Orientation : 9 filles sur 10 connaissent encore mal les débouchés en Stim (étude de l’association Elles Bougent)

Orienter les élèves dès le primaire, sensibiliser davantage les personnels de l’éducation, renforcer les actions dans les filières et les milieux défavorisés… Telles sont plusieurs des recommandations formulées par l’association Elles Bougent, engagée pour une meilleure inclusion des femmes dans les sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (Stim). Dans son étude d’impact publiée le 25 juin 2026, l’association propose plusieurs pistes d’amélioration pour favoriser l’accès des filles aux métiers scientifiques et techniques, en mobilisant à la fois l’Éducation nationale, les entreprises et le tissu associatif.
Présente sur l’ensemble du territoire métropolitain, l’association Elles Bougent travaille avec 350 entreprises et 15 000 professionnelles des Stim afin de faire émerger des vocations et de réduire l’effet du conditionnement social grâce à des ateliers en non-mixité, explique Isabelle Huet, directrice générale de l’association. En 2025, son réseau est intervenu auprès de 65 000 filles, de l’école jusqu’aux études supérieures. Si les ateliers de sensibilisation produisent de premiers effets positifs, Isabelle Huet rappelle que le déconditionnement reste un processus long.
Orienter les élèves dès le primaire
Les filles disparaissent progressivement des parcours scientifiques et techniques à chaque étape du secondaire puis du supérieur, constate la directrice générale d’Elles Bougent. Elle s’appuie notamment sur le classement défavorable de la France en matière de mixité dans les sciences et l’ingénierie, avec une 19e place à l’échelle de l’Union européenne selon Eurostat en 2024.
À la fin de l’année scolaire 2024-2025, seules 17 % des bachelières poursuivent leur parcours dans les Stim, d’après les données du ministère de l’Enseignement supérieur. Ce phénomène de « tuyau percé », qui désigne le désengagement progressif des femmes au fil du parcours, apparaît particulièrement marqué lorsqu’il s’agit d’accéder à des postes à responsabilité. Selon Isabelle Huet, les jeunes filles ont tendance à sous-performer et à être insuffisamment informées sur les débouchés possibles dans les Stim.
L’étude d’impact de l’association relève ainsi que 93 % des élèves rencontrées sont sous-informées sur les débouchés des filières Stim. La moitié d’entre elles déclare ne jamais avoir envisagé les métiers de l’ingénierie, de l’industrie ou des sciences. Pour Isabelle Huet, ce constat confirme la nécessité de développer les actions de sensibilisation très tôt, bien avant les choix d’orientation, donc dès l’école primaire et le début du collège.
L’association défend notamment le recours aux rôles modèles, une approche également présente dans le plan « Filles et maths ». Certaines associations rappellent toutefois que la formation des équipes reste essentielle et que le temps disponible pour organiser ces actions constitue parfois un frein. Pour la directrice générale d’Elles Bougent, l’objectif est de mettre les filles en contact avec des professionnelles des Stim dès le CM2 afin qu’elles puissent se projeter et comprendre que ces parcours leur sont accessibles.
Elles Bougent recommande aussi de généraliser les ateliers en non-mixité, particulièrement auprès des élèves du primaire. Ces espaces permettent, selon l’association, une parole plus libre et sans jugement, avant les premiers choix d’orientation. Lors des événements organisés, les filles s’encouragent mutuellement, soutenues par les intervenantes, ce qui renforce leur sentiment de légitimité à envisager des métiers scientifiques et techniques.
Cette logique d’accompagnement devrait également se prolonger à travers le lancement, prévu à la rentrée 2026, d’une plateforme de recrutement dédiée aux stages de 3e et de seconde. Celle-ci réunira des offres proposées par des entreprises partenaires afin de faciliter l’accès des jeunes filles à de premières expériences dans les secteurs des Stim.
Sensibiliser les professionnels de l’éducation
Parmi les freins identifiés, la crainte d’attaques sexistes n’est pas l’explication la plus citée par les élèves et étudiantes interrogées. Selon Isabelle Huet, les biais sexistes et les stéréotypes de genre ne sont pas toujours clairement conscientisés au moment des choix d’orientation. Il s’agit plutôt d’une ambiance générale, d’un phénomène systémique intériorisé dès la petite enfance.
Pour limiter ces effets, l’association recommande de renforcer le traitement des inégalités femmes-hommes au sein des équipes éducatives et de former davantage d’enseignants aux biais de genre. Le rapport d’impact indique que seuls 25 % des enseignants interrogés se déclarent sensibilisés aux stéréotypes sexistes dans les Stim avant l’intervention de l’association auprès des élèves.
Isabelle Huet souligne par ailleurs que les enseignants qui sollicitent Elles Bougent sont souvent déjà les référents égalité de leur établissement. Leur participation aux ateliers les conduit néanmoins à interroger leur manière de s’adresser aux élèves lorsqu’ils abordent les sciences et les technologies, et à repenser certains automatismes liés aux représentations de genre.
L’association préconise également de renforcer la féminisation du corps enseignant et des intervenants spécialisés dans les disciplines scientifiques et techniques. Une présence accrue de femmes dans ces rôles permettrait aux jeunes filles de mieux se projeter à travers leurs interlocutrices et de moins associer spontanément les métiers scientifiques, d’ingénierie ou de technicien à des profils masculins. En 2025, un rapport d’information de la délégation sénatoriale aux droits des femmes établissait déjà un lien entre représentation et orientation.
Porter une attention renforcée aux milieux défavorisés
Elles Bougent insiste aussi sur la nécessité de développer les actions de sensibilisation dans les milieux moins favorisés économiquement, géographiquement ou socialement. Pour Isabelle Huet, ces initiatives ne doivent pas se limiter aux élèves disposant déjà d’un fort capital culturel.
L’association mène déjà des actions auprès d’établissements situés en REP et REP+, mais elle souhaite développer davantage de partenariats avec les académies et les collectivités territoriales. Les établissements REP représentent aujourd’hui 13 % de ceux avec lesquels l’association collabore. Isabelle Huet observe que les initiatives éducatives se multiplient dans ces établissements, mais estime que l’effort doit encore être amplifié.
À l’inverse, les établissements situés en zone rurale restent plus difficiles à toucher, notamment en raison de l’éloignement géographique des entreprises, qui complique l’organisation des interventions. Pour Elles Bougent, il est donc nécessaire de renforcer le maillage territorial de la sensibilisation, en particulier dans les zones rurales, en développant par exemple des partenariats avec davantage de PME, de CCI et de collectivités locales.
Si la parité est partiellement atteinte dans les choix de parcours au lycée général, avec 46 % de filles dans l’ensemble des options scientifiques selon la synthèse ministérielle « Filles et maths » de 2024, les écarts restent beaucoup plus importants dans les filières professionnelles et technologiques. Dans certains parcours, la part des filles tombe parfois à 20 %.
Cette sous-représentation rend les interventions plus complexes dans les établissements technologiques et professionnels, reconnaît Isabelle Huet, puisque l’association agit principalement à la demande des établissements. Pour Elles Bougent, ce constat renforce la nécessité d’aller chercher plus largement les publics concernés et de ne pas limiter les actions aux environnements déjà sensibilisés.

SOURCE : AEFINFO

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