Selon l’OVE, 46 % des étudiants précaires ne mangent pas à leur faim

Près de la moitié des étudiants confrontés à la précarité déclarent ne pas manger à leur faim. C’est ce que révèle l’Observatoire national de la vie étudiante (OVE), qui a consacré une table ronde à ce sujet à la fin du mois de février.
Une précarité alimentaire qui touche de nombreux étudiants
Qui sont les étudiants qui rencontrent des difficultés pour se nourrir pour des raisons financières ? C’est à cette question qu’ont tenté de répondre les chercheuses Amélie Charruault et Anne-Cécile Caseau lors d’une table ronde organisée par l’OVE (Observatoire national de la vie étudiante) le 20 février 2026.
« L’alimentation est un poste de dépenses révélateur des difficultés financières, car contrairement au logement, elle est compressible et ajustable », explique Amélie Charruault.
Dans ce contexte, de nombreux étudiants confrontés à des difficultés économiques adaptent leurs habitudes alimentaires. Certains sautent des repas, tandis que d’autres réduisent la qualité ou la quantité de leur alimentation. Selon la dernière enquête de l’OVE intitulée « (Dé)chiffrer les conditions de vie étudiante », près d’un tiers des étudiants considèrent que leurs ressources financières sont insuffisantes. Parmi eux, plus de 39 % déclarent ne pas avoir suffisamment à manger et plus de 46 % sautent régulièrement des repas pour des raisons économiques.
Les publics les plus exposés sont notamment les étudiants étrangers ainsi que ceux qui bénéficient d’un soutien familial limité.
Des aides financières qui ne suffisent pas toujours
L’étude souligne également que le fait de bénéficier d’aides financières ne permet pas nécessairement de sortir de la précarité alimentaire. Ainsi, 17,4 % des étudiants boursiers déclarent ne pas manger suffisamment, contre 9,8 % parmi l’ensemble des étudiants. De plus, plus d’un quart des étudiants boursiers sautent des repas pour des raisons financières, contre 11,5 % des étudiants en moyenne.
Si les bourses du Crous (Centre régional des œuvres universitaires et scolaires) contribuent à réduire certaines inégalités sociales, elles ne suffisent pas à les corriger complètement. Charles Duportail, sous-directeur chargé de la réussite et de la vie étudiante au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, reconnaît d’ailleurs « les limites du système de redistribution ».
Depuis plusieurs années, une réforme du système de bourses est envisagée. Une première étape a été mise en place en 2023 avec la revalorisation des aides. Cependant, cette réforme n’a pas permis de corriger les effets de seuil. Concrètement, un étudiant peut perdre jusqu’à 900 euros de bourse annuelle si les revenus de ses parents augmentent d’un seul euro. Le second volet de la réforme, qui devait notamment atténuer ces effets de seuil, reste pour l’instant en suspens.
« Un tiers des boursiers disposent de moins de 150 euros par mois. Être boursier ne permet pas toujours de sortir de la précarité », souligne Charles Duportail. D’autres problématiques persistent, notamment la non-indexation des bourses sur l’évolution de l’inflation.
Le non-recours aux aides, un phénomène encore fréquent
Charles Duportail met également en lumière la complexité du système actuel. Le dispositif de bourses comporte en effet pas moins de 144 plafonds différents, ce qui rend difficile pour les étudiants d’anticiper leur éligibilité.
Cette complexité contribue à un phénomène de non-recours aux aides. Selon l’étude de l’OVE, un étudiant sur quatre déclare avoir eu besoin d’une aide alimentaire, mais seulement un sur dix y a effectivement eu recours.
Plusieurs obstacles peuvent expliquer cette situation. Certains étudiants manquent simplement de temps pour effectuer les démarches nécessaires. D’autres ne disposent pas des informations suffisantes pour savoir comment bénéficier de ces dispositifs.
À cela s’ajoutent des facteurs plus psychologiques, comme la crainte d’être stigmatisé ou le sentiment de ne pas être légitime pour demander de l’aide. « De nombreuses personnes ne perçoivent aucune aide alors qu’elles présentent les mêmes caractéristiques que celles qui en bénéficient », observe Anne-Cécile Caseau. Ces profils sont souvent des étudiants étrangers, boursiers, issus de milieux sociaux modestes ou ne recevant pas de soutien financier de leur famille.
La décohabitation, un facteur aggravant
La situation de logement constitue également un facteur déterminant dans la précarité alimentaire étudiante. « Ce sont les étudiants qui vivent seuls et les familles monoparentales qui rencontrent le plus de difficultés », précise Amélie Charruault.
Ainsi, 16,5 % des étudiants vivant seuls sans enfant et 30,6 % de ceux vivant seuls avec leurs enfants déclarent ne pas manger suffisamment. À l’inverse, vivre en couple ou rester chez ses parents permet généralement d’atténuer ces situations de précarité.
La décohabitation – c’est-à-dire le fait de quitter le domicile familial – s’accompagne souvent d’une augmentation des difficultés financières. Toutefois, les effets varient selon les situations individuelles. Par exemple, les étudiants qui peuvent retourner régulièrement chez leurs parents le week-end pour partager des repas sont moins touchés par ces difficultés.
Vers une généralisation du repas à un euro
Pour répondre en partie à ces situations de précarité alimentaire, la généralisation du repas à un euro dans les restaurants universitaires doit entrer en vigueur à partir de mai 2026. Cette mesure vise à permettre à tous les étudiants d’accéder à un repas complet à un prix très réduit.
Cependant, sa mise en œuvre soulève déjà plusieurs défis logistiques. « Nous observons une augmentation constante du nombre de repas depuis la période du Covid. Certains restaurants universitaires sont déjà à saturation », alerte Yann Charpentier, directeur de la restauration du Crous de Paris.
Les restaurants universitaires doivent faire face à plusieurs difficultés : le stockage des denrées alimentaires, l’allongement du temps d’attente pour les étudiants, le manque de places dans les espaces de restauration ou encore l’augmentation des coûts liés à la maintenance des équipements.
« Le repas à un euro répond à un besoin réel, mais la question est aussi de savoir comment diversifier les solutions pour y répondre », explique Yann Charpentier. Certaines expérimentations sont déjà en cours, notamment des formules proposées dans les cafétérias.
Au Crous de Paris Nation, par exemple, un dispositif baptisé « Crous and Go » est actuellement testé. Il permet aux étudiants de commander leur repas en ligne puis de le récupérer dans une station fixe, ce qui permet d’accueillir une centaine d’étudiants supplémentaires.
Le risque d’exclure les étudiants les plus précaires
Les Crous travaillent également avec les universités afin d’adapter l’organisation des temps d’étude. L’extension des plages de pause méridienne est notamment envisagée afin de mieux répartir l’affluence dans les restaurants universitaires.
Pour Bénédicte de Percin, sous-directrice de la vie étudiante au Cnous (Centre national des œuvres universitaires et scolaires), la généralisation du repas à un euro constitue une mesure importante. « Cette étude montre que la précarité alimentaire ne concerne pas uniquement les étudiants boursiers », rappelle-t-elle.
Cependant, ces ajustements restent indispensables pour éviter certains effets négatifs. « Le risque serait de perdre les étudiants les plus précaires, qui pourraient renoncer à venir à cause de files d’attente trop longues », prévient-elle.
Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et de l’Espace, Philippe Baptiste, a annoncé un budget de 50 millions d’euros pour financer le déploiement de cette mesure. Un premier bilan de cette généralisation devrait être réalisé à l’été 2027.

SOURCE : L'ÉTUDIANT

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