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ÉDUCATION
2
July 2026

IA à l'école : équipement, usages pédagogiques, formation... les priorités clés du rapport parlementaire

Les outils d’intelligence artificielle ne pourront produire des effets positifs que si leur usage est pleinement pensé par et avec les enseignants, estime la députée Céline Calvez lors de la présentation du rapport parlementaire consacré à la création, la diffusion et l’acquisition des connaissances, adopté le 1er juillet 2026. La mission d’information recommande une acculturation plus précoce des élèves à l’IA, ainsi qu’une formation plus large et plus régulière de l’ensemble des personnels. Elle préconise également la création d’un référentiel de l’équipement en IA et appelle à clarifier les compétences des différents acteurs impliqués.

Ce rapport se veut une invitation à s’emparer de l’intelligence artificielle, mais surtout à mieux la maîtriser, explique Céline Calvez, députée EPR des Hauts-de-Seine et rapporteure de la mission d’information « Création, diffusion et acquisition des connaissances : comment l’intelligence artificielle transforme notre éducation et notre culture ». Le document a été présenté à la presse mercredi 1er juillet 2026, après son adoption par la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale.

Long de 177 pages, le rapport formule 26 recommandations au total, dont huit concernent directement le champ de l’éducation.

Quels usages de l’IA à l’école ?

La mission d’information considère que l’intelligence artificielle peut soutenir les apprentissages, notamment à travers la personnalisation des parcours. Des outils comme Lalilo ou Adaptiv’Math sont cités comme exemples de dispositifs capables d’adapter les exercices et les contenus aux besoins des élèves.

L’IA peut également contribuer à renforcer l’inclusion scolaire. Pour les élèves en situation de fragilité, qu’ils aient des besoins spécifiques ou soient en situation de handicap, ces outils peuvent favoriser les progrès et l’autonomie, estime Céline Calvez. La rapporteure souligne ainsi l’intérêt potentiel de l’intelligence artificielle lorsqu’elle est pensée comme un appui pédagogique et non comme un substitut aux enseignants.

Le rapport rappelle par ailleurs que de nombreuses études montrent déjà un usage massif de l’IA chez les enfants âgés de 8 à 12 ans. Ces usages sont d’abord récréatifs, mais ils concernent aussi de plus en plus la recherche d’information. Ce constat conduit la mission à recommander un principe de progressivité dans l’accès des élèves à l’intelligence artificielle.

L’objectif serait de permettre un usage pédagogique encadré, accompagné par les enseignants, éventuellement dès la première année de 6e. Cette proposition irait plus loin que la doctrine actuelle de l’Éducation nationale, qui envisage plutôt une utilisation en classe à partir de la 4e. Le rapport ouvre même la possibilité d’une utilisation encadrée dès le premier degré.

Il ne s’agit donc pas de généraliser l’IA sans cadre, mais de mettre davantage ces outils entre les mains des élèves et des enseignants, tout en conservant la possibilité de les utiliser ou non, à l’image de la calculatrice. Cette comparaison permet de rappeler que l’outil doit rester au service des apprentissages, et non devenir une obligation permanente.

Concernant la mise en place d’une heure dédiée à l’IA en seconde dans l’enseignement de sciences numériques et technologie, Céline Calvez estime qu’une telle évolution transformerait significativement cette discipline. Elle juge cette transformation réaliste au regard de l’évolution rapide des technologies, mais aussi ambitieuse en matière de formation, puisque les enseignants concernés devraient être en mesure de dispenser ce nouvel enseignement dans un délai très court.

Enfin, la mission recommande d’aller plus loin que la simple sensibilisation à l’IA actuellement proposée à travers les parcours Pix spécifiques. Elle suggère d’accompagner leur déploiement par une certification des compétences des élèves dans ce domaine, afin de mieux reconnaître et structurer les acquis liés à l’intelligence artificielle.

Des personnels encore trop peu formés à l’IA

Pour accompagner l’intégration de l’intelligence artificielle à l’école, les personnels doivent eux-mêmes être formés. Or le rapport souligne que le manque de formation à l’IA a été unanimement relevé lors des auditions de la mission d’information. Ce constat concerne les enseignants, mais aussi les inspecteurs, les personnels de direction des écoles, des établissements scolaires et des établissements universitaires.

En matière de formation initiale, la rapporteure juge nécessaire d’évaluer les aptitudes des enseignants dans le domaine de l’IA et d’en faire explicitement une condition de l’exercice professionnel. Cela pourrait passer par l’intégration de compétences directement liées à l’intelligence artificielle au sein des référentiels de compétences numériques.

Céline Calvez regrette également que l’obligation de formation continue pour chaque enseignant reste encore trop peu suivie d’effets. Plutôt que de fixer un simple volume d’heures consacré à l’IA, elle propose la mise en place d’une certification périodique obligatoire. Celle-ci permettrait d’attester les compétences numériques inscrites dans un référentiel CRCN-Édu enrichi et détaillé de compétences spécifiques à l’intelligence artificielle.

