Transition énergétique : un forage inédit pour explorer l’hydrogène naturel

L’hydrogène naturel suscite de forts espoirs dans le cadre de la transition énergétique. En Moselle, la société La Française de l'Énergie et le laboratoire scientifique GéoRessources mènent actuellement un forage exploratoire exceptionnel de 4 000 mètres de profondeur dans l’ancien bassin houiller lorrain. Les premières analyses de concentration d’hydrogène décarboné se révèlent déjà prometteuses.
Une étape décisive dans la recherche d’hydrogène décarboné
La recherche d’hydrogène naturel en Lorraine vient de franchir une étape majeure. Un forage exploratoire est en cours dans la commune de Pontpierre, en Moselle, avec pour objectif d’atteindre une profondeur de 4 000 mètres. Cette opération est conduite conjointement par La Française de l’Énergie et le laboratoire GéoRessources, rattaché au CNRS et à l’Université de Lorraine.
Ce forage, présenté comme unique au monde, vise à valider des hypothèses formulées dès 2024 sur la présence massive d’hydrogène naturel dans le sous-sol lorrain. Le 12 janvier 2026, les équipes scientifiques et l’opérateur ont accueilli une équipe de France 3 Grand Est afin de faire un point d’étape sur l’avancée des travaux, dont les résultats intermédiaires sont jugés très encourageants.
Comprendre les mécanismes de formation de l’hydrogène
Habituellement, les forages exploratoires se limitent à une profondeur d’environ 1 000 mètres. Descendre bien au-delà relève ici d’une démarche scientifique inédite. Comme l’explique Jacques Pironon, directeur de recherche émérite au CNRS, l’objectif est de se rapprocher des zones de formation de l’hydrogène.
Ces mécanismes seraient localisés entre 5 et 6 kilomètres de profondeur. Ils reposent sur des réactions chimiques mettant en interaction de l’eau chaude avec différentes formations rocheuses, telles que le charbon ou certains minéraux, et conduisant à la production d’hydrogène. Comprendre précisément ces processus constitue un enjeu scientifique central du projet.
De la recherche sur le gaz de houille à l’hydrogène natif
À l’origine, La Française de l’Énergie ambitionnait d’exploiter le gaz de houille contenu dans les veines de charbon encore abondantes dans le sous-sol de l’ancien bassin houiller mosellan. Toutefois, l’extraction de ce gaz est désormais interdite. Le Conseil d'État a annulé, le 16 décembre 2025, le permis d’exploitation, invoquant des risques pour la ressource en eau du territoire.
C’est précisément lors de ces recherches sur le gaz de houille, également appelé gaz de couche, menées notamment dans le secteur de Lachambre, que les scientifiques de GéoRessources ont mis en évidence la présence d’hydrogène natif, aussi appelé hydrogène blanc.
Un levier majeur pour la décarbonation de l’énergie
Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives pour la transition énergétique. L’hydrogène naturel, présent à l’état naturel dans le sous-sol, est désormais envisagé comme une source d’énergie primaire susceptible de contribuer fortement à la décarbonation des transports et de l’industrie, deux secteurs particulièrement émetteurs de CO₂.
Philippe de Donato, directeur de recherche émérite au CNRS, souligne que cette ressource était jusqu’à récemment largement ignorée. Les travaux menés démontrent désormais que l’hydrogène naturel pourrait jouer un rôle déterminant dans la transformation du mix énergétique, en offrant une alternative décarbonée aux énergies fossiles.
Un projet scientifique sans équivalent dans le monde
Les recherches s’inscrivent dans le cadre du projet Regalor II, dont l’ambition et l’originalité sont reconnues à l’échelle internationale. En Moselle, l’hydrogène naturel ne se présente pas sous forme gazeuse libre, mais est dissous dans les aquifères profonds. Cette spécificité impose une approche géologique et physico-chimique entièrement nouvelle.
Pour les chercheurs, cette configuration pourrait bouleverser la géographie mondiale de l’énergie. L’eau étant répartie de manière relativement homogène dans le sous-sol, cette ressource pourrait théoriquement être accessible dans de nombreuses régions du monde, renforçant ainsi l’indépendance énergétique des États.
Des perspectives d’exploration à grande échelle
Sur le site de forage, la carothèque permet de conserver et d’analyser les échantillons des différentes couches géologiques traversées. Ces données sont essentielles pour affiner la compréhension du sous-sol et estimer le potentiel exploitable de la ressource.
Antoine Forcinal, directeur général de La Française de l’Énergie, explique que l’objectif final est de collecter des échantillons de fluide afin d’évaluer précisément la concentration d’hydrogène en vue d’une exploitation future. L’entreprise a ainsi déposé une demande de permis exclusif de recherche minier, dit des « Trois Évêchés », couvrant une surface de 2 200 kilomètres carrés entre Metz et le site de forage.
Démarré en novembre 2025, le forage a déjà atteint une profondeur de 2 000 mètres. Il devrait atteindre les 4 000 mètres attendus d’ici la mi-février, marquant une étape clé pour l’avenir de l’hydrogène naturel en Lorraine.

SOURCE : FRANCE 3

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