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ÉDUCATION
9
July 2026

L’IA ne détruit pas (encore) des emplois, mais transforme (déjà) les règles du marché du travail

L’intelligence artificielle ne provoque pas encore le choc social redouté. L’emploi résiste, mais les premières transformations sont déjà visibles, notamment pour les jeunes générations.

Alors que la crainte d’un chômage de masse provoqué par les nouvelles technologies continue d’alimenter les inquiétudes, le dernier rapport de l’OCDE présente une réalité bien différente. L’intelligence artificielle transforme profondément la nature du travail, mais ne réduit pas, à ce stade, le volume global d’emplois dans les économies développées.

Derrière ce constat général apparaissent toutefois d’importantes disparités. Certains métiers sont davantage fragilisés, les écarts de rémunération se creusent et l’entrée des jeunes générations sur le marché du travail devient plus complexe.

Premier enseignement de l’étude : la progression très rapide de l’intelligence artificielle ne s’est pas traduite par une « baisse généralisée » de l’emploi dans les pays membres de l’OCDE. Au contraire, le marché du travail des 38 économies concernées affiche une résistance importante, avec un taux de chômage proche de ses plus bas niveaux historiques.

Selon les Perspectives de l’emploi 2026 publiées par l’organisation internationale, le taux d’emploi moyen a atteint 72,1 % au premier trimestre 2026. Il s’agit d’un record depuis la création de cet indicateur.

Lors de la présentation du rapport, le secrétaire général de l’OCDE, Mathias Cormann, a dressé un bilan teinté d’un optimisme prudent. Le taux de chômage dans la zone OCDE atteint 4,9 %, soit un niveau proche de son plus bas historique de 4,8 % enregistré en juin 2023. L’organisation prévoit également une croissance de l’emploi de 0,3 % cette année et de 0,6 % l’année prochaine.

Une intelligence artificielle qui transforme le travail

Face aux inquiétudes concernant un remplacement massif de l’humain par la machine, les données disponibles racontent pour l’instant une tout autre histoire.

Selon Mathias Cormann, rien ne montre à ce stade que l’utilisation croissante de l’intelligence artificielle par les entreprises entraîne une baisse généralisée de la demande de main-d’œuvre.

L’IA agit davantage comme un accélérateur de productivité que comme un outil de suppression massive des emplois. Aux États-Unis, la productivité du travail a ainsi progressé à un rythme annuel compris entre 1,7 % et 1,8 % entre 2023 et 2025.

Cette hausse a notamment été portée par les secteurs les plus avancés dans l’adoption des technologies d’intelligence artificielle, comme les services informatiques ou encore le traitement des données.

Loin de vider les entreprises de leurs salariés, les algorithmes modifient surtout les compétences recherchées par les recruteurs.

Pour le secrétaire général de l’OCDE, l’IA influence clairement la demande de compétences. Elle ne détériore toutefois pas encore les perspectives d’emploi des jeunes ni celles des travailleurs de manière générale.

Le constat est donc clair : l’intelligence artificielle est davantage en train de remodeler le travail que de le réduire.

Les jeunes diplômés face à un nouveau paradoxe

Cette situation générale ne doit toutefois pas masquer les premières tensions déjà visibles sur le marché du travail.

Le rapport de l’OCDE souligne notamment que l’entrée des jeunes dans la vie professionnelle devient particulièrement difficile. Selon l’organisation, les progrès récents de l’intelligence artificielle générative ne sont probablement pas étrangers à cette évolution.

La difficulté ne réside pas encore dans une destruction massive des emplois, mais plutôt dans une transformation progressive des portes d’entrée vers le marché du travail.

Depuis l’adoption accélérée des grands modèles de langage, entre le milieu de l’année 2023 et le début de 2024, les entreprises automatisent peu à peu certaines tâches qui étaient auparavant confiées à des profils juniors.

La rédaction de contenus simples, l’analyse documentaire, le traitement de données ou encore certaines fonctions administratives figurent parmi les missions les plus concernées.

Les études menées par l’OCDE en Australie, au Canada, aux États-Unis et dans l’Union européenne montrent que l’impact direct de l’IA générative sur la hausse du chômage des jeunes reste encore limité.

Une tendance commence néanmoins à se dessiner : les technologies d’intelligence artificielle remplacent d’abord les tâches de premier niveau, celles qui permettaient traditionnellement aux jeunes actifs de gagner leur première expérience professionnelle.

Un paradoxe apparaît donc progressivement. L’IA ne supprime pas encore massivement les emplois, mais elle pourrait rendre plus difficile l’accès à la première marche du parcours professionnel.

Cette situation est d’autant plus importante que les secteurs les plus exposés aux grands modèles de langage, comme la finance, l’assurance ou les services professionnels, figurent également parmi les plus sensibles aux cycles économiques et aux décisions d’investissement.

Dans un contexte d’incertitude, cette combinaison pourrait encourager les entreprises à davantage de prudence et ralentir les recrutements de jeunes talents.

SOURCE : LATRIBUNE

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