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ÉDUCATION
24
June 2026

Affelnet : dans les lycées parisiens, la mixité sociale avance malgré les résistances

Depuis la réforme d’Affelnet, la mixité sociale et scolaire s’est renforcée dans les lycées publics parisiens. Malgré des effets déjà visibles, certaines familles restent inquiètes et le rectorat prévoit de nouveaux ajustements pour la rentrée 2026.

Une réforme aux effets déjà mesurables

Mise en place il y a cinq ans, la réforme de la procédure Affelnet, qui organise l’affectation des collégiens parisiens dans les lycées publics, a produit un effet important sur la mixité sociale et scolaire. C’est ce que souligne Julien Grenet, directeur de recherche au CNRS et directeur adjoint de l’Institut des politiques publiques, qui avait déjà dressé un premier bilan il y a trois ans et prépare une nouvelle évaluation cette année.

Depuis la mise en œuvre de cette réforme, la ségrégation sociale et scolaire aurait reculé de près de 40 %. Le nombre d’élèves non affectés a également diminué. En 2023, seuls 1,8 % des élèves restaient sans affectation à l’issue du premier tour, contre 5,3 % en 2020.

Un fonctionnement fondé sur les vœux et le bonus social

Le principe d’Affelnet repose sur une liste de vœux formulée par chaque collégien. À Paris, les élèves indiquent les lycées souhaités parmi ceux auxquels leur collège est rattaché. L’affectation prend en compte les résultats scolaires, mais aussi un système de bonification lié à l’IPS, l’indice de position sociale du collège d’origine.

Ce bonus vise à favoriser les élèves venant d’établissements socialement moins favorisés ou moins réputés. L’objectif est de limiter la concentration des élèves les plus favorisés dans certains lycées très demandés, tout en permettant à des profils plus diversifiés d’accéder à ces établissements.

De nouveaux ajustements prévus pour 2026

Le rectorat a annoncé plusieurs évolutions pour la rentrée 2026. Emmanuel Garot, président de la Peep, estime que ces changements sont plus structurels que les ajustements précédents. Parmi les mesures prévues figure la suppression des paliers de cinq points dans les notes. Ils seront remplacés par une prise en compte plus précise de la moyenne des élèves.

Autre modification importante : les compétences transversales ne seront plus intégrées aux critères d’affectation. Ces compétences étaient contestées, notamment en raison de leur dimension jugée subjective. Elles sont par ailleurs supprimées au niveau national dans le cadre de l’évolution du brevet.

Le système de bonus IPS doit lui aussi être affiné. Il passera de trois à quatre tranches, afin de mieux prendre en compte les réalités sociales des établissements d’origine. Pour Julien Grenet, cette évolution va dans le bon sens, sans remettre en cause l’esprit général de la réforme.

Des inquiétudes persistantes chez les familles

Ces ajustements suffiront-ils à apaiser les tensions ? Depuis la réforme, certains lycées très demandés, comme Condorcet, Chaptal ou Charlemagne, sont devenus très difficiles d’accès pour les élèves ne bénéficiant pas d’un bonus IPS. Emmanuel Garot note que cette situation a nourri de fortes crispations chez certaines familles.

Les associations de parents d’élèves avaient d’ailleurs contesté l’an dernier une circulaire modifiant certains critères d’affectation devant le tribunal administratif. Derrière ces recours, c’est la perception d’un système moins lisible et moins prévisible qui alimente une partie des critiques.

Si la réforme a permis de resserrer les écarts entre les lycées, elle ne les a pas fait disparaître. Les établissements les plus sélectifs le sont un peu moins, tandis que les lycées historiquement moins demandés se sont améliorés. Cette évolution passe notamment par l’ouverture de classes à option ou par le renforcement de certaines offres pédagogiques.

Une demande de transparence plus forte

Malgré les progrès constatés, convaincre les familles les plus attachées à une affectation précise reste difficile. Pour Emmanuel Garot, l’idée d’amener des parents parisiens très exigeants à adopter une position plus neutre sur le lycée de leur enfant demeure très compliquée.

Julien Grenet identifie un autre enjeu majeur : rendre le barème plus transparent. Le fonctionnement d’Affelnet reste encore peu compréhensible pour de nombreuses familles. Cette opacité nourrit les inquiétudes, les stratégies d’évitement et le sentiment que certaines décisions sont difficiles à anticiper.

Dans ce système complexe, les changements prévus pour 2026 pourraient modifier certains équilibres sans que leurs effets soient faciles à prévoir. Pour Julien Grenet, l’un des facteurs susceptibles d’alléger la pression sur les lycées les plus demandés sera la baisse démographique, déjà visible au collège.

