Enseignement catholique : le Sgec vise « 80 % d’une génération engagée dans une voie professionnalisante »

Face au recul de la démographie scolaire, l’enseignement catholique souhaite s’appuyer sur le modèle de la voie professionnelle pour imaginer de nouvelles organisations. Lors de sa conférence de presse de rentrée du 10 septembre 2026, Guillaume Prévost, secrétaire général du Sgec, a appelé à poursuivre le développement de l’apprentissage avec l’ambition d’atteindre « 80 % d’une génération dans une voie professionnalisante d’ici dix ans ». Il défend également une plus grande « responsabilité éducative des entreprises ». Concernant l’expérimentation menée par le ministère de l’Éducation nationale pour anticiper la baisse démographique, il soutient la démarche tout en demandant que l’enseignement privé soit pleinement associé aux réflexions.
La voie professionnelle représente aujourd’hui 40 % des apprenants de l’enseignement catholique et ses effectifs progressent de 2 % chaque année depuis 2020, souligne Guillaume Prévost lors de la conférence de presse de rentrée du Sgec, organisée le 10 septembre 2026.
À l’approche de la prochaine campagne présidentielle, le secrétaire général estime qu’il serait nécessaire de davantage prendre en considération les résultats et les perspectives offertes par les formations professionnelles, ainsi que leur contribution possible à l’évolution du système éducatif français.
Cette dynamique intervient alors que le Sgec prévoit une diminution continue de 2 à 3 % de ses effectifs chaque année à l’échelle de l’ensemble du réseau des établissements privés catholiques. Dans ce contexte, Guillaume Prévost insiste sur la capacité de la voie professionnelle à répondre aux attentes des jeunes et de leurs familles.
Ne pas opposer statut scolaire et apprentissage
Face à la diminution annoncée du nombre d’élèves, Guillaume Prévost souhaite s’inspirer du fonctionnement de la voie professionnelle afin d’imaginer de nouveaux modèles de formation. Il évoque notamment la possibilité de développer davantage les formations dans l’enseignement supérieur, y compris dans les territoires ruraux où les jeunes disposent parfois de moins de possibilités de poursuite d’études.
Concernant le parcours des lycéens professionnels, le secrétaire général du Sgec met également en avant la possibilité d’effectuer des allers-retours entre des formations directement tournées vers l’insertion professionnelle et la poursuite d’études.
Selon lui, intégrer une voie professionnelle ne signifie plus nécessairement s’engager dans un parcours court. De nombreux jeunes poursuivent désormais leurs études jusqu’à bac+3, voire jusqu’à bac+5.
L’offre de formations professionnelles proposée par l’enseignement catholique s’est d’ailleurs considérablement diversifiée. Elle comprend aujourd’hui environ 250 formations, allant du CAP au bac+3. Par ailleurs, 60 % des établissements du réseau proposent au moins une formation professionnelle comprise entre bac-3 et bac+3, sous statut scolaire ou dans le cadre de l’apprentissage.
Guillaume Prévost refuse ainsi d’opposer ces deux modalités de formation. Selon lui, pouvoir choisir entre statut scolaire et apprentissage permet d’adapter progressivement le parcours au degré d’autonomie et d’indépendance de chaque jeune.
L’apprentissage constitue notamment un dispositif particulièrement efficace en matière d’insertion professionnelle, tout en demandant une importante capacité d’adaptation puisqu’un apprenti est également salarié et lié à une entreprise par un contrat de travail.
Le Sgec souhaite donc poursuivre l’enrichissement de son offre de formation et affiche une ambition importante : parvenir à cinq millions d’apprentis et faire en sorte que 80 % d’une génération puisse suivre une voie professionnalisante d’ici une dizaine d’années.
Dans cette logique, Guillaume Prévost se positionne contre la suppression de certaines filières professionnelles tertiaires. Il souhaite au contraire leur redonner toute leur place à travers des pédagogies davantage fondées sur des projets différenciés.
L’objectif serait notamment de permettre à des jeunes moins à l’aise avec un enseignement académique traditionnel de pouvoir envisager sereinement, dès la classe de seconde, une poursuite d’études dans le supérieur.
Préserver le développement de l’apprentissage
Sur la question du financement de l’apprentissage, dont la baisse pourrait se poursuivre dans le cadre du projet de loi de finances pour 2027, Guillaume Prévost appelle à préserver la dynamique engagée ces dernières années.
Selon lui, il est essentiel de ne pas remettre en cause la progression de l’apprentissage, qui répond directement à une partie des attentes des jeunes et de leurs familles en matière de formation et d’insertion professionnelle.
Le secrétaire général reconnaît néanmoins que le développement de l’apprentissage représente un coût important pour les finances publiques et qu’il implique nécessairement de réaliser certains arbitrages.
Il estime ainsi nécessaire de mieux encadrer les éventuels effets d’aubaine générés par certains dispositifs de financement, tout en réaffirmant une exigence forte concernant la qualité des formations proposées aux apprentis.
Renforcer la responsabilité éducative des entreprises
Si le Sgec souligne l’utilité sociale des établissements professionnels et leur capacité à répondre aux besoins de la société, il souhaite également dépasser l’opposition souvent faite entre le système scolaire et le reste du monde économique et social.
Guillaume Prévost considère notamment que l’ensemble des responsabilités éducatives ne peuvent pas reposer uniquement sur les établissements scolaires et les personnels de l’Éducation nationale.
