véritable opportunité pour accéder à une formation éloignée de leur domicile.
Renforcer la sécurité des élèves pendant les stages
La sécurisation des parcours concerne également les périodes de formation en milieu professionnel. Plusieurs décès d’élèves survenus au cours de stages, dont l’un dans le cadre d’une formation professionnelle, ont récemment remis en lumière les risques auxquels peuvent être confrontés certains jeunes en entreprise.
Sabrina Roubache souhaite donc garantir davantage la sécurité physique des élèves pendant leurs périodes de formation. Les PFMP occupent une place centrale dans la pédagogie de la voie professionnelle : elles doivent permettre aux jeunes d’acquérir des compétences, de découvrir concrètement leur futur environnement professionnel et de gagner progressivement en autonomie.
Ces périodes ne doivent toutefois jamais exposer les élèves à des situations dangereuses. À la suite des récents drames, une mission conjointe de l’Inspection générale des affaires sociales et de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche a été lancée avec Jean-Pierre Farandou et Édouard Geffray.
Cette mission devra analyser les conditions dans lesquelles les élèves sont accueillis et accompagnés au sein des entreprises. Elle devra également contribuer à identifier les mesures nécessaires pour mieux prévenir les accidents, améliorer la protection des jeunes et clarifier les responsabilités de chaque acteur pendant les périodes de formation.
Mieux valoriser les classes de 3e prépa-métiers
Le deuxième axe de la feuille de route concerne l’égalité des chances. Pour agir sur cette question, Sabrina Roubache souhaite notamment s’appuyer sur les classes de 3e « prépa-métiers ».
Ces dispositifs s’adressent à des élèves volontaires qui souhaitent découvrir différents secteurs professionnels avant de choisir leur orientation. Ils leur permettent d’explorer plusieurs métiers, de mieux comprendre la réalité du monde du travail et de construire progressivement un projet vers la voie professionnelle, sous statut scolaire ou par apprentissage.
Pour la ministre, ces classes répondent à un véritable besoin. Elles donnent aux collégiens la possibilité de découvrir concrètement un atelier, une activité ou un service avant de prendre une décision susceptible d’orienter plusieurs années de leur parcours scolaire et professionnel.
Des réflexions sont actuellement engagées pour mieux faire connaître ces classes et renforcer leur rôle dans le processus d’orientation. Sabrina Roubache avait déjà appelé à développer davantage les 3e prépa-métiers lors du congrès du Snetaa-FO organisé le 11 juin.
Le développement de ce dispositif figurait également parmi les préconisations formulées par une mission flash parlementaire consacrée aux conséquences des différentes réformes du baccalauréat professionnel. Les travaux devront désormais être poursuivis avec la Direction générale de l’enseignement scolaire.
Faciliter le passage du CAP à la première professionnelle
L’égalité des chances passe également par une meilleure reconnaissance du CAP et par la création de parcours plus fluides entre les différents diplômes de la voie professionnelle.
Dans l’un de ses rapports, l’IGESR estimait que le certificat d’aptitude professionnelle avait progressivement perdu en visibilité à la suite des deux dernières réformes de la voie professionnelle, qui ont davantage mis en avant le baccalauréat professionnel.
Sabrina Roubache considère qu’un jeune ayant obtenu un CAP doit pouvoir intégrer une première professionnelle lorsque cette poursuite d’études correspond à la logique de son parcours. Un travail est déjà engagé avec la Dgesco afin d’identifier les solutions concrètes permettant de faciliter ces transitions.
La création de places spécifiquement réservées aux titulaires d’un CAP dans les classes de première des lycées professionnels a notamment été évoquée lors du congrès du Snetaa-FO. Pour l’organisation syndicale, la mise en place effective de ces passerelles constituerait une avancée importante.
Une telle mesure permettrait aux jeunes qui le souhaitent de poursuivre leur formation sans devoir recommencer un cursus depuis le début. Elle contribuerait également à redonner de la valeur au CAP en le présentant non seulement comme un diplôme d’insertion professionnelle, mais aussi comme une première étape pouvant mener vers un niveau de qualification supérieur.
Actualiser la carte des formations professionnelles
Le troisième grand chantier concerne l’insertion professionnelle. Pour la ministre, celle-ci dépend directement de la capacité des formations à répondre à la fois aux aspirations des jeunes et aux besoins économiques des différents territoires.
L’évolution de la carte des formations, engagée dans le cadre de la réforme de la voie professionnelle, représente donc un enjeu majeur. Ce chantier a toutefois suscité des inquiétudes chez plusieurs organisations syndicales, notamment en raison des risques de fermeture de certaines filières ou de suppressions de postes.
