Carte scolaire : les 18 départements pilotes doivent rendre leurs premières prévisions pluriannuelles

La baisse démographique attendue dans les dix prochaines années et ses conséquences sur la carte scolaire et l’aménagement du territoire prennent une place croissante dans les réflexions du ministère de l’Éducation nationale. L’expérimentation menée depuis quelques mois dans 18 départements doit désormais être généralisée afin de construire une carte scolaire plus concertée et pluriannuelle. Si la démarche demande beaucoup de temps, les premiers retours semblent positifs. Le ministère attend les premières prévisions à trois et cinq ans pour la mi-octobre.
À peine lancée, l’expérimentation sur l’élaboration pluriannuelle de la carte scolaire doit déjà être généralisée. Les 18 premiers départements pilotes avaient été désignés à la fin du mois d’avril 2026.
Lors de sa conférence de presse de rentrée du 25 août, le ministre de l’Éducation nationale a estimé que les premiers retours confirmaient l’intérêt de la méthode.
L’objectif est d’anticiper la baisse du nombre d’élèves et de construire des scénarios de carte scolaire sur plusieurs années afin de ne plus subir chaque printemps les fermetures de classes. Le pilotage du dispositif est assuré conjointement par le Dasen et le préfet.
Une préoccupation désormais partagée avec les élus
Certaines collectivités commencent déjà à adapter leurs projets d’investissement aux nouvelles projections démographiques.
Le département de l’Isère a par exemple suspendu deux projets de restructuration de collèges, dans l’attente d’une vision plus précise de l’évolution des effectifs et des ouvertures ou fermetures de classes à venir.
Les projections font état d’une baisse de près de 3 000 collégiens à l’horizon 2035, soit l’équivalent d’une centaine de classes.
Dans le Rhône, le député Cyrille Isaac-Sibille appelle également à anticiper cette évolution en associant enseignants, parents d’élèves, élus et services de l’Éducation nationale.
Les premiers départements expérimentateurs ont déjà transmis leurs demandes budgétaires pour 2027 et doivent désormais faire remonter au ministère, d’ici mi-octobre, leurs premières évaluations pluriannuelles à trois et cinq ans.
Les acteurs interrogés jugent la démarche pertinente, même s’ils soulignent qu’elle est particulièrement chronophage.
Dans le Cantal, plus de 60 % des maires déjà rencontrés
Le Cantal fait partie des départements précurseurs. Depuis 2023, un dialogue régulier entre l’État, les élus et les collectivités est organisé dans le cadre de l’Observatoire départemental des dynamiques rurales.
L’académie de Clermont-Ferrand pourrait perdre 20 000 élèves d’ici 2035, soit 18,6 % de ses effectifs.
Le travail mené a notamment permis d’identifier les écoles à préserver pour des raisons géographiques, les secteurs nécessitant une évolution progressive de l’organisation scolaire et de partager les projections démographiques avec les élus.
Plus de 60 % des maires du département ont été rencontrés entre mai et juillet 2026.
Parmi les actions déjà engagées figurent la création d’un troisième territoire éducatif rural, le développement d’écoles du socle et l’accompagnement de regroupements pédagogiques construits avec les communes.
Grenoble s’appuie sur ses réseaux territoriaux d’éducation
Dans la Drôme, également concernée par l’expérimentation, les premières rencontres territoriales ont permis de faire émerger plusieurs pistes autour de la petite enfance, de l’accueil périscolaire et de l’accompagnement des élèves à besoins éducatifs particuliers.
La démarche s’est pour l’instant concentrée sur le premier degré, mais doit rapidement être étendue aux collèges et aux lycées.
L’académie de Grenoble dispose déjà de 43 réseaux territoriaux de l’éducation, qui réunissent notamment un inspecteur de l’Éducation nationale, un inspecteur de l’enseignement technique et un personnel de direction.
Pour le rectorat, ces réseaux constituent un outil déjà adapté pour coordonner les différents acteurs et organiser la concertation autour de la carte scolaire pluriannuelle.
Les Hautes-Alpes organisées en onze territoires
Dans les Hautes-Alpes, où une baisse de 10 à 15 % du nombre d’élèves est attendue dans les dix prochaines années, le département a été découpé en onze territoires correspondant à des communautés de communes ou à des secteurs de recrutement de collèges.
Chaque territoire doit se réunir d’ici la fin septembre.
Ces travaux doivent aboutir à des projections d’effectifs à cinq et dix ans, jusqu’au niveau des établissements.
Le Dasen souligne là encore le caractère très chronophage de la démarche, mais juge la méthode adaptée à un département rural et montagneux comme les Hautes-Alpes.
Les autres départements de l’académie d’Aix-Marseille devront à leur tour mettre en œuvre cette organisation à partir de janvier 2027.
Dans la Manche, la réindustrialisation change les besoins
La Manche présente une situation particulière.
Le département devrait enregistrer d’ici 2031 une baisse de 6,7 % des effectifs dans le premier degré public et de 9,3 % au collège.
Dans le même temps, plusieurs grands projets industriels liés notamment à l’énergie et au nucléaire doivent créer de nombreux emplois.
Orano, EDF et Naval Group prévoient par exemple environ 6 000 recrutements d’ici 2034.
Dans ce contexte, l’offre scolaire devient un élément important de l’aménagement du territoire.
Le rectorat souhaite donc s’appuyer sur l’Observatoire des dynamiques rurales et territoriales afin d’anticiper l’évolution de la carte scolaire. Une feuille de route couvrant la période 2027-2031 doit être présentée en décembre.
Un appel à manifestation d’intérêt en Loire-Atlantique
En Loire-Atlantique, neuf réunions territoriales ont été organisées par la DSDEN et la préfecture entre la fin juin et le début juillet.
Environ 75 % des communes y ont participé.
À la suite de ces rencontres, un appel à manifestation d’intérêt a été lancé auprès des communes afin de leur proposer un accompagnement personnalisé dans l’analyse de leur territoire et la construction de réponses adaptées.
Un séminaire destiné aux inspecteurs de l’Éducation nationale doit également être organisé en octobre.
L’enseignement catholique, qui accueille 35 % des élèves du premier degré en Loire-Atlantique, doit être associé à la réflexion.
Le directeur diocésain de l’enseignement catholique regrette néanmoins de ne pas avoir été invité aux premières réunions territoriales, estimant que la réflexion doit porter sur l’ensemble des élèves d’un territoire, indépendamment de leur appartenance au public ou au privé.
La démarche porte d’abord sur le premier degré, tout en associant le département pour les collèges et la région pour les transports scolaires. Elle doit également prendre en compte des questions comme la qualité des bâtiments, les horaires ou encore les déplacements des élèves.

SOURCE : AEFINFO

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