Cette certification pourrait aussi favoriser un élargissement des modalités de formation. Le rapport suggère notamment de mieux reconnaître la formation entre pairs et d’ouvrir davantage la voie à l’autoformation, afin de s’adapter aux besoins concrets des personnels et à l’évolution rapide des outils.

La mission accorde également une attention particulière aux élèves en situation de handicap. Pour renforcer l’accessibilité pédagogique des enseignements et améliorer leur accompagnement, elle recommande d’exploiter certaines opportunités offertes par l’intégration de l’IA dans les apprentissages.

Toutefois, l’articulation entre ces outils et l’accompagnement humain déjà assuré auprès des élèves concernés devra être précisément pensée. Le rapport souligne ainsi la nécessité de veiller à ce que la formation à l’utilisation de l’IA bénéficie aussi aux AESH, aussi bien lors de la formation initiale qu’en formation continue.

Ces formations devraient s’accompagner d’un équipement adapté, notamment pour les AESH, mais aussi plus largement pour les classes et les enseignants. Le rapport évoque des outils d’IA contribuant à l’accessibilité, dont la mise à disposition devrait être systématisée, indépendamment des notifications de matériel attribuées individuellement aux élèves.

Créer un référentiel pour l’équipement en IA

La rapporteure insiste sur l’importance de proposer aux enseignants et aux élèves un ensemble d’outils à la fois efficace, fiable et pérenne. Pour autant, elle pointe un manque de transparence concernant les données budgétaires liées à l’IA dans l’éducation. Le rapport constate notamment l’impossibilité d’identifier précisément l’ensemble des crédits consacrés au financement de l’IA éducative, en raison de la multiplication des appels à projets.

Afin de mieux sanctuariser ces financements, la mission propose que les dépenses de l’État liées à l’intelligence artificielle en éducation puissent faire l’objet d’une action budgétaire au sein de la mission Enseignement scolaire. À défaut, elles pourraient être présentées dans une annexe au projet de loi de finances. Les dépenses engagées par les collectivités territoriales pourraient, quant à elles, être centralisées par le ministère de l’Éducation nationale avant d’être rendues publiques.

Le rapport recommande également la création d’un référentiel de l’équipement en IA. Celui-ci aurait pour objectif de déterminer un socle minimal d’outils d’intelligence artificielle qui devrait être obligatoirement garanti par l’État et les collectivités territoriales.

Ce référentiel permettrait de lister les grandes catégories d’outils dont les établissements scolaires devraient disposer. La mission mentionne notamment :

un agent conversationnel entraîné sur les programmes scolaires,

un exerciseur utilisable dans toutes les matières,

un outil de suivi des traces d’apprentissage des élèves dans le cadre de leurs devoirs,

un outil d’adaptation des contenus pour les élèves à besoins éducatifs particuliers.

Une fois défini, ce référentiel pourrait permettre la mise à disposition d’un « cartable IA » pour chaque élève et chaque enseignant. Selon le rapport, ce cartable serait composé d’outils souverains ayant fait l’objet d’une certification par les pouvoirs publics.

Cette certification devrait garantir le respect des règles juridiques applicables à l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le cadre scolaire. Elle pourrait également intégrer une évaluation des bénéfices pédagogiques de ces outils, afin de s’assurer qu’ils répondent réellement aux besoins des élèves et des équipes éducatives.

Clarifier les règles de financement et de commande publique

Pour Céline Calvez, les outils d’IA éducative doivent exister et être développés avec une véritable finalité pédagogique. Ils ne doivent pas seulement s’appuyer sur des modèles généralistes ou sur des données insuffisamment triées, mais être conçus comme des outils spécifiquement adaptés aux besoins de l’école.

La rapporteure reconnaît que des dispositifs comme France 2030 ou le P2IA ont déjà permis à l’État d’investir pour faire émerger des solutions d’intelligence artificielle. Toutefois, elle souligne qu’une fois passée la phase d’accompagnement et d’expérimentation, la manière d’accorder la commande publique à ces solutions reste encore trop peu claire.

Le rapport interroge ainsi la répartition des compétences entre l’État et les collectivités territoriales. La mission estime que cette répartition devrait être précisée afin de donner un cadre plus lisible au développement et au financement des outils d’IA éducative.

L’État, en tant que premier responsable des dépenses de nature pédagogique, pourrait organiser le financement des outils du cartable IA, y compris en finançant des licences d’utilisation. Une telle orientation permettrait également d’offrir davantage de visibilité aux acteurs de la filière EdTech.

Les collectivités territoriales auraient elles aussi un rôle à jouer, dans la continuité de leurs initiatives en faveur du financement des manuels scolaires. Elles pourraient financer, en complément, des outils qu’elles jugeraient utiles dans le cadre d’expérimentations locales, tout en participant pleinement au financement du cartable IA.

À travers ces recommandations, la mission parlementaire appelle donc à structurer plus clairement l’intégration de l’intelligence artificielle dans l’école. Formation des personnels, équipement des établissements, cadre juridique, financement et commande publique : le rapport insiste sur la nécessité d’un pilotage cohérent pour faire de l’IA un levier pédagogique maîtrisé, au service des enseignants et des élèves.

SOURCE : AEFINFO

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