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ÉDUCATION
24
June 2026

Bac sous canicule : nuits blanches, migraines et inquiétudes pour les lycéens

Salles étouffantes, manque de ventilation, fatigue accumulée… En pleine vague de chaleur, plusieurs lycéens passent leurs épreuves du baccalauréat dans des conditions difficiles. En Seine-Saint-Denis, certains dénoncent une situation qui pèse sur leur concentration et ravive la question de l’égalité des chances.

Des épreuves passées dans une chaleur difficilement supportable

Au lycée Eugène Hénaff de Bagnolet, en Seine-Saint-Denis, plusieurs élèves de terminale ont passé leurs épreuves du baccalauréat dans des salles particulièrement chaudes. Le 17 juin, la température aurait atteint localement 32 °C dans certaines classes. Pour les candidats, ces conditions ont rendu l’examen encore plus éprouvant.

Lina, 18 ans, raconte avoir vécu cette journée comme une épreuve supplémentaire. Selon elle, les élèves souffrent directement de cette chaleur alors qu’ils jouent une partie importante de leur avenir. La lycéenne dit avoir eu le sentiment que leurs difficultés n’étaient pas réellement prises en compte.

Dans l’établissement, les conditions matérielles restent limitées face aux fortes températures. Peu de végétation, pas de climatisation, absence de rideaux thermiques : comme de nombreux lycées, le bâtiment n’est pas conçu pour affronter des épisodes de chaleur intense. Toutes les salles n’auraient pas non plus bénéficié de ventilateurs.

Des élèves fatigués et inquiets pour leurs résultats

Pour certains candidats, la chaleur a eu des conséquences directes sur leur état physique pendant les épreuves. Lina explique ne pas avoir réussi à dormir la nuit précédant son examen à cause de la température. Une fois en salle, elle se dit arrivée fatiguée, gênée par la chaleur et incapable de se concentrer pleinement sur son sujet.

La sensation d’inconfort a aussi pesé sur les gestes les plus simples. Elle raconte que son stylo lui glissait des doigts, signe d’un stress et d’une gêne physique qui se sont ajoutés à la pression habituelle du baccalauréat.

Une autre élève, qui préfère rester anonyme, évoque également des difficultés importantes. Déjà sujette aux migraines, elle affirme que ses maux de tête se sont intensifiés avec la chaleur. Pour ces lycéens, le problème ne se limite donc pas à une sensation désagréable : il peut réellement affecter leur capacité à composer dans de bonnes conditions.

Un établissement qui assure avoir pris des mesures

Du côté du lycée, la situation est présentée différemment. L’établissement affirme avoir mis des ventilateurs à disposition et indique que la chaleur n’a pas constitué un problème majeur pour les élèves.

Une CPE, qui a souhaité rester anonyme, explique que des ventilateurs avaient été achetés lors d’un précédent épisode de canicule et installés dans les salles. Elle précise aussi que les élèves de terminale avaient été placés dans les espaces les plus frais possibles et que l’infirmière scolaire était présente en cas de malaise ou de coup de chaud.

Ces explications ne suffisent toutefois pas à apaiser le ressenti de certains candidats. Pour eux, les mesures mises en place n’ont pas permis de garantir un environnement d’examen réellement adapté, notamment dans les salles les plus exposées à la chaleur.

Un manque d’anticipation dénoncé

Pour Ryad Rani, président de l’Union syndicale des lycéens, ces conditions d’examen ne sont pas acceptables. Il estime que le problème est connu depuis plusieurs années et que les épisodes de chaleur pendant les examens ne peuvent plus être considérés comme des événements exceptionnels.

Selon lui, le réchauffement climatique impose désormais une anticipation beaucoup plus forte. Les élèves subissent régulièrement des températures élevées pendant leurs épreuves, mais les réponses apportées restent trop limitées. Le syndicat dénonce donc un manque de préparation et demande des mesures plus structurées.

