À l’Assemblée générale de la CGE, la question de la lucrativité et le concept d’« intérêt général » font débat

Un débat relancé lors de l’assemblée générale du 28 janvier 2026
Lors de la dernière assemblée générale de la CGE, organisée le 28 janvier 2026, les écoles membres ont longuement débattu de la distinction entre établissements « publics », « privés » et « non publics d’intérêt général ». François Stéphan, directeur général de l’ECE (groupe Omnes), plaide pour une lecture plus simple : selon lui, il faudrait parler d’écoles publiques d’un côté et d’écoles privées de l’autre. Il estime que la notion d’« intérêt général » manque de clarté, car elle ne repose pas sur une définition stabilisée, et invite donc à privilégier les appellations et labels officiels. Il rappelle par ailleurs que l’ECE est une association. À l’inverse, Pierre Tapie, ancien président de la CGE, défend la pertinence de cette distinction, qu’il juge justifiée, en soulignant une différence de nature entre les catégories d’écoles.
Une première assemblée générale sous la présidence de Delphine Manceau
La CGE tenait cette assemblée générale dans un contexte particulier, puisqu’il s’agissait de la première sous la présidence de Delphine Manceau, directrice générale de Neoma Business School, élue à la tête de la Conférence le 19 juin 2025. L’événement était l’occasion pour la présidente de présenter les actions récentes de l’association et d’annoncer les sujets structurants qui marqueront l’année à venir.
Une composition de la CGE qui alimente la discussion
La CGE regroupe désormais 500 000 étudiants et près de 250 établissements. Plusieurs mouvements récents sont signalés, comme le départ de l’ENS Lyon et de l’École polytechnique de Louvain, ainsi que celui d’Orange du collège des entreprises. Delphine Manceau indique que 62 % des établissements membres sont des écoles publiques, 36 % des écoles « non publiques d’intérêt général et à but non lucratif », et 1,7 % des écoles de nature privée. François Stéphan se dit gêné par cette présentation et propose de s’appuyer sur une catégorisation plus lisible, à l’image de la Cdefi, avec une séparation entre public et privé, puis une distinction au sein du privé entre les Eespig et les autres. Selon lui, l’usage de la notion d’intérêt général introduit une confusion inutile et devrait laisser place à une terminologie clairement définie.
Repenser la distinction entre les écoles de la Conférence
Pierre Tapie, ancien directeur général de l’Essec et aujourd’hui président-fondateur du cabinet de conseil Paxter, estime au contraire que la présentation proposée est cohérente. Il insiste sur le fait que les EESC s’inscrivent dans une dynamique strictement non lucrative et qu’il existe une différence fondamentale entre la très grande majorité des établissements et la part d’écoles relevant d’une nature privée. Selon lui, cette différence mérite d’être visible, car elle renvoie à des logiques de fonctionnement distinctes.
Delphine Manceau précise que la présentation a été validée par l’ensemble des membres de la CGE. François Stéphan réaffirme toutefois que le secteur évolue, notamment avec la préparation d’une nouvelle loi sur l’encadrement de l’enseignement supérieur privé, et qu’il s’agit d’un moment opportun pour remettre à plat cette distinction. Valérie Fernandes, directrice générale de l’EMLV, et Pascal Pinot, directeur général de l’Esilv, deux écoles du Pôle Léonard de Vinci au sein du groupe AD Éducation, indiquent qu’ils partagent cette position.
Un projet de loi qui reconfigure les relations entre l’État et le privé
Le projet de loi relatif à l’encadrement de l’enseignement supérieur privé, déposé en juillet, vise à refonder les relations entre l’État et les établissements privés. Il crée deux dispositifs : d’une part un agrément, accessible à tous les établissements privés et organismes de formation, et d’autre part un partenariat, destiné à regrouper les acteurs associés au service public de l’enseignement supérieur, aux côtés des universités et des établissements publics, en particulier les Eespig. Le 29 janvier 2025, le gouvernement a enclenché la procédure accélérée sur ce texte.
Protéger la personnalité morale des établissements-composantes dans les EPE
Un autre volet du projet de loi concerne les EPE, avec l’hypothèse d’une prorogation de l’ordonnance pour trois ans au lieu de cinq. Jean-Pierre Korolitski, IGESR honoraire, s’est vu confier une mission de dialogue sur les EPE afin de proposer des améliorations du dispositif. Il a déjà formulé 23 préconisations à l’issue de concertations avec les différentes parties prenantes. Soixante-dix écoles sont impliquées en tant qu’établissements-composantes dans les 23 EPE, dont de nombreuses écoles d’ingénieurs, comme le rappelle Sophie Commereuc, directrice de Clermont Auvergne INP et vice-présidente en charge de la commission « Grandes écoles et territoires » de la CGE.
Sophie Commereuc se veut rassurante : la personnalité morale des établissements-composantes ne serait pas remise en cause dans le projet de loi ni dans le rapport Korolitski. Elle rappelle néanmoins que la CGE attend des garanties statutaires. Elle explique que si l’on peut être optimiste, il faut rester mobilisé, car l’enjeu ne porte pas uniquement sur la conservation de la personnalité morale, mais également sur l’inscription des prérogatives qui lui sont associées. Eric Darras, directeur de Sciences Po Toulouse, abonde en ce sens, estimant que ces prérogatives sont d’autant plus cruciales que l’autonomie budgétaire pourrait être fragilisée, notamment avec le COMP 100 % mission.
Des points de vigilance identifiés pour la suite
Deux points de vigilance sont soulevés par Sophie Commereuc. Le premier concerne le pilotage de la recherche : elle rappelle que les établissements concernés contribuent à la recherche et qu’il est important que leur rôle soit correctement reconnu, afin de pouvoir porter leurs missions. Le second concerne l’accréditation globale, centrée sur les diplômes nationaux : elle estime que cette logique doit aussi prendre en compte les diplômes d’établissement.
Sophie Commereuc considère également que les grands établissements issus de l’expérimentation appellent une transformation réelle de la gouvernance. Elle souligne que les écoles devront travailler leur marque, en rappelant que celle-ci peut coexister avec la marque du grand établissement, sans disparaître. Elle indique enfin qu’un groupe de travail commun entre la Cdefi et la CGE a été mis en place sur ce sujet.
Les principaux dossiers de la CGE annoncés pour 2026
Delphine Manceau présente ensuite plusieurs chantiers majeurs pour 2026 : le lancement de la septième édition des bourses d’encouragement à la mobilité internationale des étudiants en situation de handicap par la commission « Diversité et inclusion », la publication d’un baromètre IA par la commission « Numérique », la création d’un groupe de travail dédié au responsable sécurité des systèmes d’information, ainsi que l’organisation d’une journée d’études intitulée « Les SHS au prisme de l’impératif d’utilité » par la commission « Recherche et transferts », prévue en avril.

SOURCE : AEF INFO

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