Comment l’intelligence artificielle se fait une place dans la formation des apprentis

Des usages déjà ancrés chez les apprentis du secteur de l’assurance
Faut-il interdire l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les travaux des apprentis ? Peut-on s’appuyer sur l’IA pour concevoir des supports pédagogiques ? Quelles compétences nouvelles les alternants doivent-ils développer ? Ces questions ont animé les échanges lors d’un événement organisé par l’Observatoire des métiers de l’assurance le 5 février 2026 à Paris. Alors que l’IA s’est imposée dans les pratiques des entreprises et des apprentis, plusieurs CFA commencent à adapter leurs modalités pédagogiques et leurs contenus de formation, à l’image de l’École supérieure d’assurances.
Dans le secteur de l’assurance, les apprentis recourent déjà largement à l’intelligence artificielle lorsqu’ils sont en entreprise. Adel Benrokia, apprenti chez Allianz Commercial en tant que souscripteur en lignes financières et en risque cyber, explique utiliser quotidiennement des outils d’IA. Compte tenu de la confidentialité des données, il s’appuie sur des solutions internes, notamment Allianz GPT. Étudiant en master 2 Stratégies d’assurance, finance et risques à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, il mobilise également l’IA dans le cadre de son mémoire, en travaillant sur l’amélioration d’un modèle de tarification du risque cyber grâce à l’intégration de ces technologies.
L’intégration progressive de l’IA dans les pratiques des CFA
L’essor rapide de l’intelligence artificielle dans les usages des apprentis pousse les CFA à interroger leurs pratiques pédagogiques. Pour Catherine Duperrot, directrice générale déléguée de l’ESA, l’enjeu n’est pas d’interdire l’IA, mais d’apprendre aux étudiants à l’utiliser de manière pertinente et responsable, dans la mesure où ces outils sont déjà largement employés en entreprise. L’établissement a donc choisi d’intégrer l’intelligence artificielle dans certaines formations.
Dans un premier temps, l’IA a été introduite dans des cours ciblés afin d’accompagner les étudiants dans la compréhension de ses usages opérationnels. Catherine Duperrot précise que cette intégration ne concerne pas l’ensemble des enseignements, mais des thématiques spécifiques, comme le pilotage de la fraude. Dans ce domaine, l’IA peut jouer un rôle clé en détectant des comportements anormaux à partir de l’analyse de volumes importants de données. Afin de maintenir l’attention des étudiants, les enseignants ont également été encouragés à utiliser des outils d’IA dans leurs cours.
Des cours inversés pour apprendre à utiliser l’IA
Lors des travaux pratiques, les apprentis sont amenés à travailler avec l’IA pour répondre à une problématique donnée, puis à échanger avec l’enseignant sur les résultats obtenus. Cette approche vise à leur apprendre à utiliser concrètement l’IA, notamment à formuler des requêtes pertinentes et à comprendre les limites des réponses produites. L’ESA a également demandé à ses enseignants de mettre en place des cours inversés, dans lesquels les étudiants commencent par explorer une notion à l’aide de l’IA, en groupe, avant de restituer leur travail et d’exercer un regard critique sur les résultats.
Renforcer l’esprit critique et les compétences transversales
Ces démarches sont appelées à se poursuivre. L’ESA travaille actuellement à la création d’un module d’acculturation à l’IA responsable, destiné à sensibiliser les étudiants aux exigences réglementaires et éthiques liées à l’utilisation de ces technologies. Pour Latifa Essadouni, directrice commerciale et directrice de l’offre de l’Ifpass, qui gère le CFA de l’assurance, sensibiliser les alternants à l’IA est devenu indispensable. Si les compétences techniques propres aux métiers de l’assurance restent prioritaires, il est désormais nécessaire de développer un ensemble de compétences transversales liées à l’IA.
Elle cite notamment les soft skills, l’adaptabilité, la gestion du temps, la capacité de concentration et le regard critique porté sur les données. Le renforcement de l’esprit critique figure également parmi les principales recommandations d’Éric Bruillard, professeur émérite en sciences de l’éducation à l’Université Paris Cité. Celui-ci encourage les établissements à privilégier des usages collectifs de l’IA, afin que les formateurs puissent accompagner les étudiants et analyser avec eux les résultats produits.
Des interrogations sur l’évaluation et les effets de l’IA
L’intelligence artificielle pose aussi de nouvelles difficultés pour la formation des apprentis. Elle peut conduire à l’automatisation de tâches traditionnellement formatrices, privant ainsi les alternants d’une première approche progressive de leur métier, souligne Émilie Amisse, secrétaire générale de l’Observatoire des métiers de l’assurance. Olivier Morel, du Learning institute planet, s’interroge lui aussi sur les effets de cette accélération permise par l’IA, qui permet d’aller plus vite mais peut faire perdre certaines étapes d’apprentissage, tout en soulevant des enjeux environnementaux.
Les modalités d’évaluation des compétences constituent également un sujet de débat. Catherine Duperrot reconnaît que les travaux écrits posent désormais question, sans pour autant vouloir entrer dans une logique de confrontation avec les étudiants. Selon elle, l’essor de l’IA devrait conduire à une évolution des exigences de France compétences, avec un recours accru à l’oral pour l’obtention des diplômes. À l’ESA, une part importante d’épreuves orales a déjà été intégrée afin de permettre aux jurys de vérifier l’acquisition réelle des compétences. Cette tendance devrait s’accentuer à l’avenir.
Former aussi les enseignants à l’intelligence artificielle
Former les apprentis à l’IA implique également de former les enseignants. Catherine Duperrot indique que l’ESA a organisé une formation en début d’année pour l’ensemble de ses formateurs, axée sur l’acculturation à l’IA, la formulation de prompts, l’utilisation d’outils adaptés et l’intégration de ces technologies dans les supports pédagogiques. Un premier bilan a toutefois montré que les enseignants avaient encore besoin d’accompagnement. De nouvelles sessions de formation sont donc prévues, avec pour objectif de déployer des cas d’usage de l’IA qui pourront ensuite être étendus à d’autres cours, en fonction des retours d’expérience.

SOURCE : AEF INFO

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