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ÉDUCATION
15
September 2026

Le SNPDEN-Unsa alerte sur le manque de moyens pour financer « même les dispositifs obligatoires »

Après une préparation de rentrée scolaire marquée par plusieurs difficultés, notamment la canicule et une importante cyberattaque, le SNPDEN-Unsa dresse un premier état des lieux de la situation des personnels de direction. Son enquête fait notamment apparaître un manque persistant d’enseignants, d’AED et d’autres personnels dans les établissements. Face à l’impossibilité de répondre à l’ensemble des demandes institutionnelles, son secrétaire général Bruno Bobkiewicz appelle à reporter certains sujets jugés moins prioritaires, comme les évaluations nationales. Le syndicat alerte également sur une autre difficulté majeure : l’insuffisance des moyens disponibles pour financer des dispositifs pourtant obligatoires.

« Nous n’avons plus les moyens de financer les dispositifs, même ceux qui sont obligatoires », alerte Bruno Bobkiewicz, secrétaire général du SNPDEN-Unsa, à l’occasion de la conférence de presse de rentrée de l’organisation syndicale organisée le 10 septembre 2026.

Des dotations jugées particulièrement insuffisantes

Comme à chaque rentrée scolaire, le syndicat majoritaire chez les personnels de direction a réalisé une enquête afin d’évaluer les conditions de fonctionnement des établissements et de recueillir les premières impressions des équipes de direction.

Selon le SNPDEN-Unsa, les dotations attribuées aux établissements apparaissent cette année particulièrement insuffisantes et illustrent une nouvelle fois les importantes contraintes budgétaires auxquelles est confronté le ministère de l’Éducation nationale.

Le syndicat cite notamment les difficultés rencontrées autour du « pacte » enseignant et s’interroge sur la possibilité de financer certains dispositifs comme « Devoirs faits » ou encore « Avenir pro » lorsque les moyens nécessaires ne sont pas spécifiquement attribués aux établissements.

D’après les réponses recueillies dans le cadre du questionnaire du SNPDEN-Unsa, 75,9 % des établissements déclarent avoir reçu une dotation inférieure à celle de l’année précédente.

Par ailleurs, 18,1 % des personnels interrogés indiquent ne pas encore connaître le montant de leur dotation, tandis que 5,6 % déclarent disposer d’une enveloppe équivalente à celle de l’année précédente. Seulement 0,4 % des établissements auraient bénéficié d’une augmentation.

La tendance est légèrement moins prononcée concernant les heures supplémentaires effectives, les HSE, mais reste significative puisque 35,6 % des personnels de direction indiquent avoir reçu une dotation inférieure.

La situation est comparable pour les indemnités pour missions particulières, les IMP, dont les moyens sont en baisse pour 31,1 % des répondants.

Face à ces résultats, Bruno Bobkiewicz estime que le système se rapproche d’une situation particulièrement critique.

Plus d’un enseignant manque dans 40 % des établissements

La disponibilité des personnels constitue une autre difficulté importante identifiée lors de cette rentrée scolaire.

Selon les réponses des 2 330 personnels de direction ayant participé à l’enquête annuelle du SNPDEN-Unsa, au moins un enseignant manquerait dans 65 % des établissements interrogés.

Ces résultats sont proches de ceux recueillis par d’autres organisations syndicales et témoignent, selon Bruno Bobkiewicz, d’une situation qui reste préoccupante.

Pour 37 % des chefs d’établissement interrogés, la situation concernant les effectifs enseignants est même moins bonne que l’année précédente.

À l’inverse, 43 % estiment que la situation est comparable à celle observée en 2025, tandis que 20 % considèrent qu’elle s’est améliorée.

Le syndicat souligne également que 40 % des établissements déclarent manquer de plus d’un enseignant.

Certaines académies apparaissent particulièrement touchées. À Aix-Marseille, trois établissements signaleraient par exemple l’absence de plus de dix enseignants. Cette situation concernerait également cinq établissements dans l’académie de Bordeaux et quatre dans celle de Normandie.

Au-delà du nombre d’enseignants disponibles, le SNPDEN-Unsa alerte aussi sur les difficultés rencontrées concernant l’ensemble des autres catégories de personnels.

Les absences ou postes non pourvus peuvent notamment avoir des conséquences importantes sur les services administratifs et sur le fonctionnement quotidien des établissements.

Le syndicat estime que les services académiques sont parfois conscients des postes vacants mais ne disposent pas nécessairement des moyens permettant de les remplacer.

Face à ces difficultés et à un fonctionnement parfois qualifié de « mode dégradé », le SNPDEN-Unsa considère qu’il devient difficile pour les équipes de direction de répondre à l’ensemble des demandes qui leur sont adressées.

Dans ce contexte, l’organisation encourage à reporter certains dossiers jugés moins prioritaires lorsque les moyens humains ou matériels nécessaires ne sont pas disponibles.

Les conditions de travail restent la priorité des personnels de direction

Interrogés sur leurs trois principales priorités pour cette rentrée, les personnels de direction placent une nouvelle fois en première position leurs conditions d’exercice professionnel.

