Les jeunes diplômés français partent-ils vraiment à l’étranger ?

La France serait-elle en train de perdre son attractivité ? C’est en tout cas ce qu’a affirmé la chroniqueuse Barbara Lefebvre le jeudi 25 janvier. Interrogée sur la politique de Javier Milei, président de l’Argentine, elle a évoqué une supposée « émigration des jeunes diplômés français » cherchant à « fuir l’enfer fiscal ». Une situation qu’elle oppose à celle de « l’Italie de Meloni, la Hongrie d’Orban et les États-Unis de Trump », où, selon elle, personne ne partirait. Mais que disent réellement les données ?
Un jeune diplômé sur dix quitte la France
Il n’existe pas, à ce jour, d’étude récente et exhaustive sur une éventuelle « fuite des cerveaux » française. Dès le début des années 2000, un rapport sénatorial soulignait déjà que les flux de départs étaient « mal recensés ». La commission des affaires économiques rappelait alors que le phénomène échappait largement aux statistiques administratives françaises et étrangères, nécessitant le recoupement de multiples sources d’information.
Une étude plus récente a toutefois tenté d’apporter un éclairage. Publié le 30 septembre par la Fédération Syntec, un « baromètre de la fuite des cerveaux », réalisé par Ipsos, s’appuie sur les chiffres des principales grandes écoles françaises. Les résultats montrent qu’une part non négligeable des jeunes diplômés s’expatrie après la fin de leurs études.
Des départs réels, mais pas en hausse
Selon cette étude, 8,9 % des ingénieurs diplômés partent travailler à l’étranger à l’issue de leur formation. Ce chiffre atteint 14,8 % pour les diplômés en management, d’après les données de la Conférence des grandes écoles. En 2024, 20 % des diplômés de l’École polytechnique se sont expatriés, contre 17,4 % des diplômés de CentraleSupélec en 2022.
Ces proportions représentent entre un et deux étudiants sur dix, ce qui reste significatif. Toutefois, elles n’augmentent pas. Au contraire, les ingénieurs étaient plus nombreux à partir en 2013 (11,4 %), tout comme les jeunes diplômés en management (22,7 %). Ipsos souligne que, quels que soient les indicateurs observés, la dynamique d’expatriation s’est ralentie depuis le Brexit et la crise sanitaire. Les chiffres ne confirment donc pas l’idée d’une accélération récente des départs.
Une situation comparable, voire plus marquée ailleurs
Par ailleurs, le phénomène observé en France ne correspond pas à celui décrit dans les pays cités par Barbara Lefebvre. En Italie, le quotidien Corriere della Sera évoquait en décembre dernier un pays « en train de se vider ». Selon les données de l’Institut national de statistique italien, l’année 2024 a marqué un record de départs, avec une hausse de 48 % chez les 18-34 ans.
La Hongrie connaît également une fuite documentée de la main-d’œuvre qualifiée. Quant aux États-Unis, s’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives, des données issues de Nature Careers indiquent que de nombreux chercheurs américains cherchent actuellement des opportunités à l’étranger depuis le retour de Donald Trump sur la scène politique.
Une expatriation souvent temporaire et choisie
Autre élément clé : si 57 % des talents français se disent tentés par une expérience à l’étranger après l’obtention de leur diplôme, 61 % envisagent un départ temporaire, d’une durée maximale de cinq ans. Les motivations sont avant tout personnelles. Pour près de quatre jeunes sur dix, l’expatriation répond au désir de découvrir une nouvelle culture plutôt qu’à la volonté de fuir la France. La Fédération Syntec souligne que ce projet n’est généralement pas lié à une perception négative du pays ou du marché du travail.
L’attractivité française en question
Ces constats interrogent néanmoins l’attractivité de la France. Les données spécifiques aux jeunes actifs récemment diplômés restent limitées, mais certains indicateurs offrent des pistes. Le classement de The Economist, fondé sur une enquête menée auprès de 150 000 personnes dans plus de 150 pays, a établi un indice de mobilité des jeunes talents. La France y affiche une progression notable, passant de la 13ᵉ à la 8ᵉ place mondiale en dix ans.
Pas de fuite massive des cerveaux à ce stade
En résumé, oui, de nombreux jeunes diplômés français partent à l’étranger après leurs études. Toutefois, rien n’indique à ce stade l’existence d’une véritable fuite des cerveaux. Les départs observés sont majoritairement temporaires et motivés par des projets personnels, bien plus que par un rejet du modèle fiscal français.
Deux limites doivent toutefois être soulignées. D’une part, les données disponibles s’arrêtent à 2023 et ne prennent pas en compte la crise politique récente. D’autre part, le manque d’indicateurs précis persiste. Pour conclure définitivement, il faudrait disposer d’informations détaillées sur la durée des expatriations, les taux de retour et l’arrivée de talents étrangers sur le territoire, comme le rappelle Ipsos.

SOURCE : tf1info.fr

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