«Un avant et un après l'arrivée de l'IA» : comment les enseignants français s'adaptent en classe

Comme dans de nombreux pays, les lycéens français ont rapidement adopté les outils d’IA générative pour les devoirs. De leur côté, enseignants et personnels éducatifs observent certains effets notables sur l’apprentissage, et tentent de s’adapter.
Le 30 novembre 2022, OpenAI lançait ChatGPT, un agent conversationnel basé sur l’intelligence artificielle. Cinq jours plus tard, il comptait déjà un million d’utilisateurs. En janvier 2023, le chiffre atteignait 100 millions, un record pour une application grand public sur internet. Aujourd’hui, ChatGPT revendique près de 800 millions d’utilisateurs hebdomadaires, les jeunes générations étant particulièrement friandes : 90 % des élèves de seconde en France y ont recours pour leurs devoirs.
Si les études sur l’impact éducatif de l’IA restent limitées, les premiers résultats sont contrastés. En mai 2025, une étude chinoise publiée dans Nature montrait que les chatbots peuvent favoriser certains apprentissages lorsqu’ils sont utilisés à bon escient. Une étude slovène, un an plus tôt dans Applied Sciences, signalait que l’usage régulier de ChatGPT pour les devoirs réduisait la capacité des élèves à accomplir seuls des tâches similaires.
Une étude allemande de novembre 2024 dans Computers in Human Behavior a analysé l’utilisation des grands modèles de langage (LLM) pour remplacer les moteurs de recherche traditionnels. Conclusion : la charge cognitive diminue, mais la pertinence du raisonnement s’en trouve affectée.
«La littérature empirique sur les effets de l’IA en éducation est rare, note André Tricot, professeur de psychologie cognitive à l’université Paul-Valéry de Montpellier. Le temps de la recherche expérimentale est long et l’IA évolue très rapidement. Mesurer son impact sur l’attention des lycéens reste complexe.» Les enseignants constatent déjà des effets significatifs.
Un recours à l’IA pas toujours maîtrisé
«Il y a un avant et un après l’arrivée de l’IA. Cela se voit dans les devoirs et exposés préparés à la maison. On trouve des erreurs énormes et un style d’écriture qui ne correspond pas aux élèves», observe Jean-Rémi Girard, professeur de français à Asnières-sur-Seine et président du Snalc. Blandine Coudert, enseignante en histoire-géo à Tours, constate que certains élèves lisent un exposé généré par ChatGPT sans en comprendre tous les termes. «Mes questions deviennent un moyen de vérifier la compréhension et non le fond.»
«Il est possible d’en faire un usage intelligent. En utilisant ChatGPT après avoir réalisé eux-mêmes le travail, pour améliorer un texte, les élèves progressent», souligne André Tricot.
L’éducation nationale fixe un cadre d’utilisation
En juin 2025, l’Éducation nationale a publié son «cadre d’usage de l’IA» pour un usage responsable en éducation. Dès janvier 2026, tous les élèves du second degré auront accès à un parcours de sensibilisation à l’IA sur la plateforme PIX. Le programme, personnalisé selon le niveau de l’élève, abordera le fonctionnement de l’IA, le prompting et ses impacts environnementaux.
L’éducation à l’IA repose sur trois piliers : comprendre le fonctionnement des outils, développer un savoir-faire et interroger les dimensions éthiques, sociales et économiques. Bien utilisée, l’IA peut devenir un levier d’apprentissage.
Interroger ChatGPT, un réflexe pour les élèves
Pour beaucoup, l’usage de l’IA est devenu systématique. Le ministère de l’Éducation nationale note que «l’IA génère une illusion de compréhension et d’humanité, ce qui peut réduire l’esprit critique et la capacité à croiser les sources». Les élèves privilégient souvent des requêtes simplistes, au risque d’une dépendance passive.
Face à cette réalité, les enseignants adaptent leurs méthodes. En Estonie, 49 % des professeurs avaient modifié leurs pratiques dès juillet 2024, réduisant les devoirs et développant la pensée critique. Aux États-Unis, le MIT observe des résultats similaires. En France, 56 % des enseignants souhaitent être formés à l’IA, avec un plan national depuis la rentrée 2025, mais certains regrettent son efficacité limitée.
Vers une utilisation plus encadrée de l’IA à l’école
Le collectif Éducation numérique raisonnée recommande des mesures comme le droit à la déconnexion, un usage numérique comme objet d’enseignement et une approche critique de l’IA. Blandine Coudert note que le recours massif à ChatGPT freine certaines compétences : «Les élèves se découragent face aux textes longs et utilisent l’IA comme une béquille.»
Jean-Rémi Girard insiste : «Il est crucial que les élèves sachent agir sans ces outils, avec esprit critique.»
Une solution «made in France» pour accompagner les lycéens
Des initiatives émergent pour encadrer l’IA en classe. La start-up BiblioOnDemand a développé une IA éducative, déployée depuis l’automne 2025 dans les lycées publics de Nouvelle-Aquitaine et Bretagne. Son modèle, basé sur France 24, Radio France et RFI, fournit des réponses concises, adaptées au langage des lycéens, et cite systématiquement ses sources.
Pensée pour guider l’apprentissage, cette IA propose des axes et chemins pour les devoirs, sans les rédiger automatiquement. Les retours des enseignants sont positifs : l’outil est sécurisé et compatible avec les exigences pédagogiques.

SOURCE : Slate.fr

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