Cette préoccupation arrive en tête depuis maintenant trois ou quatre années, selon le SNPDEN-Unsa.

La deuxième priorité concerne désormais la vie personnelle et la santé des personnels de direction.

Pour Christelle Kauffmann, secrétaire générale adjointe du syndicat, cet enjeu prend aujourd’hui une place de plus en plus importante dans les préoccupations exprimées par les chefs d’établissement.

Les relations avec les usagers, notamment les élèves et leurs parents, arrivent en troisième position.

Ce sujet constitue également une source de préoccupation, voire parfois de difficultés pour les équipes de direction.

Le syndicat souligne notamment que le comportement d’une minorité d’usagers peut dégrader les relations et altérer plus largement l’image des échanges entre les établissements, les élèves et leurs familles.

La canicule a fortement perturbé l’organisation des examens

La rentrée scolaire a également été influencée par plusieurs événements survenus à la fin de l’année scolaire précédente et au cours de l’été.

L’enquête du SNPDEN-Unsa fait notamment apparaître une dégradation de l’opinion des personnels de direction concernant l’organisation et la gestion des examens.

La canicule a entraîné différentes difficultés de fonctionnement, notamment concernant l’organisation des épreuves, l’accueil des candidats et les conditions de travail des examinateurs.

Parmi les pistes envisagées pour limiter l’exposition aux fortes chaleurs figure notamment la possibilité d’organiser davantage d’épreuves le matin.

Cette solution soulève néanmoins plusieurs difficultés pratiques.

Le passage des épreuves du diplôme national du brevet à 8 heures peut notamment poser problème en matière de transports scolaires.

Selon Bruno Bobkiewicz, certaines collectivités territoriales ont déjà adapté leur organisation, tandis que certains transporteurs rencontrent davantage de difficultés à modifier leurs horaires.

Les personnels de direction se retrouvent alors parfois sollicités pour résoudre ces problèmes logistiques, alors que le syndicat considère que cette mission ne relève pas directement de leur responsabilité.

Le SNPDEN-Unsa demande donc que les différents acteurs concernés, notamment les collectivités, les transporteurs, les académies et les directions des services départementaux de l’Éducation nationale, puissent davantage coordonner leurs actions.

Des évaluations nationales à reporter si nécessaire

La cyberattaque ayant affecté plusieurs services de l’Éducation nationale a également fortement marqué cette rentrée scolaire.

Les académies de Versailles, Créteil, Nantes ou encore Toulouse ont notamment été confrontées à différentes difficultés informatiques.

Si la rentrée a pu être assurée, parfois grâce à l’utilisation de solutions de communication plus traditionnelles, Bruno Bobkiewicz estime que la crise n’est pas encore totalement résolue.

Les dysfonctionnements touchent notamment la transmission des données relatives aux évaluations de rentrée ainsi que certains environnements numériques de travail.

François Resnais, secrétaire national du SNPDEN-Unsa, explique que plusieurs établissements rencontrent par exemple des difficultés à intégrer correctement les groupes d’élèves dans les différentes classes.

Ces problèmes peuvent survenir lorsque les annuaires numériques alimentés par les bases élèves ne sont pas suffisamment à jour.

Dans certaines académies, notamment à Créteil et Versailles, ces dysfonctionnements peuvent avoir des répercussions plus larges sur les systèmes numériques utilisés à l’échelle régionale.

Face à une situation de crise, Bruno Bobkiewicz estime que les chefs d’établissement doivent avant tout identifier les missions indispensables au fonctionnement de leur établissement et mettre temporairement de côté celles qui peuvent attendre.

Selon lui, les évaluations nationales peuvent faire partie de ces dispositifs susceptibles d’être reportés lorsque les conditions techniques nécessaires ne sont pas réunies.

Le secrétaire général estime également que leur exploitation reste parfois limitée par les équipes pédagogiques et considère donc que leur report ponctuel ne remettrait pas fondamentalement en cause le fonctionnement du système éducatif.

Une cyberattaque qui va générer une surcharge de travail

Les conséquences du piratage informatique ne se limitent pas aux services numériques immédiatement indisponibles.

Christelle Kauffmann alerte également sur la surcharge de travail qui risque de se prolonger dans les établissements à la suite de cette crise.

Les équipes ont notamment accumulé des retards sur certaines tâches administratives, comme le règlement de factures auprès des fournisseurs.

Les conséquences de ces retards restent encore difficiles à mesurer précisément, mais pourraient avoir des effets importants dans les prochaines semaines.

Bruno Bobkiewicz estime également que cette crise doit conduire les académies à revoir leurs propres dispositifs de continuité d’activité.

Alors que les établissements sont régulièrement invités à préparer des plans permettant d’assurer leur fonctionnement en situation d’urgence, le syndicat considère que les structures académiques elles-mêmes n’étaient pas suffisamment préparées à une attaque informatique de cette ampleur.

Il appelle donc à réaliser un retour d’expérience approfondi afin d’identifier les faiblesses révélées par cet événement.

Repenser la sécurité et la centralisation des données

Pour le SNPDEN-Unsa, la cyberattaque pose également la question des investissements consacrés à la cybersécurité dans l’Éducation nationale.

