L’IA fragilise l’emploi des jeunes diplômés : comment les grandes écoles préparent leurs étudiants

L’intelligence artificielle pourrait fragiliser l’entrée sur le marché du travail des jeunes diplômés, y compris ceux issus des grandes écoles. En automatisant certaines tâches répétitives et standardisées traditionnellement confiées aux débutants, elle transforme les besoins des entreprises et les compétences attendues. Face à cette évolution, des établissements comme HEC Paris ou Neoma adaptent leurs enseignements afin d’apprendre aux étudiants à utiliser l’IA tout en conservant les capacités de réflexion, de jugement et d’analyse qui permettent de se différencier.
Les emplois juniors particulièrement exposés à l’intelligence artificielle
L’intelligence artificielle fait peser une menace particulière sur l’emploi des jeunes actifs et n’épargne pas les diplômés de l’enseignement supérieur.
Une note de la direction générale du Trésor consacrée aux conséquences de l’IA sur le marché du travail souligne notamment que cette technologie permet d’automatiser de nombreuses tâches répétitives et standardisées.
Or, ces missions sont précisément celles qui sont souvent confiées aux jeunes diplômés lors de leurs premières expériences professionnelles.
Rédaction de synthèses, analyses de premier niveau, recherches documentaires ou encore certaines tâches simples de programmation peuvent désormais être réalisées, au moins en partie, à l’aide d’outils d’intelligence artificielle.
Cette évolution pourrait donc compliquer l’insertion professionnelle des jeunes et modifier progressivement les postes qui leur étaient traditionnellement proposés en début de carrière.
Informatique, finance et conseil parmi les secteurs exposés
Plusieurs secteurs dans lesquels les grandes écoles orientent traditionnellement une partie importante de leurs diplômés sont directement concernés par cette transformation.
L’informatique, la finance, l’assurance ou encore le conseil font partie des domaines particulièrement exposés à l’automatisation de certaines tâches.
Les premières conséquences sont notamment observées aux États-Unis, où l’adoption de l’intelligence artificielle dans les entreprises est plus avancée qu’en France.
Dans les professions les plus touchées par l’IA, l’emploi des jeunes âgés de 22 à 25 ans aurait diminué de 19 % par rapport aux autres catégories de travailleurs en seulement trois ans.
Une situation qui fait apparaître un autre risque : celui d’un cercle difficile à rompre pour les jeunes actifs.
Si les entreprises recrutent moins de juniors, ceux-ci rencontrent davantage de difficultés pour acquérir leurs premières expériences professionnelles. Or, cette expérience reste ensuite déterminante pour accéder à des emplois plus stables et plus qualifiés.
Les grandes écoles adaptent progressivement leurs formations
Face à ces transformations, les grandes écoles cherchent désormais à préparer leurs étudiants à un marché du travail dans lequel la maîtrise de l’intelligence artificielle devient progressivement incontournable.
L’objectif n’est plus seulement de savoir utiliser ces nouveaux outils, mais de comprendre leurs possibilités, leurs limites et la manière dont ils peuvent compléter les compétences humaines.
HEC Paris intègre par exemple des enseignements consacrés à l’intelligence artificielle, à la technologie et à la data dans ses parcours.
L’école propose également des formations associant intelligence artificielle et réflexion critique afin de préparer les étudiants à utiliser ces technologies sans leur déléguer entièrement leur capacité de jugement.
Cette évolution part d’un constat : l’IA est déjà largement entrée dans les pratiques étudiantes.
Dans l’enseignement supérieur, différentes enquêtes indiquent qu’une très grande majorité des étudiants utilisent désormais des outils d’intelligence artificielle générative dans le cadre de leurs études.
Apprendre à utiliser l’IA sans perdre son esprit critique
L’un des principaux défis pour les établissements consiste donc à éviter que l’utilisation de l’intelligence artificielle se fasse au détriment de l’apprentissage.
Les étudiants peuvent aujourd’hui utiliser ces outils pour rechercher des informations, résumer des documents, générer des idées, reformuler des textes ou produire certaines parties de leurs travaux.
Les grandes écoles cherchent donc davantage à apprendre aux étudiants à contrôler et à évaluer les productions générées par l’IA.
Il s’agit notamment de savoir repérer les erreurs, questionner les réponses proposées et conserver une capacité de raisonnement indépendante.
Chez Neoma, cette volonté de maintenir une réflexion autonome se traduit notamment par la coexistence d’enseignements consacrés à l’intelligence artificielle avec d’autres disciplines, comme la littérature, afin d’encourager les étudiants à continuer à réfléchir sans avoir systématiquement recours aux outils numériques.
Miser sur les compétences que l’IA remplace difficilement
La transformation du marché du travail pousse également les établissements à s’interroger sur les compétences qui conserveront de la valeur face à l’automatisation.
Analyse, rédaction ou traitement de données peuvent désormais être partiellement reproduits par les outils d’intelligence artificielle.
Les formations cherchent donc à renforcer d’autres capacités plus difficiles à automatiser.
Le jugement, la prise de décision, la responsabilité, la créativité, les relations humaines ou encore la capacité à travailler collectivement prennent une importance croissante.
HEC Paris développe notamment des programmes dans lesquels les étudiants apprennent à identifier les limites de l’IA, à analyser de manière critique ses productions et à déterminer leur propre valeur ajoutée dans un environnement professionnel où l’utilisation de ces outils devient courante.
Transformer l’IA en outil plutôt qu’en concurrence
L’enjeu pour les futurs diplômés consiste donc moins à rivaliser directement avec l’intelligence artificielle qu’à savoir l’utiliser efficacement.
Les grandes écoles cherchent ainsi à former des étudiants capables de combiner leurs connaissances avec les possibilités offertes par ces technologies.
L’objectif est de faire de l’IA un outil permettant d’améliorer la productivité ou la prise de décision, plutôt qu’un substitut systématique aux compétences humaines.
HEC Paris a d’ailleurs lancé en 2026 le laboratoire LIFT, consacré à l’étude de l’impact de l’intelligence artificielle sur le travail, les entreprises et la croissance économique.
Ces initiatives illustrent une évolution plus large de l’enseignement supérieur : préparer les étudiants non seulement à maîtriser de nouveaux outils, mais aussi à évoluer dans des métiers dont le contenu et les compétences attendues sont appelés à se transformer rapidement.

SOURCE : CHALLENGES

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