Sabrina Roubache précise que cette transformation devra être encadrée par une nouvelle instruction interministérielle. Celle-ci aura vocation à définir les grands principes, la méthode de travail et les conditions dans lesquelles l’offre de formation pourra évoluer.
La ministre souhaite privilégier une démarche pluriannuelle. Il ne s’agit pas, selon elle, de modifier la carte des formations dans l’urgence, mais de planifier les évolutions, d’anticiper les besoins et de construire une stratégie durable.
Les régions devront être associées très en amont de cette démarche. Un travail approfondi est nécessaire afin de mieux cartographier les formations déjà proposées dans chaque territoire, d’identifier les besoins non couverts et de repérer les éventuels déséquilibres entre l’offre disponible et les débouchés professionnels.
Les branches professionnelles devront elles aussi être davantage intégrées à la réflexion. Leur participation doit permettre de s’assurer que les formations correspondent aux compétences réellement recherchées par les employeurs et d’éviter la création de cursus redondants ou insuffisamment connectés aux besoins locaux.
L’enjeu sera néanmoins de trouver un équilibre entre les attentes immédiates des entreprises et les projets des élèves. L’adaptation de la carte des formations ne devra pas uniquement répondre aux tensions de recrutement à court terme, mais également tenir compte des évolutions économiques, technologiques et sociales susceptibles de transformer durablement les métiers.
Faire des certificats de spécialisation de véritables diplômes du supérieur
Le renforcement de la professionnalisation des parcours passe également par une meilleure reconnaissance des certificats de spécialisation et par le développement des « colorations de diplômes ».
Les certificats de spécialisation sont des formations de niveau bac+1, généralement préparées en alternance. Ils permettent aux jeunes de compléter une première qualification par l’acquisition de compétences plus précises, directement liées à un secteur d’activité ou à un métier.
Sabrina Roubache estime que ces formations restent encore trop peu connues, alors qu’elles amélioreraient de 20 points le taux d’insertion professionnelle des jeunes qui les suivent.
La ministre souhaite donc que les certificats de spécialisation soient pleinement reconnus comme des diplômes de l’enseignement supérieur. Une telle évolution permettrait aux jeunes concernés de bénéficier du statut d’étudiant et des aides associées, notamment des bourses.
Le Snetaa-FO accueille favorablement cette perspective. Le statut d’étudiant offrirait en effet plusieurs avantages matériels et sociaux aux jeunes inscrits dans ces formations.
Les modalités précises de cette reconnaissance restent toutefois à déterminer. Pascal Vivier s’interroge notamment sur le futur positionnement de ces certificats, sur leur niveau de qualification et sur la possibilité de les considérer comme une année propédeutique préparant à la poursuite d’études.
Le contenu, la durée et l’articulation de ces diplômes avec les autres formations de l’enseignement supérieur devront donc être précisés. Cette évolution devra également permettre de garantir une reconnaissance claire des compétences acquises par les étudiants auprès des établissements et des employeurs.
Lancer un CNR consacré à l’attractivité de la voie professionnelle
En complément des trois priorités principales de sa feuille de route, Sabrina Roubache annonce son intention de créer un Conseil national de la refondation consacré à « l’attractivité de la voie professionnelle ».
La ministre reconnaît que le terme de CNR peut susciter des réticences, voire des oppositions de principe chez certains acteurs. Elle assure néanmoins que cette instance n’aura pas vocation à imposer des décisions déjà arrêtées.
Son objectif sera de permettre à l’ensemble des parties prenantes de s’exprimer, de faire apparaître clairement les points de désaccord et de construire collectivement des solutions sur le long terme. La démarche devra partir des réalités observées sur le terrain et des besoins exprimés par les établissements, les personnels, les élèves, les familles, les régions et les entreprises.
Le fonctionnement concret du futur CNR doit encore être défini. Les moyens mobilisés pour accompagner ses travaux, le calendrier des consultations et la manière dont les rectorats et les délégations académiques pourront soutenir les initiatives dans les territoires devront être précisés au cours des prochaines semaines.
La réussite de cette démarche dépendra notamment de sa capacité à produire des mesures concrètes et à associer réellement les différents acteurs de la voie professionnelle. Elle devra également contribuer à améliorer l’image de ces formations, encore trop souvent considérées comme des orientations choisies par défaut, alors qu’elles permettent d’accéder à de nombreux métiers et offrent de réelles possibilités de poursuite d’études.

SOURCE : AEFINFO

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