Le Sgec défend ainsi le développement, dans les prochaines années, d’une véritable responsabilité éducative des entreprises, pensée sur un modèle comparable aux démarches de responsabilité sociale et environnementale déjà intégrées dans de nombreuses organisations.
Pour Guillaume Prévost, les entreprises souhaitent de plus en plus collaborer avec les établissements scolaires, notamment parce qu’elles rencontrent elles-mêmes des difficultés à recruter sur certains métiers en tension.
Il considère donc qu’elles doivent pouvoir trouver une place mieux définie dans le système éducatif, tout en respectant le rôle et les missions spécifiques de l’école.
Le Sgec souhaite également sortir d’une opposition culturelle entre le monde de l’entreprise et celui de l’enseignement. Pour son secrétaire général, c’est en rapprochant les exigences académiques des besoins réels du monde économique que les parcours des jeunes pourront être construits de manière plus cohérente.
La voie professionnelle peut aussi, selon lui, constituer un levier en faveur de l’égalité entre les filles et les garçons.
Elle peut notamment encourager davantage de jeunes femmes à rejoindre des secteurs industriels ou techniques proposant des niveaux de rémunération intéressants et leur permettant d’accéder plus rapidement à une certaine autonomie financière et professionnelle.
Faire découvrir les métiers manuels dès le collège
Pour renforcer l’attractivité de la voie professionnelle, le Sgec souhaite également développer la découverte des métiers et des gestes professionnels dès le collège.
L’organisation s’appuie notamment sur des partenariats avec différentes associations, dont Une Voix pour Tous, afin de permettre aux collégiens de mieux découvrir la diversité des métiers manuels et techniques.
Au cours des deux dernières années, plusieurs expérimentations intitulées « Découvre ton potentiel au collège » ont ainsi été mises en œuvre.
Ces dispositifs permettent aux élèves de se familiariser avec différents métiers, notamment à travers des mises en situation et des découvertes concrètes des gestes professionnels.
Une trentaine de dispositifs sont aujourd’hui déployés. Le Sgec souhaite accélérer leur développement pour atteindre environ 300 dispositifs dans les deux prochaines années.
L’objectif est notamment de permettre aux jeunes de découvrir plus tôt des métiers qu’ils connaissent parfois peu et de mieux valoriser les parcours professionnels dès le collège, sans les présenter uniquement comme une orientation choisie par défaut.
Développer la formation continue et les reconversions professionnelles
Le Sgec encourage parallèlement les établissements professionnels privés à investir davantage le champ de la formation tout au long de la vie.
Pour Guillaume Prévost, ces établissements peuvent notamment jouer un rôle important dans les projets de reconversion professionnelle des adultes, en développant de nouveaux partenariats avec les opérateurs de compétences, les Opco.
Le Sgec annonce également le lancement d’un observatoire des métiers en collaboration avec ces organismes.
Cet outil doit permettre de mieux identifier les évolutions des métiers, les besoins des différentes filières professionnelles et les compétences qui devront être développées dans le cadre de la formation continue.
L’enseignement professionnel est ainsi présenté non seulement comme un outil d’insertion des jeunes, mais également comme un levier de réindustrialisation, de compétitivité économique et de dynamisation des territoires.
Carte scolaire : apprendre à mieux travailler ensemble
Interrogé sur l’expérimentation lancée par le ministère de l’Éducation nationale afin d’anticiper les conséquences de la baisse démographique, Guillaume Prévost juge la démarche pertinente, à condition qu’elle n’entraîne pas une mise en concurrence systématique entre enseignement public et enseignement privé.
Avec la diminution du nombre d’élèves, le secrétaire général du Sgec craint notamment que l’enseignement catholique puisse être davantage considéré comme un concurrent du secteur public, alors qu’il souhaite au contraire défendre une logique de partenariat au service des jeunes.
Cette démarche suppose également, selon lui, de renforcer la qualité du dialogue entre l’enseignement catholique et le ministère de l’Éducation nationale.
Les organisations représentant les chefs d’établissement devront notamment être pleinement associées aux réflexions portant sur l’évolution du maillage territorial des établissements.
Guillaume Prévost insiste particulièrement sur la nécessité de préserver une offre scolaire dans les territoires ruraux, où l’enseignement catholique occupe une place importante et travaille régulièrement en lien avec les collectivités territoriales et les élus locaux.
À plus long terme, il estime également que les établissements privés sous contrat devront apprendre à collaborer davantage avec l’enseignement public.
Dans certaines communes confrontées à une importante baisse des effectifs, maintenir simultanément une petite école publique et une petite école privée pourrait ainsi devenir difficilement soutenable. Une réflexion commune sur l’organisation de l’offre scolaire devra donc être engagée.
Enfin, interrogé sur le questionnaire consacré aux violences scolaires proposé aux élèves par le ministère, le Sgec se montre favorable à son déploiement.
Il demande néanmoins que les personnels éducatifs soient étroitement associés à sa mise en œuvre, notamment concernant leur formation, l’analyse des données recueillies et le dialogue à mener ensuite avec les familles.
Sans cet accompagnement, Guillaume Prévost alerte sur le risque de voir apparaître un climat de suspicion généralisée envers les personnels éducatifs, qui pourrait nuire à la relation de confiance nécessaire au fonctionnement des établissements.

SOURCE : AEFINFO

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