L’Union syndicale des lycéens souhaite notamment que toutes les épreuves, y compris les oraux, soient organisées le matin. Elle demande également que les centres d’examen soient réellement adaptés aux fortes chaleurs, avec des équipements et des normes permettant d’assurer des conditions de travail correctes.

Des épreuves de l’après-midi bientôt remises en question

Le gouvernement a déjà annoncé une évolution pour les prochaines sessions. À partir de l’année prochaine, les épreuves du baccalauréat ne devraient plus se tenir l’après-midi. Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a reconnu qu’il n’était plus possible d’organiser des examens en mai ou en juin entre 14 heures et 18 heures, en raison des températures de plus en plus élevées.

Cette annonce marque une première réponse à la multiplication des vagues de chaleur. Elle ne règle toutefois pas la situation des lycéens qui passent actuellement leurs examens. Pour eux, les épreuves ne sont pas terminées et les oraux doivent encore se poursuivre jusqu’au 1er juillet.

À Bagnolet, les températures annoncées inquiètent fortement les candidats. Lina doit encore passer un oral à 13 heures et redoute de ne pas réussir à se concentrer. Elle craint que la chaleur ne compromette sa prestation et, par conséquent, ses résultats.

Une question d’égalité des chances

Au-delà de l’inconfort immédiat, ces épisodes de chaleur posent une question plus large : celle de l’égalité des chances entre les candidats. Tous les élèves ne révisent pas dans les mêmes conditions, ne dorment pas dans les mêmes logements et ne passent pas leurs examens dans des établissements équipés de la même manière.

Les fortes chaleurs accentuent ces différences. Certains lycéens vivent dans des logements mal isolés, où le repos devient difficile pendant les nuits chaudes. D’autres passent leurs épreuves dans des salles mieux ventilées, plus ombragées ou mieux adaptées. Cette disparité peut avoir un impact concret sur la fatigue, la concentration et la performance scolaire.

La paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte a également dénoncé le manque d’anticipation de l’État face aux canicules. Selon elle, les réactions interviennent trop souvent au dernier moment, alors que les élèves sont déjà confrontés à des conditions difficiles.

Des établissements inégalement préparés

L’état des bâtiments scolaires accentue aussi les écarts. Certains lycées, notamment dans les secteurs les mieux dotés, peuvent adapter plus facilement leurs locaux aux températures extrêmes. Ils disposent parfois de moyens supplémentaires, de bâtiments mieux entretenus ou d’équipements plus efficaces.

À l’inverse, dans d’autres territoires, notamment en banlieue, les établissements peuvent être plus vétustes et moins adaptés aux vagues de chaleur. En Île-de-France, près de 30 % des lycées seraient en très mauvais état, ce qui limite leur capacité à protéger les élèves lors des épisodes caniculaires.

Pour Ryad Rani, cette situation est préoccupante. Les élèves d’aujourd’hui subissent déjà les conséquences du manque d’adaptation des établissements scolaires. Mais la question devient encore plus urgente pour les générations suivantes, qui devront passer leurs examens dans un contexte climatique de plus en plus contraignant.

Un enjeu durable pour l’école

La canicule pendant les examens n’est plus un simple incident ponctuel. Elle révèle la nécessité d’adapter durablement l’organisation scolaire, les calendriers d’épreuves et les bâtiments aux nouvelles réalités climatiques.

Décaler les horaires, renforcer les équipements, rénover les locaux et mieux anticiper les pics de chaleur deviennent des enjeux majeurs pour garantir des conditions d’examen équitables. Pour les lycéens, il ne s’agit pas seulement de confort, mais de pouvoir composer dans des conditions compatibles avec l’importance du baccalauréat.

Alors que les vagues de chaleur devraient se multiplier, l’école devra trouver des réponses rapides et durables. Sans adaptation, les examens risquent de devenir chaque année plus difficiles à supporter pour les élèves les plus exposés.

SOURCE : REPORTERRE

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