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ÉDUCATION
16
January 2026

Filles et garçons évalués différemment à l’école : le poids des stéréotypes

À la lecture des appréciations figurant sur les bulletins scolaires, il serait presque possible de deviner le genre d’un élève. C’est l’un des constats dressés par une étude publiée le mardi 13 janvier par les chercheuses Pauline Charousset et Marion Monnet. En analysant les relevés de notes et appréciations de plus de 600 000 élèves de terminale, elles montrent que les enseignants n’emploient pas les mêmes termes pour qualifier des élèves de niveau équivalent selon qu’il s’agit de filles ou de garçons.

Leur travail met en évidence des différences systématiques dans la manière de commenter le comportement et les compétences scolaires, révélant des stéréotypes de genre encore profondément ancrés dans les pratiques éducatives.

Des écarts marqués dans les matières scientifiques

Les divergences de vocabulaire sont particulièrement visibles dans les disciplines où les garçons sont majoritaires, comme les mathématiques ou la physique-chimie. Dans ces matières, les remarques liées au comportement constituent l’essentiel des appréciations.

Les filles y sont souvent décrites comme réservées, parfois en manque d’assurance ou de confiance en elles. À l’inverse, les garçons font plus fréquemment l’objet de critiques concernant leur attitude jugée désinvolte, brouillonne ou peu appliquée. Ces constats sont détaillés dans la note publiée par l’Institut des politiques publiques, organisme de recherche rattaché à plusieurs grandes écoles.

Des appréciations très genrées sur le comportement

En mathématiques notamment, les garçons sont régulièrement rappelés à l’ordre pour un comportement perçu comme immature. Les appréciations font référence à des attitudes qualifiées d’amusées, dissipées ou peu sérieuses, évoquant un manque de rigueur ou d’implication.

À l’opposé, les filles sont plus souvent félicitées pour leur sérieux et leur attitude irréprochable. Les enseignants valorisent leur persévérance et les encouragent à poursuivre leurs efforts, à travers des formulations axées sur la constance et la ténacité, plutôt que sur la performance brute.

Une logique inversée lorsqu’il s’agit des compétences

Lorsque les appréciations portent sur les compétences scolaires, le schéma s’inverse. Les garçons bénéficient davantage de commentaires valorisant leur potentiel intellectuel, leur intuition ou leur intérêt pour la discipline. Les termes employés suggèrent plus fréquemment une curiosité naturelle ou une appétence spontanée pour les matières enseignées.

À l’inverse, les filles voient plus souvent leurs fragilités mises en avant. Les appréciations mentionnent des difficultés, des lacunes ou des points de vigilance, même lorsque leur niveau scolaire est comparable à celui de leurs camarades masculins.

Des biais variables selon les disciplines

Dans les matières à prédominance féminine, comme les langues vivantes ou la philosophie, les chercheuses observent une continuité des biais concernant les commentaires de comportement. Les mêmes stéréotypes que ceux relevés en mathématiques persistent dans les appréciations.

En revanche, dans ces disciplines, les termes relatifs aux compétences sont utilisés de manière plus équilibrée entre filles et garçons. Les écarts observés dans les matières scientifiques tendent alors à s’atténuer, sans toutefois disparaître totalement.

Des stéréotypes qui influencent l’orientation scolaire

Pour Pauline Charousset et Marion Monnet, ces pratiques contribuent à renforcer l’idée selon laquelle les garçons disposeraient de dispositions naturelles pour les disciplines scientifiques. À l’inverse, les faiblesses des filles y seraient davantage mises en lumière, ce qui peut influencer leur confiance en elles et, à terme, leurs choix d’orientation.

Les chercheuses soulignent que ces biais ne sont pas nécessairement intentionnels. Ils invitent surtout à prendre conscience du rôle que peuvent jouer les enseignants dans la transmission, parfois inconsciente, de normes de genre à travers leurs appréciations.

Des remarques parfois adaptées aux élèves

L’étude nuance toutefois ces conclusions. Les différences observées pourraient en partie refléter des écarts de maturité entre filles et garçons à l’adolescence. De plus, plusieurs travaux de recherche ont montré que les élèves ne réagissent pas de la même manière aux retours qui leur sont adressés selon leur genre.

Dans cette perspective, certains enseignants, conscients de ces réactions différenciées, pourraient adapter leur discours afin de soutenir au mieux la progression de chacun.

Des effets mesurables sur les résultats scolaires

Fait notable, les chercheuses observent que les enseignants utilisant un vocabulaire plus genré voient une légère amélioration des performances de leurs élèves en mathématiques lors du baccalauréat. Un résultat qui souligne la complexité du sujet et montre que la lutte contre les stéréotypes de genre à l’école ne se résume pas à des réponses simples ou uniformes.

SOURCE : HUFFING TON POST

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