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ÉDUCATION
15
September 2026

Comment comprendre la baisse en lecture des élèves français au test Pisa ? Les pistes des experts

« L’ampleur de la baisse nous a surpris », reconnaît Éric Charbonnier, analyste à l’OCDE, après la publication des résultats Pisa, qui montrent une perte de 44 points en lecture sur dix ans en France. Pour Ariane Baye, membre du Csen, le manque d’attention, d’engagement et d’effort des élèves peut notamment expliquer cette diminution, en particulier chez les élèves issus de milieux favorisés. Éric Charbonnier évoque également une légère réduction des inégalités. De son côté, le sociologue Claude Poissenot estime que la lecture est devenue « moins rentable scolairement » et invite à limiter les injonctions adressées aux adolescents.

« C’est la chute la plus importante jamais constatée entre deux cycles », alerte Mathias Cormann, secrétaire général de l’OCDE, lors de la présentation des résultats Pisa le 8 septembre 2026.

Entre 2022 et 2025, les pays membres de l’OCDE ont perdu en moyenne 14 points en compréhension de l’écrit, contre 18 points pour la France.

La baisse apparaît encore plus importante sur dix ans. Depuis 2015, la moyenne des pays de l’OCDE est passée de 489 à 461 points en compréhension de l’écrit, soit une diminution de 28 points.

Cette évolution est largement partagée puisque, entre 2018 et 2025, les résultats en compréhension de l’écrit ont diminué dans les trois quarts des systèmes éducatifs disposant de données comparables.

Face à ces résultats, les experts interrogés s’accordent sur un constat : il reste difficile d’identifier précisément les causes de cette baisse. Plusieurs hypothèses peuvent être avancées, certaines étant directement liées au système éducatif et d’autres à des évolutions plus générales de la société.

Une ampleur qui a surpris les experts

Sur le long terme, la baisse des résultats en compréhension de l’écrit se distingue de celle observée en mathématiques.

Ariane Baye, professeure en sciences de l’éducation à l’université de Liège, membre du Csen et responsable du programme Pisa pour la Belgique francophone, souligne qu’il ne s’agit pas d’une chute aussi brutale que celle constatée en mathématiques à partir de 2022, notamment après la crise du Covid-19.

En lecture, la baisse avait commencé bien avant la pandémie.

Éric Charbonnier indique ainsi que cette tendance était déjà observée depuis 2012.

L’OCDE s’attendait donc à constater une nouvelle diminution des résultats, mais son ampleur a surpris les analystes.

Pour Éric Charbonnier, ces résultats doivent désormais conduire à ouvrir une réflexion plus approfondie sur les causes de cette évolution.

La question de l’effort et de l’engagement des élèves

Plusieurs facteurs peuvent être avancés pour expliquer cette situation, mais aucun ne suffit à lui seul, insiste Ariane Baye.

Selon elle, il faut considérer un ensemble de facteurs convergents, parmi lesquels figurent notamment l’effort et l’engagement des élèves.

Lorsqu’on leur demande d’évaluer, sur une échelle de 1 à 10, les efforts qu’ils consacrent au programme, les indicateurs montrent une diminution par rapport aux précédentes éditions de Pisa.

Cette évolution apparaît également dans d’autres données relatives à la persévérance scolaire.

Les élèves déclarent moins souvent qu’auparavant avoir l’habitude d’aller jusqu’au bout des tâches qui leur sont demandées dans le cadre scolaire.

L’OCDE relève aussi des difficultés liées à l’attention.

En lecture, les résultats se dégradent notamment sur les textes les plus longs et sur les exercices demandant de réaliser des tâches plus complexes.

La lecture demande du temps

L’OCDE constate également une augmentation importante du nombre de « lecteurs pressés », c’est-à-dire des élèves qui parcourent rapidement les textes avant de donner des réponses rapides mais incorrectes.

Cette proportion a presque doublé depuis 2018.

En France, elle est passée de 3,8 % à 9 % des élèves, précise Éric Charbonnier.

La tendance est comparable dans les autres pays de l’OCDE, où cette proportion est passée en moyenne de 4,5 % à 8,9 %.

Pour le sociologue Claude Poissenot, enseignant-chercheur à l’université de Lorraine, cette évolution doit être mise en perspective avec les caractéristiques propres à la lecture.

Lire nécessite en effet du temps, notamment pour entrer dans une histoire ou suivre un récit long.

Dans une société marquée par le numérique et l’audiovisuel, les modes d’accès aux récits, à la fiction et à l’information ont profondément évolué.

Les œuvres longues, notamment les grands romans comportant de nombreuses descriptions, nécessitent un engagement et une attention importants.

Claude Poissenot rappelle que la lecture, autrefois en position dominante parmi les pratiques culturelles, se retrouve désormais davantage confrontée à l’image et au retour de l’oralité.

