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ÉDUCATION
16
January 2026

Fin du fast-track, obligation de service… le point sur les derniers ajustements de la réforme de la formation enseignants

La suppression du fast-track au profit d’un nouveau « concours externe spécial » a constitué l’un des principaux sujets abordés lors du groupe de travail consacré à la réforme de la formation des enseignants, réuni le 14 janvier 2026. À cette occasion, un projet de maquette pour ce concours, vivement critiqué par les organisations syndicales, a été présenté, tout comme plusieurs projets de décret et d’arrêtés. Le resserrement de l’engagement de service à quatre ans est confirmé, tandis que de nouvelles précisions sont apportées concernant la notion d’« insuffisance manifeste », susceptible d’empêcher un élève fonctionnaire d’accéder au statut de fonctionnaire stagiaire.

Un nouveau groupe de travail dans la continuité de décembre

Un nouveau groupe de travail sur la réforme de la formation des enseignants s’est tenu le 14 janvier 2026, dans le prolongement direct de celui organisé le 4 décembre 2025, quelques jours avant l’installation du comité de suivi de la réforme.

Initialement présenté comme le dernier rendez-vous, le groupe de travail de décembre a finalement été suivi par au moins quatre séances supplémentaires prévues en janvier et février, portant notamment sur les référentiels du second degré, la cartographie des M2E, ainsi que le rôle des tuteurs et des formateurs.

Les échanges ont une nouvelle fois porté sur un projet de décret modifiant certains éléments du texte publié en avril 2025, qui constitue le socle de la réforme impactant à la fois l’enseignement public et privé. Parmi les évolutions majeures figure la suppression du fast-track destiné aux étudiants en LPE, remplacé par la création d’un « concours externe spécial » spécifiquement conçu pour ce public.

Un projet de maquette pour le nouveau concours spécial

Un document de travail transmis aux organisations syndicales et consulté par AEF info présente une première version de la maquette envisagée pour ce nouveau concours, appelé à remplacer le fast-track.

Le projet prévoit une épreuve écrite d’admissibilité, sous la forme d’une épreuve disciplinaire appliquée en français et en mathématiques, intégrant une dimension didactique. Deux épreuves orales d’admission seraient également organisées : une première épreuve disciplinaire appliquée portant, au choix du candidat, sur d’autres domaines d’enseignement de l’école primaire à l’exception de l’EPS, ainsi qu’une épreuve d’entretien incluant une partie consacrée à l’EPS, sur un format proche de celui du concours à bac+3.

Si le ministère de l’Éducation nationale n’a pas détaillé les raisons de l’abandon du fast-track, les réactions syndicales sont unanimes. Gwenaël Le Paih, co-secrétaire général du Snes-FSU, souligne que toutes les organisations syndicales ont jugé la proposition du concours externe spécial inadaptée, insuffisamment concertée et pas assez aboutie.

Pour Matthieu Drouhin (SE-Unsa), le ministère invoque des arguments d’attractivité de la LPE, avec la volonté de proposer un avantage incitatif aux étudiants. Une logique que son organisation ne partage pas, préférant l’abandon à la fois du fast-track et du concours spécial. Selon lui, les trois années de LPE constituent déjà un avantage légitime pour se présenter au CRPE, au même titre que les autres candidats.

Carine Royer (CFDT-EFRP) évoque quant à elle une « forme d’absurdité », estimant que la création d’une septième voie de concours risque de rendre le système encore plus illisible pour les étudiants et de les pousser à développer des stratégies d’optimisation. Elle alerte également sur l’absence de visibilité concernant la répartition future des places entre ce nouveau concours et le CRPE.

Les autres évolutions prévues dans le projet de décret

Plusieurs autres ajustements figurent dans le projet de décret présenté aux syndicats.

Le recentrage de l’engagement à servir sur certains profils est confirmé. L’engagement de service de quatre ans serait désormais limité aux personnes ayant bénéficié d’un parcours de formation de deux ans après les concours, là où le projet initial envisageait un périmètre plus large.

Le texte inscrit également le principe d’une formation de deux ans pour les lauréats titulaires d’un master 1, qui seraient affectés par défaut en qualité d’élève fonctionnaire. Toutefois, une dérogation resterait possible lorsque la formation antérieure du lauréat est jugée compatible avec les fonctions d’enseignement, lui permettant d’intégrer directement un M2 de M2E en tant que fonctionnaire stagiaire.

Ces dispositions continuent de susciter des inquiétudes syndicales. Plusieurs représentants alertent sur le risque de mise en responsabilité prématurée de lauréats insuffisamment préparés, en l’absence d’un cadrage national clair définissant les conditions d’accès aux dérogations.

Le projet prévoit également une formation en un an pour certains profils spécifiques, notamment pour les professeurs de lycée professionnel issus de disciplines professionnelles, titulaires d’une licence.

Un projet d’arrêté précisant les modalités de formation

Un projet d’arrêté présenté lors du groupe de travail détaille les modalités de la formation initiale et de l’adaptation à l’emploi des personnels enseignants. Il précise notamment la composition et le rôle élargi des commissions académiques, qui seront chargées de déterminer le parcours de formation des lauréats.

Ces commissions pourront également être saisies par certains lauréats du concours externe de professeurs de lycée professionnel afin d’évaluer leur éligibilité à une formation en un an. Elles fixeront par ailleurs le nombre de jours de formation et le contenu pédagogique pour les lauréats placés en responsabilité.

Le texte prévoit aussi une obligation de formation sur la laïcité, les valeurs de la République et l’égalité filles-garçons, ainsi qu’un tutorat systématique pour tous les fonctionnaires stagiaires, quel que soit leur temps de service devant élèves.

Des clarifications sur la notion d’« insuffisance manifeste »

Le projet d’arrêté apporte enfin des précisions attendues sur la notion d’« insuffisance manifeste », susceptible de bloquer l’accès au M2 pour un élève fonctionnaire ayant pourtant validé son année universitaire.

Cette insuffisance pourrait être constatée soit par le directeur de l’Inspé, soit par les autorités académiques compétentes, sur la base d’un rapport circonstancié établi par les responsables pédagogiques ou les inspecteurs concernés. Une prolongation d’un an du statut d’élève fonctionnaire resterait possible, mais un refus définitif pourrait conduire à un licenciement ou à une réintégration dans le corps d’origine.

Cette perspective continue de susciter de fortes oppositions syndicales, plusieurs représentants dénonçant une définition jugée floue et sujette à interprétation, et appelant à un cadrage national plus précis.

Titularisation, concours et inquiétudes persistantes

D’autres projets d’arrêtés modifient les règles encadrant la titularisation dans le premier et le second degré, notamment en précisant les modalités d’entretien avec les jurys et les conséquences d’une absence non justifiée. Les syndicats se montrent particulièrement attentifs à l’encadrement du recours à la visioconférence, qu’ils souhaitent limiter à des situations exceptionnelles.

Enfin, les organisations syndicales alertent sur les retards accumulés dans la mise en œuvre de la réforme, les incertitudes entourant la cartographie des M2E, la publication des référentiels définitifs et l’organisation des concours de recrutement à bac+3, dans un contexte budgétaire jugé préoccupant.

SOURCE : AEFINFO

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