Coût des formations : comment l’outil P2CA va se déployer en 2026

Le groupe de travail P2CA, dédié au pilotage par la connaissance des coûts des activités de l’enseignement supérieur et de la recherche, prévoit de présenter au premier semestre 2026 dix-huit indicateurs de formation co-construits avec les établissements. Comme l’indiquent à AEF info le 27 novembre 2025 ses animateurs, Jean-Serge Boiteau, à la DGESIP, et Ludovic Le Bigot, secrétaire de l’Association nationale des VPCA, ces indicateurs visent à « traduire une activité en euros ». Un outil de visualisation sera également mis à disposition des établissements, dans un contexte où la remontée des coûts de formation est désormais obligatoire et comparable.
Une restitution attendue au premier semestre 2026
Les conclusions des travaux sur le volet formation de P2CA n’ont pas encore été présentées à l’ensemble de la communauté académique. L’objectif affiché est une diffusion large au premier semestre 2026, précisent Jean-Serge Boiteau et Ludovic Le Bigot lors d’un entretien accordé à AEF info le 27 novembre 2025. Tous deux animent un groupe de travail lancé en janvier 2024 avec une douzaine d’établissements, dans le prolongement d’une démarche initiée dès 2013.
Dix-huit indicateurs pour piloter l’offre de formation
Le groupe de travail s’apprête à dévoiler des indicateurs dédiés aux formations, dont le nombre a été volontairement réduit, passant d’une centaine initialement à dix-huit aujourd’hui. Ces indicateurs feront l’objet de fiches détaillées, déjà expérimentées depuis début 2025 dans neuf universités volontaires. Jean-Serge Boiteau annonce également une nouvelle version de la grille des coûts de formation, accompagnée d’un guide méthodologique explicitant la démarche de co-construction dans une logique d’amélioration continue. L’objectif est de fournir un véritable outil d’aide à la décision pour le pilotage de l’offre de formation.
Un outil de visualisation pour comparer et analyser
Parallèlement, un nouvel outil de visualisation baptisé « P2CA VIZ » sera accessible aux établissements, aux rectorats, aux services du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, ainsi qu’à l’Inspection générale. Selon Jean-Serge Boiteau, il permettra de réaliser des comparaisons, des analyses multivariées et de croiser les données de coûts avec celles relatives à la réussite ou à l’insertion professionnelle. Chaque utilisateur pourra créer ses propres visualisations. Présenté le 13 novembre 2025, l’outil doit être livré début 2026.
Répondre à des besoins multiples identifiés dès 2013
Le projet P2CA a émergé en 2013 pour répondre à plusieurs besoins exprimés lors des assises de l’enseignement supérieur et de la recherche pilotées en 2012 par Vincent Berger. Un manque de transparence sur les coûts de formation avait alors été souligné. Il s’agissait également d’éclairer l’allocation des moyens dans un contexte où le modèle Sympa était largement critiqué. Les établissements souhaitaient, de leur côté, mieux connaître leurs coûts afin de renforcer le pilotage de leur offre et, à partir de 2017, se comparer entre eux. La méthode P2CA a donc été co-construite pour s’adapter à leurs besoins spécifiques.
Une montée en charge progressive des remontées de données
La remontée des données de coûts complets par les établissements a d’abord été expérimentée entre 2015 et 2016 avec dix-sept universités et écoles d’ingénieurs volontaires. Elle a ensuite été organisée par vagues successives de contractualisation entre 2017 et 2022. À cette époque, chaque vague était traitée séparément, avant de passer à la suivante, expliquent les deux co-animateurs.
Le passage à l’échelle en 2025
Un tournant a été franchi en 2025, lorsque le ministère a rendu obligatoire la remontée des données relatives aux coûts des activités et des formations avant le 30 juin. Jean-Serge Boiteau souligne le caractère inédit de cette démarche, dans un contexte où les coûts de formation relevaient jusque-là d’une forme d’opacité. Cette obligation, combinée à la simplification des indicateurs et à l’arrivée des nouveaux contrats d’objectifs, de moyens et de performance, confère à P2CA un rôle central dans l’objectivation du modèle économique de l’offre de formation et dans le dialogue entre rectorats et établissements.
Une forte mobilisation des établissements
Pour accompagner ce changement d’échelle, le ministère a lancé une nouvelle plateforme, organisé trois webinaires au premier semestre 2025 réunissant environ 500 participants, et introduit symboliquement le terme « pilotage » dans l’acronyme P2CA. Résultat : 90 % des établissements ont transmis leurs données au 30 juin, soit 113 établissements. La possibilité de choisir le niveau de granularité des réponses, ou d’opter pour un coût moyen unique de personnel, a largement contribué à ce taux de participation élevé.
Traduire concrètement une activité en euros
P2CA vise à traduire les activités en euros. Pour le volet formation, cela consiste notamment à multiplier le nombre d’heures d’enseignement par le coût de l’enseignant. Dix-huit indicateurs ont ainsi été définis. Les données reposent sur le déclaratif des établissements, croisé avec la comptabilité analytique et la comptabilité générale. Depuis 2025, une validation par le chef d’établissement et un rapprochement avec le compte de résultat sont exigés. Cette méthode permet notamment de convertir les heures équivalent TD en euros de manière homogène.
Les apports concrets de P2CA pour les établissements
À partir de certaines vagues de contractualisation, des vice-présidents chargés des affaires académiques ont souhaité utiliser les données P2CA pour construire des scénarios d’évolution de leur offre de formation. Contrairement aux données partielles existantes, l’approche P2CA, fondée sur les comptes financiers, permet des comparaisons fiables entre établissements. Elle a également mis en lumière certaines pratiques, notamment en formation continue, où des tarifs trop bas étaient appliqués sans en mesurer les conséquences sur la qualité.
Des enseignements déjà exploités à l’échelle nationale
L’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche a exploité les données P2CA dans une analyse portant sur 395 licences relevant de dix-sept disciplines dans trente-sept universités entre 2016 et 2019. Cette étude, annexée à un rapport publié en juillet 2024, montre que les écarts de coûts entre licences sont principalement liés aux dépenses de personnel. Le coût complet moyen annuel d’une année de licence par étudiant est estimé à 3 771 euros, avec des écarts importants selon les disciplines.
La question sensible de l’allocation des moyens
Si P2CA s’inscrit dans un contexte de réforme de l’allocation des moyens, ses animateurs rappellent que la connaissance des coûts ne constitue qu’un élément parmi d’autres. Pour Ludovic Le Bigot, P2CA n’a pas vocation à servir directement à l’allocation budgétaire. Un coût par étudiant ne prend sens qu’au regard de la stratégie globale de l’établissement, de ses priorités entre formation et recherche, et des résultats obtenus en matière de réussite ou d’insertion. Pour démontrer la rentabilité de l’investissement public, des études d’impact plus larges restent nécessaires.
L’articulation entre P2CA et l’apprentissage
Enfin, l’articulation entre P2CA et la remontée des coûts analytiques des formations en apprentissage, prévue par la loi Avenir professionnel de 2018, est abordée. Les établissements déjà engagés dans P2CA étaient mieux préparés à ce modèle fondé sur les coûts complets. L’objectif est de rendre compte de l’ensemble des coûts de formation sans les sous-estimer. Des passerelles ont été proposées pour faciliter la cohérence entre les données P2CA et celles transmises à France compétences, même si la prise en compte de la recherche n’entre pas dans le périmètre actuel des NPEC.

SOURCE : aefinfo.fr

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