Bruno Bobkiewicz estime que les moyens engagés pour protéger les systèmes informatiques n’ont pas été suffisants.

Dans le même temps, il critique certains investissements numériques qu’il juge moins prioritaires.

Il cite notamment l’application SI-RCD, utilisée pour faire remonter les taux de remplacement de courte durée par établissement, alors que certaines de ces données seraient déjà disponibles dans les outils de gestion utilisés par les établissements.

Plus largement, le piratage informatique relance selon lui le débat sur la centralisation des données scolaires.

Le secrétaire général du SNPDEN-Unsa s’interroge sur la pertinence de regrouper de grandes quantités de données au niveau d’une académie ou de l’ensemble du territoire national lorsque leur protection ne peut pas être totalement garantie.

Une autre stratégie pourrait consister à davantage fractionner les informations entre les quelque 8 000 établissements scolaires concernés.

Cette logique permettrait potentiellement de limiter les conséquences d’une attaque informatique en réduisant la quantité de données accessibles depuis un même système.

Le syndicat estime que cette piste mériterait d’être prise en considération dans les futures stratégies numériques du ministère de l’Éducation nationale.

L’autonomie des établissements nécessite aussi des moyens

Concernant les résultats des enquêtes Pisa, Bruno Bobkiewicz souligne que les interprétations peuvent varier fortement en fonction des acteurs.

Pour le SNPDEN-Unsa, l’un des principaux problèmes réside dans la succession régulière de politiques éducatives qui sont parfois modifiées avant même que leurs résultats aient été suffisamment évalués.

Le syndicat considère donc qu’il est avant tout nécessaire de définir clairement le projet éducatif souhaité pour les prochaines années.

L’annonce d’une augmentation de la marge d’autonomie accordée aux collèges constitue en revanche une orientation soutenue par le SNPDEN-Unsa.

Bruno Bobkiewicz rappelle que cette demande est portée depuis longtemps par son organisation et estime qu’elle aurait pu être privilégiée plutôt que certains dispositifs comme les groupes de besoin.

Cette autonomie supplémentaire représente néanmoins un coût important.

Selon les estimations avancées par le syndicat, l’attribution d’environ 1,5 heure supplémentaire dans près de 130 000 classes représenterait une dépense proche de 600 millions d’euros, correspondant à l’équivalent d’environ 10 000 postes d’enseignants.

Pour le SNPDEN-Unsa, une véritable autonomie ne peut donc pas reposer uniquement sur des annonces institutionnelles.

Elle suppose également d’accorder aux établissements des marges de manœuvre concrètes, des moyens financiers et humains ainsi qu’une confiance suffisante envers les équipes locales.

Le syndicat critique notamment le fait que certaines ressources attribuées puissent être modifiées ou reprises en cours d’année, ce qui complique fortement la capacité des chefs d’établissement à piloter leurs projets.

Les « collèges en progrès » apportent une autonomie encore limitée

Le SNPDEN-Unsa s’est également intéressé à l’expérimentation menée dans environ 800 établissements dans le cadre du dispositif des « collèges en progrès ».

Selon les premiers retours recueillis, environ un quart des personnels de direction concernés estiment que le dispositif leur permet de bénéficier d’une plus grande autonomie au niveau local.

Ce gain reste néanmoins jugé relativement limité.

Les équipes soulignent également une augmentation importante de la charge de travail liée à la mise en œuvre du dispositif.

Cette implication supplémentaire ne s’accompagne pas nécessairement d’une enveloppe budgétaire spécifiquement dédiée, à l’exception de certains moyens concernant le secteur médico-social.

L’accompagnement repose donc principalement sur des engagements en matière de suivi et de formation des équipes.

Le Pass culture fragilise encore la confiance des établissements

Le fonctionnement du Pass culture constitue enfin un autre sujet de préoccupation pour le SNPDEN-Unsa.

Bruno Bobkiewicz critique une nouvelle modification des règles concernant les crédits disponibles pour les établissements.

Plusieurs personnels de direction auraient découvert dans l’application Adage qu’environ 10 millions d’euros, correspondant notamment à une partie des crédits qui n’avaient pas été consommés entre février et juin, n’étaient désormais plus disponibles.

Pour le syndicat, ces modifications en cours d’exercice empêchent les établissements de construire et de piloter correctement leur politique culturelle.

Les chefs d’établissement doivent en effet pouvoir anticiper les moyens disponibles afin de programmer leurs actions et leurs partenariats sur l’ensemble de l’année scolaire.

Bruno Bobkiewicz estime que ces changements successifs contribuent à dégrader la confiance entre les établissements et l’institution.

Il rapproche cette situation d’autres évolutions déjà observées concernant les HSE ou encore les moyens associés au « pacte » enseignant.

Pour le SNPDEN-Unsa, l’accumulation de changements budgétaires ou réglementaires en cours d’année rend ainsi le pilotage des établissements de plus en plus complexe et renforce le sentiment d’incertitude exprimé par les personnels de direction.

SOURCE : AEFINFO

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