Psycho : des études exigeantes, loin des clichés

Parmi les formations les plus sollicitées sur Parcoursup, la licence de psychologie attire chaque année de nombreux lycéens. Pourtant, beaucoup ignorent encore la réalité des enseignements, le niveau d’exigence ou la diversité des débouchés. Décryptage d’un cursus bien plus scientifique et structuré qu’on ne l’imagine.
Les études de psychologie combinent sciences humaines et disciplines scientifiques, avec des enseignements en biologie ou encore en mathématiques appliquées aux statistiques.
Une orientation parfois choisie par défaut, puis confirmée
« Au lycée, je voulais m’orienter vers un métier du soin », raconte Juliette, 23 ans, aujourd’hui en master psychologie parcours prévention à l’Université Savoie Mont-Blanc. Elle envisageait alors les soins de support en oncologie ou la kinésithérapie. Après une première année en LAS (licence option santé), destinée à préparer les concours de médecine, elle décide finalement de poursuivre en psychologie.
« Avant d’entrer en LAS, je ne mesurais pas la diversité des domaines ni la richesse des approches théoriques. J’ai découvert tout cela progressivement. » Une révélation. Désormais, elle s’intéresse particulièrement à la lutte contre les violences et à la santé affective, relationnelle et sexuelle. Elle a effectué une année de césure au sein d’un planning familial et envisage aujourd’hui un avenir dans le milieu associatif ou hospitalier.
Une première année souvent déroutante
Beaucoup d’étudiants s’engagent en psychologie sans connaître précisément le contenu de la formation. « La psychologie n’est pas enseignée au lycée, rappelle Sonia Pellissier, maîtresse de conférences à l’USMB. Pour les étudiants, la première année est donc une véritable découverte. Et ils sont souvent surpris : on est loin de l’image du psychologue assis dans son fauteuil. La L1 est très scientifique. »
Les enseignements incluent notamment de la biologie, des statistiques, de la méthodologie de recherche ou encore l’élaboration de protocoles scientifiques. Une dimension parfois inattendue pour ceux qui imaginaient un cursus essentiellement littéraire.
« Je ne pensais pas que ce serait aussi scientifique, confirme Juliette. Mais cela me correspondait. C’est une formation exigeante : il faut être rigoureux, autonome, curieux, lire beaucoup et échanger en dehors de l’université pour élargir sa réflexion. »
Même constat à l’Université Grenoble Alpes (UGA), où Murielle Ntsame Sima, directrice du département de psychologie, insiste sur le profil attendu : « Les lycéens qui envisagent cette voie doivent être travailleurs, assidus et capables d’autonomie. C’est un parcours qui mêle sciences humaines et sciences dures. »
Psychologue : un titre strictement encadré
En France, il est impossible de s’improviser psychologue. L’exercice de la profession est réglementé et nécessite un diplôme d’État obtenu après cinq années d’études. « Un décret encadre l’usage du titre de psychologue », précise Damien Oudin Doglioni, responsable pédagogique de la première année de licence à l’UGA.
Pour exercer, il faut être titulaire d’une licence mention psychologie puis d’un master mention psychologie comprenant un mémoire de recherche et un stage professionnel d’au moins 500 heures. Attention toutefois : tous les masters en psychologie ne donnent pas automatiquement accès au titre, même si c’est le cas de la majorité d’entre eux.
L’expérience professionnelle encadrée est indispensable. « Il faut justifier d’un volume conséquent de pratique, accompagné par un professionnel », souligne Damien Oudin Doglioni.
Des spécialités variées et des débouchés multiples
La psychologie offre de nombreuses spécialisations : psychologie clinique, psychologie du travail, psychologie sociale, psychologie cognitive… Ces orientations se construisent principalement au niveau du master ou via des formations complémentaires.
Contrairement aux idées reçues, devenir psychologue ne signifie pas nécessairement ouvrir un cabinet libéral. Hôpitaux, cliniques, crèches, PMI, aide sociale à l’enfance, administrations ou établissements scolaires recrutent régulièrement. « En clinique, les étudiants sont souvent embauchés avant même la fin du M2. Il existe une vraie demande », assure Damien Oudin Doglioni.
À la dernière rentrée, l’UGA a enregistré 5 300 candidatures pour 414 places en première année. La sélection repose sur les résultats scolaires, les appréciations et la lettre de motivation. Aucun profil scientifique spécifique n’est exigé, mais l’implication et la motivation sont déterminantes. « Il faut être intéressé par l’humain au sens large, comme individu social », ajoute Annique Smeding, professeure en psychologie sociale à l’USMB.
Une sélection forte à l’entrée en master
La licence constitue une étape décisive, notamment pour l’admission en master, très sélective. « Nous accueillons environ 600 étudiants en L1, mais seulement entre 15 et 40 en master selon les parcours », précise Damien Oudin Doglioni. Le principal critère reste la moyenne obtenue en licence.
À Grenoble, environ la moitié des étudiants validant leur L3 accèdent à un master, parfois dans une autre université. Les autres peuvent se tourner vers des masters en sciences humaines, vers l’enseignement ou vers une licence professionnelle, notamment en ressources humaines.
En master, la spécialisation s’intensifie, avec plusieurs stages dès la première année. Certains choisissent ensuite d’entrer dans la vie active, d’autres poursuivent en doctorat.
Dans tous les cas, la formation continue est essentielle. « La psychologie est une discipline jeune et en constante évolution. Il faut se former tout au long de sa carrière », rappelle Annique Smeding.
À l’USMB, une spécialisation tournée vers l’intelligence artificielle
Depuis cinq ans, l’Université Savoie Mont-Blanc propose un master en ergonomie socio-cognitive des systèmes intelligents. Chaque année, une quinzaine d’étudiants s’y forment pour devenir spécialistes du comportement humain appliqué aux technologies et à l’intelligence artificielle.
« Nos diplômés ne sont pas destinés à exercer en libéral, mais à travailler sur l’interaction humain-machine », explique Sonia Pellissier. Ils interviennent notamment sur l’ergonomie d’interfaces numériques, aux côtés d’informaticiens ou de développeurs, afin d’intégrer une meilleure compréhension des comportements humains dans la conception d’outils d’IA.
Robots de compagnie, applications favorisant les compétences psychosociales ou outils destinés aux personnes présentant des troubles du spectre autistique : les champs d’application sont vastes.
Hugo, 29 ans, diplômé de ce master après un premier cursus en psychologie clinique, travaille aujourd’hui dans une start-up lyonnaise. Il conçoit des prompts pour l’IA, participe à l’amélioration des processus d’apprentissage et intervient sur le design utilisateur. « J’ai toujours été passionné par la technologie et par l’étude du comportement humain. L’IA se situe à la croisée des deux. Quand on choisit la psychologie, il ne faut pas se limiter au métier de psychologue : les débouchés sont bien plus larges. »

SOURCE : LE DAUPHINE

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