Une absence de fuite massive vers le privé

Dès les premiers bilans, la réforme n’a pas entraîné de départ massif des élèves du public vers le privé. Selon Julien Grenet, les flux sortants du public restent très faibles chaque année et demeurent inférieurs aux flux inverses.

Le chercheur observe toutefois une autre tendance : davantage de familles choisissent le privé dès le collège. Cette évolution ne semble pas directement liée à la réforme d’Affelnet, puisqu’elle aurait commencé avant sa mise en place. Elle devra cependant être confirmée ou nuancée par de nouvelles données.

La baisse démographique, elle, est presque entièrement absorbée par les établissements publics. Ces derniers doivent donc gérer à la fois une diminution du nombre d’élèves et une baisse des moyens, dans un contexte où l’effort de mixité repose principalement sur eux.

Des effets concrets dans les lycées

Au lycée Fénelon, établissement très coté, la réforme a déjà changé la composition sociale des élèves. Le taux de boursiers est passé de 14 % à 24 %. Cette évolution a modifié le climat de l’établissement et interroge les pratiques pédagogiques, comme l’explique Nicolas Bray, proviseur et secrétaire académique du SNPDEN, le syndicat national des personnels de direction de l’Éducation nationale.

Les premiers résultats au baccalauréat de la génération post-réforme semblent rassurants, avec 70 % de mentions « Bien » ou « Très bien ». Mais les difficultés apparaissent surtout en classe de seconde, où les réorientations sont plus nombreuses pour certains élèves arrivés grâce à la réforme.

Les écarts de parcours restent importants. En moyenne, les élèves boursiers passent beaucoup moins souvent en première générale que les autres élèves : 63 % contre 95 %. Certains arrivent à Fénelon après un échec au brevet et peuvent se sentir perdus dans un environnement scolaire très exigeant. Ils poursuivent alors plus souvent vers des filières technologiques ou professionnelles.

À l’inverse, les bons élèves issus de collèges moins cotés réussissent bien. Leur réussite semble davantage liée à leurs qualités scolaires individuelles qu’à la réputation de leur établissement d’origine.

Un accompagnement pédagogique encore à renforcer

Dans les lycées concernés, la réforme fait émerger un besoin de travail collectif. Les équipes doivent trouver des moyens d’aider les élèves les plus fragiles sans les stigmatiser. Au lycée Fénelon, un stage d’accueil a par exemple été proposé fin août pour consolider les bases en français et en mathématiques.

Mais ce dispositif n’a pas pleinement atteint son public cible. Selon Nicolas Bray, les élèves qui auraient le plus eu besoin de ce soutien ne sont pas forcément ceux qui y ont participé. Ce constat montre la difficulté d’identifier, d’accompagner et de mobiliser les élèves concernés sans créer d’étiquette.

Même dans un lycée prestigieux, il reste difficile de faire réussir certains profils d’élèves plus fragiles scolairement. Pour le proviseur, un bilan approfondi sera nécessaire. La question des moyens est centrale, car la réforme du bac et la multiplication des combinaisons d’options obligent déjà les établissements à redistribuer leurs ressources vers les classes de première et de terminale, parfois au détriment de la seconde.

Or, c’est précisément en seconde que certains élèves auraient besoin de renforts en mathématiques et en français. La réussite de la mixité ne dépend donc pas seulement de l’affectation, mais aussi de l’accompagnement mis en place une fois les élèves accueillis.

L’enseignement privé, principal angle mort de la réforme

Julien Grenet pointe plusieurs limites à la réforme actuelle. La première concerne l’enseignement privé, qui scolarise près de 40 % des élèves parisiens et ne fait pas partie de la procédure Affelnet. L’effort de mixité repose donc entièrement sur les lycées publics.

Cette situation crée un déséquilibre important. Tandis que le public doit organiser une répartition plus mixte des élèves, le privé conserve une liberté de recrutement qui peut aboutir, de fait, à une forme d’exclusion sociale.

Autre limite : la réforme intervient tard dans le parcours scolaire. La ségrégation sociale et scolaire se construit bien avant le lycée, dès le collège, voire dès l’école primaire. Une meilleure information des familles dès l’école élémentaire sur le fonctionnement du bonus IPS pourrait limiter les stratégies d’évitement de la carte scolaire.

Un modèle possible pour d’autres grandes villes

Pour Julien Grenet, l’expérience parisienne pourrait inspirer d’autres grandes villes confrontées à de fortes ségrégations sociales entre établissements. Nice, par exemple, pourrait bénéficier d’un système comparable.

Selon lui, le fait de relâcher la contrainte géographique tout en créant un bonus IPS peut produire des effets directs sur la mixité. L’outil existe déjà et serait techniquement simple à déployer ailleurs. Mais sa mise en place dépend avant tout d’une décision politique.

SOURCE : L'ÉTUDIANT

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