Les élèves favorisés perdent 52 points en dix ans

La baisse constatée sur les exercices longs et complexes pourrait également contribuer à expliquer les résultats des élèves issus de milieux favorisés.

En France, filles et garçons confondus, ces élèves ont perdu 52 points en lecture en dix ans, contre 21 points pour ceux issus des milieux les plus défavorisés, détaille Éric Charbonnier.

Ariane Baye avance une piste d’explication.

Selon elle, les élèves de milieux défavorisés s’engageaient déjà moins dans les tâches complexes et longues et obtenaient donc moins de points sur ces exercices.

Les élèves issus de milieux favorisés y répondaient davantage auparavant.

La forte baisse de leurs résultats pourrait ainsi être liée à une diminution de leur investissement dans les tâches nécessitant le plus de temps, d’attention et de réflexion.

Une baisse qui pourrait aussi traduire moins d’inégalités

Éric Charbonnier avance une autre hypothèse pour expliquer la différence d’évolution entre les élèves favorisés et défavorisés : une légère diminution des inégalités scolaires.

Il estime que différents efforts ont été engagés en direction des élèves issus de milieux défavorisés, notamment à travers les dispositifs d’aide aux devoirs.

Il reste néanmoins difficile de mesurer précisément les effets des différentes politiques mises en place.

L’analyste de l’OCDE regrette notamment le manque d’évaluation de certains dispositifs éducatifs en France.

Il cite l’exemple du quart d’heure de lecture, qui a été généralisé dans de nombreux établissements.

Il est aujourd’hui difficile, selon lui, de savoir précisément si ce dispositif est toujours appliqué partout et s’il a permis d’améliorer les performances des élèves.

Il déplore ainsi une tendance à mettre en place de nouveaux dispositifs sans toujours mesurer ensuite leurs effets.

La lecture est-elle encore rentable scolairement ?

D’autres facteurs peuvent également expliquer la baisse observée, notamment concernant les choix d’études.

Claude Poissenot s’interroge ainsi sur la place de la lecture dans les stratégies scolaires, notamment chez les garçons issus de milieux favorisés.

Selon lui, certains élèves peuvent considérer qu’un investissement important dans la lecture est moins utile pour leur parcours scolaire et professionnel que d’autres compétences.

Le sociologue rappelle notamment que les classes préparatoires aux grandes écoles littéraires ont connu une diminution de leurs effectifs.

L’accès au numérique peut également constituer une piste pour comprendre l’évolution des pratiques chez certains adolescents de milieux favorisés.

Ces jeunes sont généralement bien équipés matériellement, mais Claude Poissenot avance également une autre explication liée à l’adolescence et à la recherche d’autonomie.

La transgression peut être un moyen de s’affirmer face aux parents.

Chez certains jeunes issus de familles dans lesquelles la lecture occupe traditionnellement une place importante, abandonner cette pratique peut alors devenir une manière de s’éloigner de cet héritage culturel.

Éviter de multiplier les injonctions à lire

Sur la question de la manière d’amener davantage de jeunes vers la lecture, Claude Poissenot appelle à la prudence concernant les injonctions venant des parents ou de l’institution scolaire.

Selon lui, celles-ci peuvent parfois produire l’effet inverse de celui recherché.

Les adolescents peuvent avoir des difficultés à trouver un sens personnel à la pratique de la lecture lorsqu’elle leur est constamment présentée comme une obligation.

Le sociologue souligne que cette logique est moins présente dans d’autres pratiques culturelles comme les jeux vidéo, les films ou la musique.

Il estime donc nécessaire d’adopter une approche plus subtile afin d’encourager la lecture.

Sans remettre en cause l’intérêt des discours valorisant cette pratique, Claude Poissenot considère qu’il faut également laisser aux jeunes une certaine liberté pour entrer eux-mêmes dans la lecture.

La prudence reste nécessaire face aux résultats

Quelle que soit l’hypothèse avancée, Claude Poissenot invite à rester prudent dans l’interprétation des résultats.

Le rapport à la lecture dépend également de la place symbolique qu’elle occupe dans la société.

Les discours encourageant les jeunes à lire davantage sont nombreux, mais ils ne reflètent pas forcément les pratiques réelles de l’ensemble de la population.

Le sociologue rappelle que la diminution de la lecture concerne également les adultes, parfois autant voire davantage que les jeunes.

Les pratiques des adolescents pourraient ainsi en partie suivre une évolution générale de la société.

Cette hypothèse rejoint également la question de l’accompagnement scolaire assuré par les parents, qui serait lui aussi en diminution.

Si les adultes accordent eux-mêmes moins de temps ou d’intérêt à la lecture, cela peut contribuer à créer un environnement globalement moins favorable à cette pratique chez les adolescents.

SOURCE : AEFINFO

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